COLOMBIE ET SYRIE

Ce lien entre la Colombie et la Syrie vient du fait que ces deux pays font face à des groupes armés qui souhaitent un changement de régime,

Dans le cas de la Colombie, nous savons que deux groupes armés, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et l’Armée de libération de la Colombie (ELC), luttent depuis des décennies pour transformer la Colombie en un pays plus démocratique, plus juste, plus solidaire. Des milliers de personnes de part et d’autre y ont laissé leur vie. Les gouvernements de la Colombie ont une longue histoire de violence et de manquements aux les droits de la personne. Les nombreux crimes commis sous le commandement des paramilitaires hantent toujours des centaines de milliers de Colombiens.

Il y a une semaine, un accord général  a été signé entre les FARC et le Gouvernement colombien pour qu’un processus de paix soit mis en place et qu’il conduise à cette paix tant recherchée par les peuples. Ces rencontres s’amorceront en Suède, le 8 octobre prochain, et seront accompagnées par la présence d’un représentant du Venezuela et du Chili pour soutenir ces efforts de paix. Cuba sera également le siège de ces rencontres permettant aux représentants des FARC et du Gouvernement coloombien de mener à terme cette mission.

Dans le cas de la Syrie, il y a le gouvernement et des groupes armés d’une certaine opposition qui pilonnent les principales villes du pays pour y semer la terreur et créer le chaos dans le but de provoquer l’effondrement du Gouvernement et du régime. Cette opposition est fortement soutenue  en argent et en armements par certains pays qui se gardent de bien de le dire ouvertement.

Les Nations unies et La ligue arabe avaient créé en décembre 2011 un groupe d’observateurs qui devaient rendre compte à la communauté internationale du constat de leurs observations. Après deux mois de cette présence, le Rapport faisait état, entre autres, de groupes armés dont plusieurs membres venaient de l’extérieur, soutenus et armés par d’autres pays. Ce même rapport signalait également que l’information recueillie sur le terrain n’était pas toujours celle diffusée dans les médias occidentaux. Il ressortait de ce Rapport que la violence s’expliquait en grande partie par la présence de ces groupes armés clandestins que le Gouvernement se faisait un devoir de contrer par tous les moyens. Ce fut la fin de cette mission des observateurs qui venaient de confirmer l’implication des pays amis du peuple syrien.

C’est alors que le Conseil de sécurité et la Ligue arabe nommèrent un représentant des Nations Unies, en la personne de Kofi Annan, lequel sera secondé dans sa mission de paix par 300 observateurs. Son Plan en six points devait faire consensus entre les diverses parties impliquées dans le conflit.

Le Gouvernement syrien donna son aval à cette approche tant et aussi longtemps qu’elle respecterait la souveraineté du pays. Il se disait prêt à amorcer ces discussions sans aucune condition préalable. Il n’en fut pas de même pour l’opposition armée qui refusa ce Plan, en dépit du fait que les pays qui la soutenaient, les Etats-Unis et la France, entre autres, avaient donné « officiellement » leur accord à ce Plan. Le problème est que ces derniers continuaient à soutenir par la porte arrière les rebelles armés. De plus, les États-Unis et la France posèrent comme condition préalable à toute négociation de paix, le départ de l’actuel président, Bachar Al Assad.

Kofi Annan fit le constat de l’échec de sa mission et donna sa démission.

La dernière initiative des Nations Unies est le choix d’un remplaçant à Kofi Annan. Pour la Russie, la Chine et les pays qui les soutiennent, la mission de ce dernier devra se réaliser dans le cadre du Plan Annan et de l’accord de Genève.

Nous en sommes rendus à ce point. La Russie veut que le Conseil de Sécurité confirme les accords de Genève alors que les États-Unis insistent pour que cette résolution puisse être acceptée qu’elle soit assortie d’une disposition laissant la porte ouverte à une intervention militaire. Ce à quoi s’opposeront de nouveau la Chine et la Russie.

Une toute dernière initiative de la Russie est un appel urgent pour réaliser une conférence internationale à laquelle participeraient tous les intéressés.

« Nous proposons de convoquer une conférence à Moscou, ou à Genève, si on souhaite s’y réunir, ou à Paris, si tout le monde est prêt à venir ici. Nous n’avons aucune objection, nous n’en tenons à aucune ville. L’essentiel est de lancer ce processus au plus vite », a indiqué M.Bogdanov qui avait appelé le week-end dernier les représentants de l’opposition syrienne et les dirigeants français à organiser une conférence avec la participation du Groupe d’action, des autorités et de l’opposition syriennes, ainsi que de pays étrangers, y compris de l’Arabie saoudite et de l’Iran. » 

Le président Al Assad s’est dit prêt à quitter le pouvoir si son peuple le décide lors des prochaines élections présidentielles, prévues pour 2014.

En somme, ce qui différencie le cas de la Colombie de celui de la Syrie, c’est que dans le premier cas il n’y a pas d’ingérence de l’extérieur et que ce sont les Colombiens eux-mêmes qui vont discuter et décider de leur avenir. Les autres pays qui sont présents servent de support et d’assises pour ces rencontres.

Le Président Santos de la Colombie avait clairement signifié à tous les présidents, membres de la Conférence des États de l’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), de ne pas interférer dans le conflit colombien, qu’il s’agissait d’une question interne au pays.

Dans le cas de la Syrie, l’intervention étrangère est présente dans les groupes armés, dans leur financement et dans le type de règlement acceptable pour eux.

La Russie, la Chine et les pays du Mouvement des non-alignés, sont plutôt d’avis que le conflit syrien doit être réglé par les Syriens eux-mêmes. Sous cet aspect, ils ont le droit international de leur côté ainsi que le gros bon sens.

Le jour où l’opposition armée ne recevra plus d’armes et ni d’argent de la part des pays qui se disent les amis du peuple syrien, elle se résignera vite à s’asseoir à la table de négociation pour décider avec les autres oppositions non armées et le gouvernement de l’avenir de leur pays. Cela, M. Harper, premier ministre du Canada, ne semble pas le comprendre. Je vous invite à lire à cet article  « Poutine fait la leçon aux Occidentaux ».

Oscar Fortin

Québec, le 9 septembre 2012

http://humanisme.blogspot.com

 

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L’héritage social (sinon socialiste) que nous lègue l’acteur de cinéma Paul Newman

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newman.own

Il y a quatre ans mourrait l’acteur de cinéma Paul Newman. Quelle formidable occasion de causer socialisme… Voyez pas le rapport? Suivez mon regard. On traite constamment ce bon vieux « socialisme » selon un modus operandi fort représentatif de la vision qu’a notre siècle des questions sociétales. On se représente le socialisme comme un programme politique sinon politicien, un engagement matois pris par une poignée de rocamboles qui arrivent à convaincre les masses de les suivre et qui les largue tout net après s’être laissés corrompre par les élites. On reste vraiment bien englués dans cette analyse, très proche en fait du vieux socialisme utopique, doctrinaire et volontariste, avec ses phalanstères et autres cabétades à la continuité raboteuse et déprimante.

Ce qui est mis de l’avant ici, c’est que le socialisme est une TENDANCE, une propension inéluctable du capitalisme à passer à son contraire: de la propriété privée à la propriété publique, de la soumission prolétarienne au pouvoir prolétarien. Cette tendance socialisante est dans le ventre même du mouvement social. Un patron unique, cela se conçoit, quand on parle d’un atelier de joaillerie embauchant six travailleurs. Quand il s’agit d’une usine de trois mille employés, on envisage plus facilement un groupe de gestionnaires. Si on a affaire à un conglomérat mobilisant quatre millions de personnes dans soixante secteurs distincts, il devient envisageable de prendre conscience d’un passage vers une direction et une propriété à la fois de plus en plus collectives et impliquant de plus en plus étroitement ceux qui font effectivement le travail productif, et pas seulement ceux qui possèdent les immeubles, l’outillage, ou le fond de terre où sont plantés les ateliers. Étalez cette tendance sur trois siècles, et vous marchez droit au socialisme! On se doutera bien que des instances sociales cherchent de toutes leurs forces non négligeables à freiner cette tendance, et le font effectivement. Sauf que le principe de fond demeure. Quand la totalité des forces productives sont mises au service des producteurs plutôt que des accapareurs, on a le socialisme. Il faut noter aussi que le socalisme SE DOSE, en ce sens qu’un régime peut être plus ou moins socialiste fonction de la répartition sociale des revenus de la production. D’où la possibilité d’un socialisme radical bourgeois assez compatible avec le capitalisme, mais malheureusement, établissant avec ce dernier à peu près le rapport du croupion avec la poule… Personne n’a vraiment la charge de mettre des ordres sociaux en place. Ils se mettent en place malgré nous et malgré ceux qui clament les avoir mis en place. L’Histoire est une force objective. Rien ne s’y dégrade, mais rien n’y est stable non plus.

Et la tendance, donc, de se déployer… Regardons l’affaire dont je vous cause aujourd’hui tout prosaïquement. Paul Newman (1925-2008) n’est pas un philanthrope autopromotionnel à la Bill Gates. Le susdit Bill Gates se sert de la part congrue d’avoirs financiers pharaoniques extorqués dans un secteur industriel hautement porteur pour perpétuer son image de marque et faire mousser son égo enflé. Gates prétend éradiquer la rougeole en Afrique tandis que l’entreprise qu’il a implantée dans la culture mondiale est une «maladie» passablement plus grave. C’est un parasite dictatorial qui étrangle tout un secteur industriel et en entrave le progrès. Gates est un Tartuffe milliardaire qui se dédouane cyniquement et restons-en là à son sujet.

Newman, pour sa part, a associé son nom à une entreprise ordinaire qui vent des vinaigrettes, du maïs soufflé, des jus de fruits et autres produits alimentaires sans originalité dans le genre. Malgré le tournant organique qu’elle adopte parce que c’est dans l’air du temps, il ne s’agit pas d’une entreprise spécialement spectaculaire et aucune conjoncture historique particulière ne la favorise. Newman’s Own (c’est le nom peu connu de cette entreprise) opère dans les conditions ordinaires de concurrence d’un secteur traditionnel. Elle gère un bilan, paie ses employés, tient le cap. Elle n’a pas spécialement détruit la concurrence dans le secteur alimentaire (il s’en fait de beaucoup!) ni fui le fisc. Elle dit ses lignes et fait son boulot, comme n’importe quelle autre affaire industrielle et commerciale ordinaire. Et pourtant, en plus des obligations de chiffre d’affaire qui s’imposent pour qu’elle perpétue son roulement sans heurt, l’entreprise dont Paul Newman fut le héraut et l’estafette dégage dix millions de dollars par année depuis vingt-cinq ans, qui vont directement à des œuvres. Un quart de milliards en un quart de siècle libéré des accapareurs, actionnaires, PDGs et autres parasites et reversé directement au bénéfice de la société civile.

La démonstration Newman c’est donc cela. Une entreprise ordinaire peut fonctionner de façon durable et assumer pleinement ses responsabilités sociales en re-versant des dividendes substantiels au bénéfice de la vie collective et ce, sans la moindre anicroche. Contrairement à ce que laisse pesamment entendre l’intox médiatique, ce n’est pas de la philanthropie au sens réactionnaire du terme, ça. Il faut voir ce qui se passe effectivement et cesser une bonne fois de tout récupérer au service de la sujétion primaire et sans nuance. Ici, les dividendes allant aux œuvres émanent de la production même. La fortune «personnelle» de Newman et de ses ayant droits n’est pas engagée dans l’affaire. Tout ce que Newman faisait -et continue de faire post-mortem- dans la dynamique, quiconque ayant fait ses courses dans un supermarché nord-américain vous le dira sans hésiter et avec un petit sourire ami. Il rend simplement (et fort efficacement) les produits reconnaissables en ayant sa binette dessinée chafouinement sur les bouteilles de vinaigrette (et autres emballages…). Chaque produit nous montre Newman dans un déguisement différent. Il tient sa place et continue de jouer son rôle de saltimbanque. Il tient sa place, comme tout le reste de cette délicate structure entrepreneuriale. Mais c’est un saltimbanque éclairé.

Les gens qui ont réalisé ce petit exploit pratique et théorique dans les conditions contraires et hostiles que l’on connaît et/ou que l’on devine ont fait bien plus qu’inventer ce nouveau brimborion commercial pour gogo bien intentionné mais à la conscience trouble qu’est le soi-disant «capitalisme éthique». Ils ont œuvré, en toute simplicité, à une démonstration bien plus profonde. L’union «sacrée» entre commerce, industrie, et appropriation privée n’est pas une fatalité universelle et encore moins une contrainte inévitable du fonctionnement efficace qui reposerait sur quelque appât «atavique» pour le gain égoïste que dicterait incontournablement la «nature humaine». L’entreprise aux profits maintenus privés, c’est une particularité conjoncturelle, transitoire, explicable historiquement, ayant eu un début, un développement et une fin. La fin de la propriété privé des moyens de production (qui fait que des «philanthropes» ineptes dans le genre de Gates se retrouvent avec cinquante milliards de menue monnaie dans leur poche et décident parcimonieusement de ce que seront leurs responsabilités sociales comme on assure l’intendance d’une campagne de promotion de soi) ne sera en rien la fin du commerce, de l’industrie, voire de la finance. Les profits du commerce et de l’industrie peuvent aller glissendi au service direct de la société civile sans que le fonctionnement de ces secteurs ne s’en trouvent le moindrement compromis. CQFD…

Quoi qu’il advienne de cette entreprise et de cet exercice dans le futur trouble qui est devant nous, il reste que, lors du passage au socialisme, on se souviendra indubitablement de la leçon simple et imparable de Newman’s Own

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Classé dans Actualité, Paul Laurendeau

La nouvelle famille!!!

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Au lever du jour, Nicolas s’affaire à allumer le feu de l’âtre.  Louise s’habille et se rend à la porte qu’elle ouvre. Elle y reste figée sur place.

Neuf Mohawks, assis en cercle devant la maison, discutent par signes autour d’un petit feu. Loup gris leur présente sa main pansée et démontre que même en bougeant les doigts, le pansement tient bon. Lorsqu’il voit la femme, dans l’ouverture de la porte, il se lève et la salut d’un poing sur le cœur. Les autres indiens émettent des petits cris aigus, leur poing sur leur cœur, comme Loup gris.

Alarmé par les cris, Gabriel surgit derrière sa femme.

-Qu’est-ce qui se passe?

-Rien. Répond Louise. Le reste de la « famille » est arrivée durant la nuit. As-tu préparé le feu? Il semble que je vais avoir du monde à déjeuner.

Sur ce, elle s’avance, toujours de son pas décidé, et se dirige vers son nouveau « neveu ». Elle le prend par son bras valide et l’amène s’assoir sur la galerie, sur un des ballots de Cadotte qu’il avait laissé là. Assise sur l’autre, elle  commence à défaire le pansement. Après avoir inspecté la plaie, elle rentre dans la maison pour ressortir avec son bol d’eau, du savon et d’autres tissus propres. Les Iroquois la regardent faire. C’est le silence complet.

Loup gris se contente de se rassoir en faisant signe à Gabriel de venir le rejoindre. Celui-ci saisit sa pipe et son tabac, ramasse quelques branches qui servent à allumer le feu et vient s’installer près du chef, après avoir alimenté le feu des indiens avec ses bouts de bois. Gabriel laisse ensuite, son tabac faire le tour du groupe et allume sa pipe.

Louise, ayant terminé le pansement de son neveu, retourne dans la maison préparer le repas.

Le jeune indien revient s’assoir près des autres qui veulent tous, toucher et vérifier le pansement, et surtout, l’écharpe passé autour du cou. Le blessé, un peu agacé, repousse ceux qui sont trop brusques dans leur « vérification » et vient s’assoir près de Gabriel qui lui, se retrouve installé entre le père et le fils. Plusieurs « Hughs » se font entendre.

Vingt minutes plus tard, Marie-Louise sort de sa cabane avec un gros chaudron de fonte et plusieurs écuelles, qu’elle place sur la table improvisée de la veille.  Au moyen d’une grosse louche fabriquée par Gabriel, elle rempli les écuelles et les dispose sur la table.

-Venez manger messieurs, le café viendra à la fin du repas.

-Hugh! Dit l’un des nouveaux venus. Ma sœur blanche commande comme un chef.

-Ne m’dis pas qu’on va pouvoir se comprendre? Gabriel, y’a un des « frères » qui parle français.

-Ça fait déjà 15 bonnes minutes qu’on discute, ma femme. Il y en a deux qui parle assez bien notre langue. Bon! Je commence à avoir faim. Venez messieurs; venez goûter à la nourriture du « chef ».

Toute la troupe s’approcha de la table et s’appropria d’une écuelle.

-Non! Non! Chez moi, on s’assoit pour manger. Allez, ouste! Tout le monde assis à la table!

Louise pointa du doigt une bûche et y fait assoir son « neveu ». Lorsqu’elle regarde les autres indiens, elle leur fait signe de suivre l’exemple. Loup gris et Gabriel prennent place, et le reste des Iroquois, se regardant les uns les autres, s’installent sur chacun leur bûche, ce qu’ils trouvent très amusant. Surtout lorsque l’un d’eux perd l’équilibre et se retrouve sur le derrière. Alors là, les fous rires et les claques sur les cuisses ne dérougissent plus. Ce qui, évidemment, en fait tomber quelques autres.

Le chaudron de fonte est vidé beaucoup plus vite qu’il n’avait été rempli. Par contre, Louise n’accepte pas que les indiens se servent eux-mêmes. Elle s’assure que l’écuelle de chacun soit toujours garnie. De cette façon elle garde le contrôle de la situation. À chaque fois qu’elle remplit l’écuelle d’un Iroquois, elle se fait un plus grand ami, appuyé d’un « Hugh » bien senti.

Le café fait fureur chez les indiens; ils en vident plusieurs écuelles de sorte que la réserve de Marie Louise y passe presque complètement.

À la fin du repas, quatre Iroquois partent dans la forêt. Les autres continuent de palabrer avec Gabriel qui accumule des mots de la langue Iroquoise assez rapidement.

Un peu plus tard, dans l’avant-midi, les cinq Iroquois, restés sur place, s’agitent un peu lorsqu’ils voient sur la rivière venant du village, quatre canots pleins de Canayens. C’est la famille Duclos avec les Cadottes qui viennent « en visite », voir si tout se passe bien. La doyenne de la famille Duclos, Jeanne Cerisier, âgée de 54 ans et  mère de Louise est du voyage. D’un caractère beaucoup plus nerveux que sa fille aînée, elle saute du canot et courre vers Louise qu’elle empoigne dans ses bras vigoureux en disant :

-J’espère que tout va bien ma fille. Les Iroquois ne t’ont pas maltraité? J’étais tellement inquiète que j’ne me possédais plus!

-Tout va bien mère; ces Iroquois sont maintenant tous mes frères. Viens que je te présente.

Jeanne parue réticente au début mais très rapidement reprend ses aises et commence à démontrer d’où Louise a tiré son sens d’organisatrice. La doyenne prend la barre et, à l’aide de ses filles, établit rapidement et naturellement les règles à suivre. Les Iroquois, flegmatiques, sont un peu perdus au début, mais peu à peu, se plient avec amusement, à ces nouvelles normes.

Les enfants Duclos présents sont les plus jeunes de la famille. François 16 ans, Madeleine 15 ans, Marguerite 12 ans et Charles 9 ans. Les filles Duclos attirent l’attention des indiens mais ne semblent pas vraiment impressionnées par l’apparence plutôt barbare des braves. Celle qui fait vraiment sensation, chez les Iroquois, c’est le bébé Cadotte appelée Marie-Louise, âgée d’un an et demi. Tous les Iroquois veulent l’examiner dans son enveloppe de tissu. Sa mère Catherine est rapidement entourée de guerriers Iroquois qui veulent tous voir la petite. Celle-ci leur sourit et trouve leur visage peinturé, amusant. Elle tente d’attraper les huppes sur la tête des guerriers tous réjouit de ses jeux. Catherine dû accepter que les indiens prennent la petite et jouent avec elle dans l’herbe.

-Je ne savais pas que les Iroquois aimaient autant les enfants dit-elle à François Duclos.

-Tous les indiens adorent les enfants. Ils leur laissent faire tout ce qu’ils veulent sans jamais les punir physiquement. Peu d’adultes sont aussi patients avec des enfants.

-Mais comment peuvent-ils les éduquer de cette façon?

-Aucun problème.  Lorsqu’un enfant agit à l’encontre du bien-être d’un autre enfant ou du groupe, tous les membres de la tribu cessent de lui parler et font comme s’il n’existe pas. L’enfant comprend rapidement ce que demande la vie en communauté et adopte le comportement adéquat très tôt dans sa vie.

-Mouais. Bin moi, je vais garder l’œil sur ma fille quand même. Répond la femme de Mathurin Cadotte.

Au milieu de l’après-midi, les quatre indiens reviennent du bois. Ils transportent sur des perches un chevreuil et un ours, qu’ils ont déjà vidé. Ils donnent deux quartiers à Louise et s’installent un peu plus loin pour faire cuire leur venaison.

Voyant cela, Louise aidée de sa mère, prend les choses en main encore une fois.  Elle demande à Gabriel de fabriquer des supports pour tenir deux tiges de métal sur lesquelles elle embroche tous les quartiers de viande qu’elle place au-dessus de deux feux. La mère Jeanne attitre ses deux plus jeunes filles à tourner les broches. François et Charles sont chargés de s’occuper des feux. Évidemment Nicolas, l’aîné, reste avec les hommes. De temps à autre, Jeanne ou Louise verse une sauce, qu’elles ont préparé, sur la viande qui dégage une arôme à faire saliver des roches.  Les Mohawks sont bien obligés de les laisser prendre les commandes. Ils se contentent de continuer à jouer avec le bébé Cadotte ou de s’assoir un peu à l’écart pour regarder travailler les femmes Duclos en fumant une pipée.

Il est évident que lorsque viendra le temps du repas, on va manquer d’écuelles. Jeanne Cerisier va choisir une grosse bûche d’érable d’un diamètre de vingt pouces et demande à son époux, François Duclos, de lui couper des tranches de deux pouces d’épais avec la scie. Ayant enlevé l’écorche de ces plaques rondes en bois, elle dispose maintenant de 18 grandes assiettes additionnelles  avec lesquelles elle pourra faire son « service ». Louise fait installer deux autres tables temporaires, incluant les sièges-bûches nécessaires à sa loi : « Chez moi on mange assis à la table! ».

Le repas se transforme finalement en fête gastronomique, avec soupe aux légumes, pièces de chevreuils, rôtis de cuisse d’ours, purée de citrouille, choux bouilli, concombres, le tout arrosé de sauce aux mûres ou aux pommes. Les femmes reçoivent la consigne de la part de Louise, de s’assurer que les assiettes soient toujours pleines pour éviter que les hommes se servent eux-mêmes dans les plats. Pas question qu’on mette ses doigts dans sa nourriture avant qu’elle fut sur les assiettes.

Les Iroquois, peu habitués à être traités ainsi par les blancs de Nouvelle Angleterre, sont maintenant subjugués et complètement gagnés à la famille des Canayens. Ils rient à chaque fois que le bébé Cadotte attrape une poignée de purée de citrouille pour s‘en barbouiller la frimousse.  La soirée se termine avec des danses Canayennes suivies rapidement de démonstration de danses indiennes. Les jeunes garçons Duclos sautent gaiement dans ces danses sauvages; par contre les filles ne sont vraiment, mais pas du tout, tentées. La bière coule à flot; « bière d’épinette » parce que chez Louise Duclos/Lefebvre, on ne boit pas d’alcool. On laisse ça aux curés.

Loup gris et ses Mohawks partent deux semaines plus tard. Le jeune « neveu » de Louise est pratiquement guéri. Avant de partir, les Iroquois font une chasse pour regarnir le garde-manger de la famille. Ils creusent également un caveau, où Gabriel pourra entasser des blocs de glaces l’hiver suivant. Les Lefebvre se rendent compte que les Iroquois sont beaucoup plus « sédentaires » qu’ils ne le croyaient.

Le départ des Iroquois se fait sans cérémonie; en fait Loup gris avertit la famille qu’ils partaient tous le lendemain; et lorsque Gabriel se leva, au petit matin, les Mohawks étaient partis. La veille, le chef Loup gris avait dit à Gabriel que, jamais, les Mohawks n’attaqueraient Batiscan dorénavant. Il lui apprit également que les Bostonnais s’apprêtaient à attaquer Québec avec une armée importante; mais que lui, Loup gris, retournait chez lui parce qu’il ne voulait plus combattre pour les Anglais.

Ce matin-là, Louise se demande si elle reverra un jour, cette branche de sa « famille ». Gabriel envoie à Montréal, Nicolas Duclos avertir son ami François Desjordy de Cabanac de l’attaque planifiée sur Québec par la Nouvelle Angleterre. C’est là l’origine de cette rumeur, qui a circulé, voulant qu’un prisonnier Iroquois ait annoncé l’attaque de Phipps à Frontenac. Avertissement que le vieux Gouverneur n’a pas, tout de suite, pris au sérieux. Il faudra qu’un Abénaqui arrive de l’Acadie lui annoncer l’arrivée des Anglais pour qu’il réagisse.

La famille Duclos ainsi que Gabriel, Cadotte et son autre voisin, Brouillette, se préparent à défendre leur pays. Ils rejoignent de Cabanac et, obligent finalement les 1,500 Bostonnais du Major Walley à rembarquer précipitamment sur leurs bateaux. On alla jusqu’à charger trois balles par fusil lors du premier contact avec les troupes Anglaises. On avait perdu le jeune Daniel Pézard de La Touche ainsi que Dubord dit Lafontaine, chevalier de Clermont, au début des combats.

Il va sans dire que la rapière de Lataille et celle de François Desjordy s’expriment au moment où Walley  a de la difficulté à rembarquer ses hommes qui détalent dans les eaux du  fleuve. Les Canayens les assaillent au corps à corps pour encourager l’embarquement. Cet encouragement, cependant, ne fait que semer la pagaille partout.  Ce qui n’indique pas que les Canayens ne sont pas capable d’organiser un travail bien coordonné quand ces nécessaire; mais là, le but est de faire vite, avant la prise des glaces sur le fleuve.

Les Bostonnais ont même la délicatesse de nous laisser leurs cinq canons en appréciation de notre assistance à leur embarquement. Qui peut maintenant prétendre que les Bostonnais ne savent pas vivre?

Un échange de prisonniers est fait par la suite, et les Anglais de Boston repartent chez eux sous les saluts d’adieu des Canayens de chaque côté du fleuve. Phipps accuse réception de la réponse précise du bonhomme Frontenac et la fera connaître, à son retour, aux gens de Nouvelle Angleterre.

L’année suivante, Gabriel et Louise découvre dans un choux, une belle petite fille qu’ils appellent Marie Marguerite. Louise avait certainement prévu cette trouvaille parce qu’elle avait exigé de Gabriel qu’il lui fabrique un berceau pour bébé, quelques semaines auparavant. Le jour du baptême, Nicolas Duclos, parrain de la petite, ne cesse de se pavaner devant l’assemblée qui assiste à l’évènement. La marraine Marguerite Disy de Montplaisir, amie de Louise et Gabriel, ne se lasse pas de porter la petite dans ses bras. Chose un peu curieuse, Desjordy de Cabanac, un homme de guerre, semble constamment empressé de faire des risettes au bébé dans les bras de Marguerite.

Au mois de septembre, Brouillette le voisin de Gabriel, arrive chez lui blessé à la cuisse. Il raconte à Lataille ce qui lui est arrivé quelques semaines auparavant.

« Comme tu sais, j’étais allé vendre mes peaux à Albany. Sur mon retour, j’arrive au fort Chambly et j’ai décidé d’y passer la nuit. Durant l’avant-midi suivant, on entend des coups de feu venant de Laprairie. Le commandant Du Vault de Valrenne, rassemble ses hommes pour aller voir ce qui se passe, et j’accepte de les accompagner avec d’autres canayens dont Le Ber qui étaient là. On servait d’éclaireurs lorsqu’on aperçoit 700 Bostonnais qui se dirigent vers nous. Ils arrivaient de Laprairie où ils avaient fait un « bon coup ».

 On retourne, tout de suite, avertir Valrenne, qui installe ses hommes en trois rangées derrière deux souches d’arbres renversés. Il leur ordonne d’attendre que l’ennemi soit à portée avant de tirer. Peux-tu comprendre ça, toi, Gabriel, qu’on soit obligé de dire à des soldats de ne pas tirer avant que l’ennemi soit à portée de fusil? C’est vraiment pas croyable! Ces soldats-là ne savent pas tirer pantoute; ils s’installent cote à cote, épaulent dans la direction générale de l’ennemi et tirent sur la gâchette sans viser personne en particulier. Ç’est pas comprenable d’agir comme ça! Quant à moi et les autres coureurs de bois, on s’est postés derrière les arbres pour pouvoir canarder les Anglais copieusement.

-Et t’as été blessé comment?

-Simple malchance; un maudit Bostonnais m’a planté son couteau dans la cuisse avant que j’lui fende la tête avec mon tomahawk. Dans la fusillade, plusieurs Anglais sont tombés mais au nombre qu’ils étaient, les autres ont foncé sur les lignes des soldats de Valrenne. Quant nous, on a vu qu’on ne pouvait plus tirer sans blesser les nôtres, on a tous sauté dans le tas avec nos tomahawks et nos couteaux. Si t’avais entendus les cris de mort qu’on poussait pendant le corps à corps, tes cheveux en auraient blanchis. Les Bostonnais, deux fois plus nombreux que nous, ont prit leur jambes à leur cou et aujourd’hui, doivent encore être essoufflés sur les balcons de Boston. Ils ont eu 43 morts et plus de vingt blessés. J’pense pas qu’y reviennent de sitôt.

-Y’a-t-il quelque chose que je puisse faire sur ta terre que tu ne peux pas avec ta patte folle?

-Bin là, si tu pouvais « désarter » cinq ou six arpents, enlever les « chousses » pis labourer tout ça, je pourrais m’arranger pour semer mon blé à volée, même avec ma patte folle.

-Salut Brouillette; faut que j’retourne à Louise. Si t’as besoin, tu sais où me trouver.

-Te gêne pas pour venir fumer une pipée de temps en temps Lefebvre. T’es toujours le bienvenu.

À suivre

André Lefebvre

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Classé dans Actualité, André Lefebvre

L’IRAN DONT NOS MÉDIAS N’OSENT PARLER

Un témoignage et un point de vue qui nous révèlent un tout autre visage de l’Iran

Je viens tout juste de découvrir un auteur, Gilles Lanneau, dont le peu que j’en ai lu m’a aussitôt conduit à en savoir davantage sur lui-même. J’ai trouvé, sur Google, une référence qui nous révèle l’homme et les expériences qui sous-tendent ses écrits. Je vous invite à lire cette entrevue qu’il accordait à Mina Fallah de la revue TEHERAN.

Je me permets de partager avec vous un bref documentaire qu’il a lui-même réalisé sur l’Iran dont traite son dernier ouvrage « L’IRAN LE MENSONGE ». Il présente ainsi cet ouvrage :

« J’ai écrit ce livre dans l’urgence. Quelques minutes avant l’irréparable. En ce temps où notre monde bascule à toute allure dans un gouffre de non-sens, d’absurdité, où le mal se prend pour le bien et fait porter à celui-ci ses propres tares, j’ose élever une petite voix à contresens. Au tribunal de ce monde aux valeurs inversées, je plaide la cause de l’Axe du Mal et accuse l’Axe du Bien. »

D’une durée de 00:12:45, vous y découvrirez un autre visage de l’Iran que nos médias se gardent bien de nous révéler.

http://www.teheran.ir/spip.php?article1573

Sommet à Téhéran des pays non-alignés, du 30 et 31 août 2012

C’est à Téhéran, en Iran, que les représentants des 120 États membres du Mouvement des non-alignés (MNA) se sont réunis, du 30 au 31 août, à l’invitation des autorités iraniennes.

<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xt3t2c_reportage-sahar-tv-2012-08-27-16eme-sommet-du-mna-a-teheran_news » target= »_blank »>Reportage Sahar TV 2012.08.27 16&egrave;me sommet du…</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/Hieronymus20″ target= »_blank »>Hieronymus20</a></i>

http://www.dailymotion.com/video/xt3t2c_reportage-sahar-tv-2012-08-27-16eme-sommet-du-mna-a-teheran_news

Ce sommet comportait pour l’Iran plusieurs défis à relever dont celui d’attirer les principaux représentants des pays membres ainsi que les observateurs qui y participent habituellement.

Sur ce point, on peut dire que la réponse obtenue démontre que l’Iran n’est pas aussi isolé et menaçant que ses ennemis le laissent croire. La très grande majorité des pays ont répondu à l’appel : 29 chefs d’État et de gouvernement, 80 ministres des affaires extérieures et représentants des 120 États. À eux seuls, ils constituent les 2/3 de l’Assemblée générale des Nations Unies et représentent plus de 55 % de la population mondiale. Ce n’est pas pour rien que le Secrétaire général des Nations Unies s’est fait un devoir d’y assister en dépit des pressions venues d’Israël, des États-Unis et du Canada pour qu’il n’y aille pas.

Dans ce contexte, parler de communauté internationale, c’est inévitablement prendre en compte ce Mouvement des pays non-alignés. C’est cette communauté internationale, réunie à Téhéran, qui a apporté au peuple et au gouvernement syrien  un appui mettant en échec l’approche interventionniste du bloc impérial occidental.

« 2.4  La recherche sincère d’une solution à la crise syrienne passe par le respect de la volonté du peuple syrien, seul habilité à décider en toute indépendance de la composition de son gouvernement qui ne saurait arriver sur les chars des forces d’occupation… »

Que fait le Canada et le gouvernement Harper qui, avec moins de 25% de l’électorat canadien, coupe toute relation diplomatique avec l’Iran, agissant comme le petit caniche de Washington et d’Israël.

 » Le régime iranien, déclara le ministre Baird, fournit une aide militaire croissante au régime Al-Assad (Syrie); il refuse de se conformer aux résolutions des Nations unies concernant son programme nucléaire; il menace régulièrement l’existence d’Israël et tient des propos antisémites racistes en plus d’inciter au génocide; il compte parmi les pires violateurs des droits de la personne dans le monde; et il abrite des groupes terroristes auxquels il fournit une aide matérielle »

Pour lire le communiqué final du Mouvement des non-alignés, voir ici.

Nous sommes loin d’un Canada  démocratique et indépendant dans ses politiques internationales. Le gouvernement Harper se comporte comme si la majorité des canadiens le suivaient dans pareilles politiques. Il oublie qu’à peine 25% de l’électorat canadien a voté pour lui, alors que 75 % ne l’ont pas appuyé. Il n’est certainement pas en position de faire la leçon à notre nouvelle Première ministre, Mme Pauline Marois quant à sa crédibilité démocratique.

Oscar Fortin

Québec, le 9 septembre 2012

http://humanisme.blogspot.com

http://www.voltairenet.org/Washington-prend-acte-du-retour

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Classé dans Actualité, Oscar Fortin

La guerre interne du capitalisme

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Il n’est pire guerre que la guerre des intestins contre les intestins. Ah, il y a du brasse camarade dans l’économie-monde… Il fut un temps ou les disparités de modes de production étaient beaucoup plus accusées qu’aujourd’hui, seulement en Europe. La notion de “tiers monde” était jadis économiquement quasi-inexistante. Je n’en finirais pas d’énumérer les problèmes posés par ce fichu de nouveau siècle. Le moteur du mouvement social réside bel et bien toujours dans les possibilités d’extortion du surtravail. Or, les pays que nos journaux appellent du “tiers” et du “quart” monde sont aujourd’hui les grandes sources de plus-value effectivement productive. Les économies occidentales sont, en notre temps, à 75% post-industrielles (services et bureaucratie, principalement). Ainsi, un stylos à bille produit au Honduras coûte infiniment moins cher en reviens que le même stylo à bille produit en France ou en Allemagne. Les coûts de frais sociaux sont inexistants dans le premier cas. L’assiette de plus-value produite par le prolétaire non-occidental n’a donc que le capitaliste comme convive à convoquer. Il n’y a plus à la partager avec le col blanc occidental, sous forme de charges sociales, et de cette kirielle de frais divers qui font du Nord-Ouest un oasis illusoire. Cette situation de disponibilité internationale de surtravail frais et bon marché suscite une véritable exportation du moteur de production vers les zones plus précairement prolétarisées. Nous évoluons désormais dans un dispositif où le travailleur occidental s’est historiquement donné une protection sociale mais a laissé la bourgeoisie aux commandes. La conséquence en est qu’il fonctionne comme une sorte de rentier social, d’aristocrate ouvrier. Mais l’aristocrate dépend de sa terre nationale! Si celle-ci tombe en friche, c’est sa rente qui s’effiloche. Ici c’est la bourgeoisie aux abois qui rouille le blé de l’aristocrate ouvrier! Car, ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’expatrier le moteur de production, c’est aussi expatrier le moteur de consommation, car ce sont là les deux facettes dialectiques du même jeton. Chercher de nouvelles sources de plus-value, c’est expatrier la production. Et expatrier la production, c’est expatrier le marché. Dans les derniers 30 ans, le pouvoir d’achat des masses prolétariennes indonésiennes, chinoises ou guatémaltèques a, en proportion, beaucoup plus augmenté que celui des masses françaises, états-uniennes ou allemandes. Le marché devient donc international au sens fort, et les entreprises domestiques produisent et trouvent le marché là où il se produit et se trouve. L’internationalisation du marché n’est donc pas la conséquence du tassement de la production domestique, mais sa cause. Moins de plus-value domestique, moins de pouvoir d’achat domestique. Moins de pouvoir d’achat domestique, tassement du marché domestique. Voir cela comme une stratégie voulue des patrons c’est dès lors basculer dans une interprétation volontariste de type militantisme vulgaire. Cet état de fait économique s’impose au patron occidental autant qu’au travailleur occidental. La dynamique de concurrence pousse implacablement toute la machine dans le bourbier tiers-mondiste. Et ainsi, le ci-devant “libre échange” est lui aussi consécutif plutôt que causal. Les cris de nos libre-échangistes c’est le hululement de la chouette de Minerve, quand tout est joué et quand la nuit de la mondialisation est tombée. Qui va en profiter? Ah, ah. Voilà le beau merdier! Extirper la productivité des secteurs avancés, balisés socialement, pour la nicher dans des pays arriérés, semi-coloniaux, à régimes dictatoriaux et “bananiers”, pour reprendre une image d’une autre époque qui dit bien ce qu’elle a à dire, donne une illusoire et courte impression de levée fraîche de profits rapides. En fait la régression (notez ce mot!) sur les zones à capitalisme sauvage aura à moyen et long terme les effets qu’ont eu le capitalisme sauvage: désorganisation de la production, dérapage social, paupérisation à outrance, émeutes de la faim, spéculation sans balises menant à des crash boursiers, dans des pays pauvres mais dont le sort semble soudain rayonner sur le monde. La Thaïlande, la Russie, l’Inde, la Chine et le Brésil en témoignent. Le capitalisme étire son sursis, mais tout cela revient à la fameuse baisse tendancielle du taux de profit. Elle se poursuit, inexorable, et les profits absolus ne doivent pas faire illusion quand au caractère déterminant de cette loi. Le capitalisme se love sur la planète entière, mais en même temps il s’étrangle impitoyablement avec ses propres circonvolutions. Il va se trouver coincé entre l’aristocratie ouvrière occidentale qui va se mettre à s’agiter pour ne pas perdre ses privilèges, et le prolétariat des nouvelles zones, productives industriellement mais arriérées politiquement, qui va se mettre à s’agiter pour acquérir les siens. On n’a pas fini de voir s’ébranler le monde. Mais cette fois-ci, le capitalisme ne trouvera plus un “quint” ou un “sixte” monde pour se réactiver, la planète étant, l’un dans l’autre, une sphère finie…

La contradiction interne fondamentale du capitalisme ne pourra donc plus se fuir elle même vers les zones en friche, comme elle le fit du temps de la phase imperialiste. La guerre, la vraie guerre interne du capitalisme va donc s’amplifier hyperboliquement. De nos jours, elle se joue et se joue farouchement entre les PDG et les investisseurs. Ils n’ont presque plus besoin de la lutte des classes classique: ils se mangent entre eux. Les premiers mobilisant une énergie formidable pour fourrer les seconds. Les seconds se méfiant des premiers comme un nageur des requins. Elle est loin l’époque où le premier Rockefeller jugeait que la satisfaction des investisseurs était l’objectif cardinal de l’homme d’affaire prospère. C’est que le capitalisme n’investit plus: il boursicote. Ses intendants maquillent les chiffres pour que les investisseurs ne retirent plus leurs joujoux financiers en un éclair. Les profits de productions sont graduellement remplacés par le butin d’extorsion par actions. Les investisseurs sont tout aussi cyniques et insensibles. Ils ne s’impliquent plus dans une entreprise parce qu’ils croient en sa mission mais bien parce que c’est la crête du moment dans leur surfing électronique, ultra-abstrait et ultra-rapide aux dividendes. Même le commerce des produits financiers s’engage dans ce type de mutation implacable. Préférer l’extorsion directe avec résultat à court terme à la doctrine classique de «faire de la clientèle» est une attitude qui surprend toujours en Amérique du Nord. En Europe, c’est la loi. On te fait les poches en un acte commercial unique et retors et tant pis su tu ne reviens pas et parle de nous en mal à tes copains. Mais dans le Nouveau Monde, c’est inhabituel. Inhabituel et symptomatique. Quand la soif du profit à court terme atteint une telle profondeur microscopique, c’est que les choses changent dans notre contexte économique. À rapprocher de la désormais classique explosion des frais d’usager des banques. Ne plus investir (dans l’industrie pour les banques, dans la satisfaction du client pour les commerces) mais extorquer en une ou deux fois et fuir. Fondamentalement cela change la valeur de place (de poche…) mais n’en produit plus de nouvelle. Il est criant que ce système a cessé de croire en lui même. Le spéculatif poursuit sa lente et inexorable séparation du productif et les experts, qui sont au service du spéculatif, s’attellent à la principale tâche du spéculatif : nier le réel, peindre en rose la muraille grise des faits concernant la productivité, l’échange, la compétitivité, la qualité matérielle des produits, leur réception effective dans le public, etc… L’arnaque passe de plus en plus en auto-arnaque. La guerre interne se poursuit, autant que la contradiction autodestructrice motrice. Certains acteurs passent aux aveux. Il est criant que le profit de l’entreprise, devenu depuis l’entreprise du profit, nuit désormais ouvertement à la production effective.

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Classé dans Actualité, Paul Laurendeau

Des loups dans la bergerie?

Une histoire tragique, assez tordue, surtout que les versions s’opposent.

Le 28 août dernier, Dimitros, âgé de huit ans, est mordu par deux solides canidés sur le terrain d’une résidence privée, à Sainte-Brigide-d’Iberville.

La mère, Vanina Provost, atteste que son fils a été mordu par des loups. Le propriétaire dément ses dires, précisant que ce sont des bergers tchécoslovaques. Le Ministère des ressources naturelles et de la faune (MRNF), de son côté, ne se prononce pas, confirme seulement que l’enclos était bien sécurisé!

Bien sécurisé? Un point douteux étant donné que les chiens-loups-bergers tchécoslovaques se sont rués sur l’enfant avec la rapidité de l’éclair. On sait maintenant que le propriétaire avait oublié de refermer une des deux portes de l’enclos sécurisé!

Madame Provost avait amené son fils avec elle parce que cette journée-là son mari ne pouvait le garder. Son amie, la maître-chien Cindy Fournier  – une amie également de la femme du propriétaire des bergers-loups – l’accompagnait. Tous les trois, l’enfant, la mère et l’amie, assistaient gentiment à la séance de nourriture des bêtes par le propriétaire et se tenaient à une vingtaine de mètres  d’elles.

C’est d’abord la femelle qui s’échappa de l’enclos. Sauta sur Dimitros et l’agrippa de ses crocs à la tête et au bras. La mère s’agrippa à son tour à son fils, tirant de toutes ses forces pour le dégager. Mais le mâle surgit par derrière et prit dans sa gueule la jambe de Dimitros, tirant de son côté. Il paraît que l’enfant criait : «Jésus, aide-moi!»

Il aura fallu l’intervention du propriétaire qui abattit à plusieurs reprises un  2 x 4 sur la tête du mâle et procéda ensuite à une manœuvre de strangulation pour qu’il lâche prise, tellement il était enragé.

L’enfant fut transporté dans la maison, le corps recouvert de sang, et le visage aussi blanc qu’un linceul. Malgré tout, les deux propriétaires insistèrent auprès de la mère pour qu’elle n’appelle pas les services d’urgence. Ils craignaient d’être troublés par les conséquences. En dernier recours, ils demandèrent à la mère de dire que l’enfant avait été mordu par un chien errant! Que voulez-vous, il y a parfois des priorités qu’on ne saisit pas!

Bon, voilà que l’enfant est finalement transporté à l’hôpital de Cowansville et soigné, puis transféré le lendemain à l’hôpital de Montréal pour Enfants, en raison d’une sévère infection à la jambe. L’enfant a échappé de justesse à l’amputation.

Tout n’est pas fini pour lui, bien sûr. Sans compter le terrible traumatisme psychologique qu’il a subi, il doit continuer à se rendre à l’hôpital à tous les deux jours pour le changement de ses pansements. Il n’est pas question pour le moment qu’il retourne à l’école, sa peur de sortir et d’être attaqué étant trop grande.

En attendant, on ne sait toujours pas s’il s’agit de loups ou de bergers tchécoslovaques! Il paraît qu’un test d’ADN pourrait le préciser. Mais, qu’est-ce qu’on attend? Qu’est-ce qu’on attend pour éclaircir la situation?

De l’avis de Mme Fournier, la maître-chien amie de la mère de la victime, il s’agit bien de loups, puisqu’elle connaît la propriétaire depuis une quinzaine d’années. Elle a même déclaré à l’émission de Denis Lévesque que les propriétaires faisaient le commerce de petits loups qu’ils vendaient sur le marché noir à 2 500 $ chacun à l’étranger.

D’après les professionnels en la matière de reconnaissance de loups et de chiens, il est très difficile de faire la distinction entre un loup ou un hybride de loup.

D’après d’autres experts, les loups n’attaquent jamais sans raison, car la peur qu’ils ont de l’homme est inscrite en eux. Quand ils attaquent, ils s’en prennent aux enfants (un rappel des enfants-bergers autrefois enregistré dans leur mémoire) ou aux femmes. Rarement aux hommes.

Selon l’auteur de Indice Zéro, qui fut responsable pendant plusieurs années d’une fourrière d’animaux, il y aurait eu dans le cas de Dimitros, contentement de la part des bêtes; ainsi ces dernières présenteraient un  risque de récidive de l’ordre de 80 %!

Mais, rassurons-nous, la justice suit son cours. Pour le moment, un constat d’infraction pour nuisance a été donné par la Municipalité de Sainte-Brigide-d’Iberville. L’amende pourrait aller de 100 $ à 1 000 $. Je vous en supplie, ne riez pas, c’est sérieux!

Il y a, de toute évidence, des intérêts personnels divers en jeu.

Les loups dans la bergerie, ce sont aussi ceux qui, si vraiment il s’agit de loups et qu’ils continuent à le nier avec une belle hypocrisie, se comportent d’une façon méprisable, dans le seul but de protéger leurs intérêts personnels.

Quel est le débat au juste?

Interdire le marché au noir? Respecter la loi? Protéger l’enfant? Savoir qui a raison?

Il est facile de s’égarer dans tous ces dédales.

Un incident s’est produit. Malencontreusement peut-être. Mais il faudrait s’assurer qu’il ne se reproduise plus!

Voilà l’essentiel.

Carolle Anne Dessureault

*NOTE – la suite de LES CERF-VOLANTS DE KABOUL aura lieu la semaine pr

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Classé dans Actualité, Carolle-Anne Dessureault

Printemps 1690, Batiscan!!!

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Un canot d’écorce, venant du Nord, s’approche du rivage de la rivière Batiscan, donnant sur la Terre de Gabriel Lefebvre. Le menton appuyé sur sa fourche de bois, Gabriel  le regarde accoster. Le canot plein de ballots de fourrures tangue dangereusement lorsque l’occupant descend dans l’eau jusqu’aux genoux, pour ensuite tirer l’embarcation sur le sable. Il décharge le canot et le porte à sa cachette habituelle.

Près de lui, sur une des grosses souches qu’il n’a pu encore enlever de son champ, Gabriel ramasse son fusil et y appuie sa fourche.

–          Salut Cadotte. Tu ne devais pas aller vendre tes fourrures avant de revenir?

–          Salut Lataille. Tu ferais mieux de te préparer à recevoir des Iroquois. Ils seront ici dans « pas longtemps ».

–          Quels Iroquois?

–          Une bande que j’ai rencontré en montant. J’ai viré de bord aussitôt et ils me poursuivent depuis trois jours.

–          Ils sont combien?

–          Il en reste une dizaine. J’ai dû tuer les deux qui m’avaient rejoint hier matin.  Allez! Ramasse un ballot et allons chez moi.

–          Ta femme et ta fille sont avec Louise; viens.

Les deux hommes, chacun chargés d’environ 90 livres de pelleteries, arrivent chez Gabriel, laissent tomber leur charge près de la porte et entrent dans la maison.

–          Louise; prend le canot et rends-toi chez ton père avec Catherine et son bébé. Y’a des Iroquois qui seront ici dans une demi-heure. Je reste avec Cadotte. On va les arrêter.

–          Vous êtes seulement deux.

–          Si on en tue deux ou trois, les autres vont détaler. Vite; fais comme je te dis et attend que j’aille te chercher.

–          Faites attention à vous autres.

–          T’inquiète pas, femme. Tu me le répètes assez souvent, « on a une famille à bâtir ». File au canot vers le village!

Louise attrape un châle, l’attache sous son menton, ramasse une hache et courre jusqu’au canot, déjà orienté vers le bas de la rivière. La femme de Cadotte, son bébé dans les bras, la suit de près. Quelques minutes plus tard Gabriel voit les deux femmes avironner avec autant d’adresse que de vrais « coureur de bois ». Rassuré, de son intonation toujours calme il dit:

Viens-t’en Cadotte. On va s’installer au-dessus de l’endroit où tu as accosté. T’as des munitions?

–          J’suis bien garni; t’inquiète pas.

Gabriel décroche sa rapière d’une cheville de bois au mur et l’agrafe à sa ceinture où il passe une hachette. Il ouvre un coffre de bois ferré, près du foyer, en tire un pistolet qu’il charge et passe aussi à sa ceinture.

–          Je ne savais pas que tu avais un pistolet!

–          C’est un cadeau de Bourgchemin et tu vas l’oublier. Personne ne le sait et je veux que ça reste ainsi.

Attrapant son fusil, il pousse la porte pour laisser sortir Cadotte.

–          J’ai pas vu d’Iroquois avec une épée parmi le groupe.

Sans dire un mot Gabriel ferme la porte et retourne d’où il était venu quelques minutes plus tôt. Cadotte lui emboîte le pas sans rien ajouter. Arrivés sur la hauteur près de la rivière Gabriel murmure :

–          Tu t’installes ici et tu me laisses tirer le premier. Si celui que j’ai tiré n’est que blessé tu ne l’achèves pas. Tu serais probablement mieux de viser pour blesser au lieu de tuer. Si celui que tu vises est droitier tu tires l’épaule droite sinon, c’est la gauche.

–          Cré- moé, Lataille; si j’tire un Iroquois, y va tomber…  pour pas se relever…  jamais.

–          Comme tu veux; mais ne t’avise pas d’achever un de mes blessés. Allez; je serai derrière l’abattis que tu vois là. N’oublie pas, je tire le premier.

Gabriel, allongé près d’un tronc d’arbre renversé, charge son fusil et s’installe à son aise. Il jette un œil vers Cadotte et constate qu’il est, lui aussi, très bien posté, à l’abri. Les deux sont prêts à recevoir les Iroquois.

Ils n’ont pas à attendre très longtemps avant que Cadotte signale des branches qui bougent sans raison, au bord de la rivière. Les deux Canayens épaulent lentement leurs fusils. Un renard roux surgit brusquement des fourrés et grimpe vers les hommes embusqués. Aucun d’eux ne réagit, ils gardent les yeux fixés sur les broussailles.

Deux indiens apparaissent sur la grève sans le moindre bruit. Gabriel observe les deux Iroquois inspecter les lieux. Ceux-ci remarquent tout de suite l’entrée de la cachette du canot, là où les herbes sont quelque peu écrasées. Ils s’en approchent et trouvent tout de suite l’embarcation. L’un des deux rebrousse chemin et retourne vers sa bande qui l’attend au détour de la rivière, pendant que l’autre se cache derrière « le canot à Cadotte ».

Les deux Canayens restent de marbre. Quelques minutes plus tard, neuf indiens, peints pour la guerre, dans trois canots se pointent au tournant de la rivière. Ils avironnent doucement, sans éclaboussures, et s’approchent de l’endroit où Cadotte avait déchargé ses ballots. L’éclaireur qui connait l’endroit, indique aux autres braves où accoster. Gabriel apprécie l’expertise dans tout ce mouvement qui se fait sans le moindre bruit.

Lorsque la première embarcation touche à la grève, il laisse à l’éclaireur le temps de descendre et d’en empoigner la pointe. Voyant que l’indien est droitier, Gabriel lui loge une balle dans l’épaule droite. L’indien bascule et tombe à l’eau tête première sur une roche, sans plus bouger. Au même moment, Cadotte tue le deuxième indien, qui se préparait à débarquer, d’une balle entre les deux yeux. Celui-ci retombe dans le canot. Éclate encore un autre coup de feu, tiré par celui qui s’était caché dans les branchages. La balle vient se loger dans le tronc d’arbre à deux pouces du visage de Gabriel. Aussitôt, Lataille dégaine son pistolet, saute du haut du taillis sur la grève et se précipite là où l’indien accroupi recharge son arme. Les trois canots d’indiens refoulent promptement sur la rivière pour échapper à l’embuscade.

L’Iroquois voit Gabriel foncer sur lui, il lâche son fusil et sort son tomahawk de sa ceinture. Gabriel s’arrête à cinq pas de l’Iroquois. Apercevant le pistolet, celui-ci hésite. Les deux hommes se dévisagent. Lentement, Gabriel repasse son pistolet à sa ceinture, tire sa rapière et pique la pointe sur le sable du rivage. L’indien se redresse doucement, impassible. Le reste de la troupe tourne le coude de la rivière et poursuit sa fuite. Gabriel pointe de son doigt l’indien, blessé à l’épaule au bord de la rivière, la tête dans l’eau. Les deux hommes se comprennent. L’iroquois se dirige vers son comparse. Gabriel lui emboîte le pas et l’aide à retirer le blessé de l’eau. L’homme est inconscient et ne semble plus respirer.

Cadotte! Arrive ici; j’ai un noyé qu’il me faut ranimer. Surveille l’indien.

–          T’inquiète pas Lataille; s’il bouge y’est mort.

L’Iroquois  se retourne pour regarder Cadotte s’approcher, le fusil armé. Gabriel rengaine sa rapière, dépose son fusil, ouvre la bouche du noyé, vérifie s’il n’a pas avalé sa langue et le retourne sur le ventre. Il lui relève les bras et lui place les mains sous le visage. Ensuite, s’installant à la tête de l’Iroquois inanimé, il pousse énergiquement dans le dos du noyé et relâche, puis lui tire les coudes vers le haut. À la onzième pression, un flot d’eau jaillit de la bouche du blessé qui se met à tousser. Gabriel se relève. L’indien, jusque là attentif aux gestes de Gabriel, se penche pour s’occuper de son ami.

–          Où as-tu appris à faire ça? Lui demande Cadotte.

–          En Jamaïque, quand j’étais jeune, dans la marine.

Lataille ramasse son arme, la place au creux de son coude et attend que les deux indiens reprennent contact. L’iroquois du canot explore la gravité de la blessure de son ami. Gabriel lui fait signe de l’aider à se relever et de le suivre. Sur ce, il se retourne et se dirige vers sa maison. Cadotte, hochant la tête, lui emboîte le pas.

–          Tu as une drôle de façon de traiter tes ennemis,  Lataille.

–          Ils ne sont pas mes ennemis; du moins pas encore. Et je veux m’en faire des amis.

–          Te faire amis avec des Iroquois? Non mais ça va pas dans ta caboche? C’est impossible! Ce sont des barbares sanguinaires!

–          Ce n’est pas ce que m’a dit le vieux Desgroseillers de Trois-Rivières. De toute façon je ne suis pas intéressé à les voir apparaître ici à chaque année pour me piller. C’est ce qui va arriver si j’en tue un; sa famille voudra le venger et on n’en verra jamais la fin. Je te conseille de tenter de te faire ami avec eux toi aussi. S’ils viennent piller chez mon voisin, c’est comme s’ils venaient chez moi.

Cadotte sans répondre jette un coup d’œil derrière lui. Les deux indiens les suivent.

Un demi-heure plus tard, le blessé, assis sur les planches de la galerie, devant la cabane, a maintenant le bras en écharpe et boit un boc remplie de bière d’épinette. Mathurin Cadotte dit Poitevin garde l’œil sur lui tout en buvant sa bière. L’autre Iroquois, un peu plus loin, parle par signe avec Gabriel Lefebvre qui répond de la même façon. Tous les deux mâchouillent une tranche de viande fumée tiré d’une écuelle de bois que Gabriel avait sorti de la maison. Chacun tient un couteau, place un coin de sa tranche de viande entre les dents et le coupe près des lèvres. C’est ce à quoi servait le plus petit couteau, qui pendait au coup de Gabriel. L’indien, quant à lui, se sert de son couteau de chasse, semblable à ceux que Gabriel porte, l’un à sa ceinture et l’autre, dans un étui attaché au bas de son genou droit. À cet instant, les couteaux ne sont plus des armes, mais simplement des ustensiles; et aucun des deux hommes ne les considèrent comme arme lorsqu’ils mangent.

Il est bon de comprendre que le Canayen de cette époque, comme les « sauvages » d’ailleurs, ne vit pas dans sa cabane. Celle-ci ne lui sert qu’à dormir et à s’abriter du mauvais temps. Le Canayen vit continuellement  à l’extérieur. Souvent,  lorsqu’il fait trop chaud dans la maison, toute la famille sort pour dormir à la belle étoile. Évidemment, parfois les époux font comme les lièvres les soirs de pleine Lune… sans trop s’occuper de la Lune.

L’intérieur de la maison est le royaume incontesté de la Canayenne qui, elle aussi, ne s’y confine que pour faire la cuisine et pour dormir. La plupart du temps, la maîtresse de la « maison » travaille dehors avec son mari. Elle s’occupe du jardin et des animaux avec lui. Et lorsqu’il est absent, c’est à elle que revient toutes ces tâches. Ajoutons que la Canayenne manie la hache, la faux et la fourche tout comme son mari. De plus, elle tire du fusil avec la même virtuosité. Au printemps, la famille consacre une semaine à fabriquer du savon et des chandelles de suif pour l’année.

L’indien blessé fait entendre un « Hugh » en pointant vers la rivière. Un canot chargé de trois occupants, s’approche du rivage. Ils avaient bien vu Gabriel, Cadotte et les deux indiens, assis sur la galerie. À genou au centre du canot, Louise, parait calme. Son père François Duclos, au gouvernail, dirige le canot vers la plage de sable. Avant de toucher, Nicolas, frère de Louise, saute dans l’eau et empêche le canot de heurter le rivage. Louise débarque et se dirige vers la maison pendant que les deux hommes montent l’embarcation sur la grève.

Sans un mot, la femme se dirige vers l’indien blessé qui ne bronche pas lorsqu’elle se penche pour inspecter le pansement de l’épaule.

       -T’inquiète pas ma femme, j’ai récupéré ma balle.

       -Ça ne me surprend pas!       

Cadotte demande à Louise : -Ma femme est où?

-Ma mère l’a gardé à la maison avec la petite. Ils t’attendent ce soir. Vous coucher chez mes parents.

Elle entre dans la maison et revient avec un vieux châle et refait une meilleure écharpe sur le bras blessé. L’indien la regarde comme hypnotisé. Il est vrai que l’épouse de Gabriel est belle femme; mais c’est probablement son aplomb face à un Iroquois peinturluré qui étonne, beaucoup plus, le jeune indien.

François et Nicolas se tiennent debout près de Lefebvre.

-Tu t’es fait de nouveaux amis, garçon? Demande François Duclos.

C’est bien ce que je voudrais le beau-père. J’espère réussir.

François Duclos s’adresse à l’Iroquois dans sa langue et la conversation s’engage. Gabriel les laisse et rejoint sa femme.

-Je t’avais dit d’attendre que j’aille te chercher. Lui dit-il.

-Oui puis après? Tu n’es pas venu assez vite; c’est tout. Je dois préparer le souper pour tout ce monde-là. Allume le foyer. Nicolas! Donne un coup de main à mon mari et apporte du bois pour le feu. Après, préparez-moi une table, ce soir on mange dehors.

Elle pivote sur ses talons et retourne dans la maison.

-Moé, Gabriel, je sais pas comment tu fais pour supporter une femme aussi soumise que ma sœur, dans ta cabane. Tu aurais dû choisir une femme de caractère. Remarque Nicolas.

-C’est facile à supporter Nico; je fais ce qu’elle demande. Viens on prépare le feu. Quand tu vas manger, tu vas comprendre.

-Ça je le sais déjà; pour préparer la nourriture mes sœurs ne donnent pas leur place.

Les deux hommes s’affèrent à leur nouvelle tâche. Cadotte reste près du jeune indien blessé.

45 minutes plus tard, les hommes, assis sur des bûches autour de la table improvisée, se  concentrent à boire la soupe aux pois que Louise leur a servi, à chacun, dans des écuelles de bois. Un gros « pain de ménage », déjà entamé de moitié, trône au centre de la table appuyé sur une « tine » de beurre. Marie-Louise arrive ensuite avec une grande assiette pleine de tranches de cuissot de chevreuil qu’elle place près du pain. Elle y ajoute une grosse écuelle remplie d’une purée de citrouille dont les femmes Duclos gardent le secret. La table bien garnie, elle s’assoie entre son père et son mari.

-Et puis, père; les Iroquois vont-il nous attaquer comme aujourd’hui, à chaque année?

-Ça, ça me surprendrait. Tout dépend de ton mari. L’indien blessé est le fils du chef Loup gris qui est là, en train de tout dévorer ce qu’il y a sur la table. Il m’a raconté comment ton mari a tiré pour ne pas tuer son fils et comment il l’a ensuite ranimé de la noyade. Loup gris considère Gabriel comme « bonne médecine ». Il demande à être son frère de sang.

-« Frère de sang », ça veut dire quoi?

-Tu verras après le repas. Tu n’as rien apporté à boire?

-Dans ma maison, on boit après le repas.

-Mais là, on est dehors!

-Bon! Ça va; mais c’est parce que tu es mon père et que je t’aime.

Louise embrasse son père sur le front et retourne à la cabane.

– Pis garçon? Vas-tu accepter d’être le frère de sang de Loup gris?

-Tout dépend de ce que cela implique,  le beau-père.

-Ça implique que tu deviennes son frère, que ta famille soit sa famille et vice-versa. Si quelqu’un fait du mal à ta famille il la vengera et tu dois prendre le même engagement. Si tu as besoin de lui, il viendra et s’il a besoin de toi, tu devras y aller. Ça implique également qu’aucun Iroquois ne viendra toucher à un seul cheveu de ceux de ta famille. C’est une décision importante à prendre; mais elle te donne de grands avantages dans la situation actuelle de la colonie.

-Je suis d’accord, à la condition que je ne participe jamais à aucun raid contre des Canayens.

François Duclos donna la réponse de Gabriel à Loup gris qui ajouta une remarque.

-Loup gris accepte à la condition que jamais tu lui demandes de participer à un raid contre les Mohawks.

Gabriel approuva d’un signe de tête et les deux hommes se lèvent pour se tenir face à face. Loup gris sort son couteau de chasse et s’entaille la paume de la main gauche. Gabriel fait le même geste. Louise, debout dans l’ouverture de la porte de la cabane, reste figée et regarde l’Iroquois prendre la main blessée de son mari dans la sienne et la serrer pendant qu’un peu de sang dégouline sur le sol. L’indien met l’autre main sur l’épaule de Lataille et ce fut tout; ils étaient dorénavant « frères de sang ».

-Bon! Me v’là rendue avec un beau-frère qui porte une houppette sur la tête. Et Louise s’approche des deux hommes de son pas décidé. Elle prend les mains blessées dans chacune des siennes et regarde les plaies. « Vous avez l’air intelligent maintenant. Vous êtes blessés tous les deux. Assoyez-vous à la table, je reviens ».

Trois minutes plus tard elle arrive avec un plat rempli d’eau et deux linges propres. Elle commence par nettoyer la plaie de Loup gris qui, étonné du cran de la Canayenne, regarde Gabriel qui lui fait un air en haussant les épaules. Lorsqu’elle a pansé l’indien, elle s’occupe de son mari. L’indien lève la main en fermant et ouvrant les doigts plusieurs fois, content que le pansement tienne en place.

-Hugh!

-Dis-moi, mon homme; maintenant que ton « frère » est ici, quand penses-tu qu’il va repartir?

– J’imagine qu’il partira quand il voudra, ton neveu est blessé à l’épaule; tu ne vas sûrement pas le chasser de chez toi, femme?

-Certainement pas avant que le reste de la bande d’Iroquois ne soit revenue pour venger leurs morts. On va avoir besoin de la « famille » pour ne pas se faire scalper, je pense.

– Tu as tout compris. Tu es bien digne d’être ma femme, ma belle Louise.

-Tout ce que je demande est que tu n’oublies jamais qui tu es, Gabriel-Nicolas Lefebvre. Nous allons fonder une famille et c’est elle qui devra être digne de porter ton nom; n’oublie jamais ça en éduquant tes fils, sinon je ne te le pardonnerai jamais.

Sur ce, tournant les talons, Louise retourne dans sa maison avec son plat d’eau qu’elle déverse sur l’herbe avant d’entrer.

Gabriel reste figé sur place en regardant sa femme s’éloigner. François Duclos, assis à la table, observe son gendre en se demandant si celui-ci sait exactement quel genre de femme il a épousé. Il allume sa pipe avec un petit sourire en coin, et passe son tabac aux deux indiens qui n’avaient rien saisi de ce qui se déroulait. François paraissait très fier de sa fille.

-Eh bien le beau-frère; tu fais une drôle de face. Commences-tu à comprendre la femme que t’as marié? S’esclaffe Nicolas qui, lui aussi, charge sa pipe.

-Je commence à comprendre à quel point je suis chanceux; mais cela ne me rendra pas la vie très facile; j’ai l’impression.

-Bin non voyons, tu l’as dit plus tôt. T’as qu’à faire ce qu’elle te dit. Et Nicolas lui lance sa blague à tabac pour qu’il charge sa pipe comme les autres.

Le reste de la soirée se passe à enseigner quelques rudiments d’Iroquois à Gabriel et Nicolas. Marie-Louise s’occupe dans la maison.

Au crépuscule, le père et le fils Duclos retournent chez eux en canot avec Cadotte. Les indiens ne voulant pas dormir dans la cabane, Louise leur donne deux peaux de chevreuil pour dormir sur la galerie. Le couple Lefebvre-Duclos se réfugient dans leur lit de plume.

À suivre

André Lefebvre

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« L’innocence des Musulmans »; un billard à mille bandes

Depuis quelques jours on tue et on meurt un peu partout dans le monde pour protester conte un film grotesque. Pas une attaque perfide ou même uns critique malveillante de l’Islam.  Juste un parodie de mauvais goût, comme le serait un soap décrivant par le menu les amours incestueuses de Jesus avec la Vierge sa mère ou la défécation en chaine sur des hosties ou des reliques du Bouddha. Même pas du bon porno : purement blasphématoire.

« L’innocence des Musulmans » n’ayant qu’une valeur de blasphème, le film est totalement dénué d’intérêt… sauf dans la mesure où il choque. Il est une provocation et rien d’autre qu’une provocation. Il faut donc se demander à quoi on joue.  Qui a intérêt à provoquer le monde musulman ?

La réponse la plus triviale c’est : « quiconque croit qu’il y a du fric a faire a produire un tel film » . Soit en misant sur le vaste auditoire que lui garantira sa valeur de scandale, soit plus subtilement en comptant qu’on payera cher pour qu’il ne soit pas mis en marché, soit, encore plus minablement, en faisant simplement en arnaquant un profit immédiat de la différence entre des sommes significatives qu’on peut lever des commanditaires en leur faisant miroiter des ventes mirobolantes et le coût minime de production d’un navet à petit budget.

L’hypothèse triviale ne peut pas être exclue, surtout au vu du passé trouble de celui qui s’en proclame le producteur, mais elle n’est évidemment pas la seule. Ce producteur juif-américain, avec de riches Juifs-Américains comme commanditaires, ne voit-on pas tout de suite le complot sioniste et une tentative pour créer une réaction antiaméricaine dans le monde à laquelle les USA ne pourront réagir que par une riposte contre les États musulmans ? Tout ce qui augmente l’antagonisme entre les USA et le monde arabe n’est-il pas à l’avantage d’Israel ? Alors oublions l’hypothèse triviale du promoteur véreux et pensons complot juif.

Ouaaais …  Mais ce « complot » semble bien facile à percer. Producteur juif, commanditaires juifs, intérêt évident pour Israel…  Israel nous a habitué à mieux. Est-ce que quelqu’un ne tente pas de faire accuser Israel, en mettant de petites miettes de  pain qui conduisent directement à la maison de Mere Grand ?  IL ne manque pas de candidats pour le faire. Ça pourrait etre l’Iran, qui a bien besoin de détourner attention. Les monarchies du Golfe et l’Arabie saoudite ou Le Pakistan, dont les rôle ne sont pas clairs depuis le 911 dont on « célèbre » l’anniversaire. On peut penser aussi complot antisioniste

Mais l’antisionisme n’est pas non plus une trouvaille bien originale. Une recrudescence de l’antiaméricanisme dans le monde musulman, ça sert essentiellement à qui ?  Aux Russes, bien sûr, qui sont dans une position assez difficile présentement en Syrie, et qui n’ont pas la puissance de s’opposer militairement aux USA, sans faire sauter toute la baraque.  Faire de chaque Musulman un allié contre l’Amérique serait pour eux un geste habile… Soyez bien sûrs qu’on y a pensé.

L’antiaméricanisme, toutefois, n’est pas hon plus d’un surprenant machiavelisme. La petite boule de billard n’aurait elle pas une trajectoire plus complexe ?  Car qu’on pense Islamistes, Israeliens ou Russes, il reste que c’est surtout aux USA que ces désordres en pays musulmans vont surtout profiter de en leur permettant de riposter en accroissant leur présence militaire au Moyen-Orient

En mettant encore une fois le blâme sur l’Amérique, a-t-on enfin un scénario satisfaisant ? Hmmm…  pas si vite !  Il ne manquera pas de doigts accusateurs pour soulever cette possibilité, somme toute assez facile, d’un montage par la CIA ou le Pentagone. Or si cette idée d’une manipulation par les USA était reprise par les médias et devenait crédible, elle aurait un impact important sur les élections de novembre aux USA… ce qui ouvre encore plus grand l’éventail des suspects…

Il ne faut jamais oublier, en effet, que pour les Américains, surtout en période d’élections chez eux,  le monde n’est qu’une extension des USA et la politique internationale une facette secondaire de leur politique domestique. Ils jouent entre eux. Nous sommes les pions… ou les boules.

Si donc toute cette provocation s’avère un complot – et soyons réalistes, il est plus probable qu’elle en soit un plutôt qu’une simple bêtise d’un quelconque quidam – les chances qu’ils s’agisse d’une manoeuvre des Républicains ou des Démocrates pour  embarrasser le parti rival sont au moins aussi probables que celles d’une intervention des Juifs, des Arabes, des Iraniens, des Russes ou que sais-je.

Les déclarations qu’on obtiendra du producteur et autres témoins dans les jours et semaines qui suivent permettront de voir à qui finalement les médias voudront faire porter le chapeau et donc a qui profite le crime. Bravo. Mais ça ne s’arrête pas la. Ensuite, on passera à la deuxième étape, qui pourra  faire apparaître comme une manipulation tout ce qui semblera avoir avoir visé à créer la première impression. Et de là à un troisième niveau, comme dans une éternelle partie de papier-caillou-ciseaux. Tout deviendra plus trouble, incertain…

Roosevelt disait qu’il m’y a pas de hasards en politique. Quand on verra dans quelle poche elle aboutit, on pourra supposer que la petite boule – qui aura rebondi sur tant de bandes – a  bien suivi le chemin voulu par celui qui l’a frappée.  Peut-être. Mais rien n’est moins sûr. Le monde est devenu bien complexe. On est dans un billard à mille bandes et on ne connaîtra peut-être jamais le fond de cette histoire. On pleurera les morts et on préparera le prochain coup.

Pierre JC Allard

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LETTRE À MON CHER LUCIEN

 Mon cher Lucien, tu es devenu, avec les années et les opportunités, une référence à multiples visages qui inspirent pour les uns la sagesse du « gros bon sens » et, pour d’autres, l’opportunisme « du plus rentable ». Tu n’es dépourvu ni d’intelligence, ni de culture, ni de charme pour convaincre, impressionner et rallier à tes diverses causes l’adhésion d’un grand nombre. Cela t’est d’autant plus aisé que les médias officiels t’ouvrent toutes grandes leurs portes et que les élites se font un honneur de t’avoir sur leurs principales tribunes.

J’ai été longtemps un de tes admirateurs. Je voyais en toi un homme de caractère, de détermination et j’y reconnaissais l’homme de convictions que tu étais. J’ai été de ceux qui ont fait pression pour que tu viennes rejoindre le peuple québécois dans sa longue marche vers son indépendance. Les paroles et les émotions ne te manquèrent pas pour convaincre les indécis, pour conforter les chancelants et pour avancer avec les convertis. Tu auras été un grand tribun et un grand Québécois de cette période mémorable. Tu étais devenu l’homme en qui le Peuple québécois se reconnaissait.

Aujourd’hui, 17 ans sont passés et bien des feuilles d’automne sont tombées. Notre Lucien national a perdu de son lustre et ses convictions nationalistes de la profondeur. En mai dernier, à la lecture d’un article ayant pour titre « Le vrai Lucien Bouchard », j’ai eu ce commentaire qui m’est venu comme de l’eau  surgit d’une source.

« Dommage, mon cher Lucien! Tu sais que la “crédibilité” est un bien précieux qui permet de faire beaucoup avec l’appui d’un peuple. Tu sais aussi que pour durer dans le temps il faut que celui qui en est gratifié fasse preuve de fidélité aux valeurs qui en ont été le fondement.

Ton engagement au côté du Peuple québécois, ton peuple, en a fait rêver plusieurs. Ce Peuple est toujours là, mais tu n’y es plus comme celui qui croit en lui, en sa capacité de s’assumer et de tirer tout le profit possible des immenses ressources dont il est le propriétaire et le maître.

Tu sais que ces ressources, exploitées et développées au profit de ce dernier, permettraient, entre autres, de financer des soins de santé de qualité, une éducation gratuite, accessible à tous et à toutes, des soins adaptés pour nos personnes âgées et des opportunités de travail à tous les niveaux du développement du Québec. 


Mais voilà que tes revenus de pension, comme ancien ministre fédéral et ancien Premier ministre du Québec, n’auront pas été suffisants pour entretenir ta passion pour un Québec indépendant. Des offres, sans doute, plus alléchantes t’ont transformé en négociateur de premier plan pour soutirer le maximum des richesses de ce peuple, ton peuple, aux prix les plus bas, afin d’assurer à tes nouveaux employeurs les profits les plus élevés. 


Voilà pourquoi, mon cher Lucien, ta crédibilité n’y est plus. Tu peux toujours t’adresser au peuple, c’est ton droit, mais ne viens plus raconter des histoires que tu travailles pour les intérêts du peuple québécois et que ton souhait le plus cher est son bien.

L’illusion a assez duré. Il te faut maintenant marcher à visage découvert et, comme nous disaient nos parents, t’assumer pleinement dans ce que tu es vraiment, sans le peuple. »

Ces derniers jours, tu as lancé un autre de tes ouvrages pour éclairer le peuple, mais cette fois pour lui dire, entre autres, de ne plus aller se faire massacrer à l’abattoir d’un référendum populaire. Ton argumentaire m’a tout simplement renversé. Tu interpelles les Québécois et les Québécoises en leur disant qu’ils ne peuvent se laisser entraîner dans un nouveau référendum par une minorité de 850 000 personnes (15 % de l’électorat québécois) qui le réclamerait. Là, je n’y comprends vraiment rien.

Regardons les choses bien en face et voyons ce qui est le plus démocratique.

Habituellement, la tenue d’un référendum est décidée par le gouvernement dirigé par le parti qui a fait élire le plus de députés. L’Assemblée nationale du Québec comprend en totalité 125 sièges, correspondant à autant de députés. Un gouvernement majoritaire aura au moins 63 sièges. À ce stade de l’argumentaire, nous en sommes, au mieux, à 63 députés qui ont le pouvoir de décider de la tenue d’un référendum.

Mais là ne s’arrête pas l’argumentaire. Déjà nous savons que tous les partis politiques répondent à des donateurs et que leurs chefs sont choisis de manière à ne pas faire de vague dans la société. Bien plus, certains de ces partis, comme le parti libéral et la Coalition pour l’avenir du Québec, sont sous la dépendance de pouvoirs économiques qui exercent une influence déterminante sur le choix des chefs. Ainsi, advenant leur prise du pouvoir, les grandes décisions gouvernementales seront dépendantes d’une minorité oligarchique dont le nombre est bien en deçà des 850 000 personnes réclamant la tenue d’un référendum.

Quelle est l’approche, selon toi, qui est la plus démocratique ? Celle des lobbys oligarchiques de quelques centaines ou milliers de personnes, tout au plus, ou celle des regroupements populaires de 850 000 personnes ?

Alors, je te demande, mon cher Lucien, pourquoi craindre autant l’expression démocratique qui émerge du peuple ? Pourquoi craindre autant les référendums, alors que le dernier nous fut volé. Le Non gagna par 54 288 voix sur les 5,087 009 électeurs et électrices inscrits sur la liste électorale. Une aussi mince marge aurait dû inciter le fougueux Lucien que tu sais être à tes heures de colère, pour réclamer un recomptage et exiger le contrôle de la validité des votes émis. Tu n’en fis rien et tu laissas les adversaires tirer à boulet rouge sur ton collègue, Jacques Parizeau, en compagnie duquel tu avais fait la promotion du OUI. D’ailleurs, tu conviendras avec moi que les résultats obtenus furent loin d’un massacre à l’abattoir.

En 1998, des membres du Parti québécois prirent connaissance d’un Rapport du DGE mettant en cause plus de 162 000 noms de personnes, inscrites sur la liste électorale, qui ne figuraient pas sur la liste de l’Assurance maladie du Québec.

« DGE avait déjà radié de la liste électorale permanente 56 000 noms qui y figuraient au moment du référendum de 1995. Il se préparait à en faire autant avec 106 000 autres noms de présumés électeurs qui lui paraissent suspects en ce qu’ils ne figurent pas sur la liste de la RAMQ. »

Tu sais mieux que moi que si le peuple québécois a été massacré, ce n’est pas par le référendum, mais par les tricheries, la corruption et l’usage de faux votants n’y ayant droit. Ce le fut également, et tu ne peux y échapper, par la négligence de ceux et celles qui étaient en position d’autorité pour y exiger le recomptage complet des votes et leur validité.

Lucien, nous vivons dans une société où chacun a le droit de choisir ses maîtres et son pays. Je respecte évidemment tes choix qui mettront sans nul doute tes enfants et petits enfants à l’abri des huissiers qui, autrement, pourraient se présenter pour saisir leurs biens. Tu te souviens de cette image, utilisée dans le document des « lucides » auquel tu as participé. Je ne te cacherai pas que lorsque j’avais lu cela, je m’étais dit que ce n’était pas possible que tu puisses avoir cette angoisse pour tes enfants.

Quant à moi, je crois toujours à un Québec indépendant, assez riche en matière première et en matière grise pour assurer le développement d’un pays et la croissance d’une société nouvelle, plus juste, plus solidaire, plus humaine et surtout plus indépendante et libre.

Au revoir

Oscar Fortin

Québec, le 14 septembre 2012

http://humanisme.blogspot.com

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Un nouveau ton politique pour le Québec

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Un curieux tournant politique au Québec

Normand Charest – chronique Valeurs de société dossier Politique

Pauline Marois politique Québec élections provincialesLe 4 septembre 2012, les citoyens ont élu un Parti québécois (PQ) très minoritaire, mais aussi la première femme en tant que premier ministre du Québec, ce dont on peut tous se réjouir.

L’espoir d’une nouvelle attitude politique ?

Cela pourrait changer l’habituelle bataille de coqs que représente la vie parlementaire, à plusieurs égards. Du moins, nous le souhaitons.

En effet, en tant que femme, Mme Marois souhaite montrer l’exemple d’une gestion féminine plus basée sur la collaboration et la recherche de consensus. Son attitude, posée et calme, lorsqu’elle s’adressait à ses partisans, le soir de la victoire (même après l’attentat qui la visait), est rassurante.

Mme Françoise David, de Québec solidaire (QS), élue pour la première fois, offre aussi une attitude remarquablement paisible et conciliante.

De son côté, M. Legault, de la Coalition Avenir Québec (CAQ), s’est engagé à agir de manière respectueuse, lors des débats à l’Assemblée nationale. Il a été le premier à s’engager sur ce point.

Des engagements politiques

Tous ces engagements envers une action politique paisible et positive font plaisir à voir. Et, sans rêver outre mesure, nous voulons bien les croire et les appuyer. Car il est temps que nous sortions du cynisme, qui a trop longtemps régné.

Ce que nous souhaitons, c’est que les élus puissent enfin consacrer toutes leurs énergies à la mission que leur a confiée les citoyens. Celle de travailler à l’amélioration de notre société, qui en a bien besoin, à tous points de vue.

Les enjeux de société sont nombreux, tout comme les dossiers prioritaires, nous le savons tous. Des questions urgentes attendent des réponses du côté de l’environnement, de la santé, de l’éducation et ainsi de suite. Et la recherche de solutions se perd souvent, comme l’eau dans le sable : d’abord dans les débats partisans, et ensuite dans la bureaucratie.

Nous sommes tous politiquement responsables

C’est pourquoi ce travail ne doit pas se limiter aux politiciens. Les citoyens ne doivent pas s’attendre à ce que ceux-ci trouvent des solutions magiques à tous leurs problèmes. Ils doivent d’abord y travailler eux-mêmes de diverses manières. Par exemple, par des actions communautaires.

Mais cela commence par le travail sur soi, qui se reflète ensuite dans notre entourage : notre famille, nos proches, nos voisins et ainsi de suite. Car notre santé intérieure influencera nos choix, choix de consommation et de mode de vie, par exemple.

La vraie liberté

Des individus éveillés ne suivront pas aveuglément les courants qu’on leur propose, autant dans la mode que dans la façon de penser. On ne pourra plus les manipuler si facilement, comme s’il s’agissait de marionnettes. C’est pourquoi le travail sur les valeurs de société commence par le travail sur soi, et sur les valeurs auxquelles on choisit librement d’adhérer.

Et voilà la vraie liberté fondamentale, que personne ne peut nous enlever, quels que soient nos choix politiques : la liberté intérieure.

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