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Trois chefs mal-aimés en élections!

Première chronique. Premières hésitations. Le mot se veut laborieux. Il se fait difficile. L’inspiration se moque du mot. Mais de quoi vais-je bien parler ? Éloigner le lecteur ne serait pas la meilleure contribution d’un rédacteur à ce nouveau blogue. Nous serons sept. Sept à nourrir cette réflexion québécoise. Je me lance avec, en arrière plan, le syndrome de la page blanche.

Je n’ai pas le goût de vous entretenir sur les élections fédérales. La raison en est bien simple. Qu’ajouter à ce qui a été abondamment dit et redit ? Selon Marcel Côté, fondateur et retraité du groupe Secor, s’agissant de ces prochaines élections, « Les Canadiens et canadiennes seront face à trois chefs mal-aimés », disait-il, ce samedi, sur les ondes de Radio-Canada. Nous sommes loin, très loin de Denver.

Comment contourner la question ? Harper déclencherait des élections en réalisant bien qu’il risque d’être à nouveau à la tête d’un gouvernement minoritaire. Il lui faut gagner au bas mot 35 nouvelles circonscriptions pour se voir à la tête d’un gouvernement majoritaire. Si la population doit le réélire, il vaut mieux le maintenir dans un gouvernement minoritaire. Pour éviter davantage de « dommages collatéraux ». La droite bien-pensante et ultra-religieuse de l’Ouest du pays est suffisamment influente au sein des conservateurs pour qu’elle gagne davantage l’Est. Le Québec risque d’en être affecté.

Trois chefs. Trois mal-aimés. Pourtant Harper grignote du terrain. Il obtient 33% des intentions de vote, suivi de près par les libéraux avec 31%, malgré la faible popularité de Stéphane Dion. Pire. Plus d’un tiers des Canadiens en âge de voter considère que Stephen Harper est le plus apte à occuper son propre poste. Dion obtient un score de 15 % dans les intentions de vote.

Une question reste en suspens. Stephen Harper annoncerait les élections au cours de cette semaine, ce qui enverrait les Canadiens aux urnes le 14 octobre prochain. Le scrutin coïnciderait avec la fête de la Soukkot, fête juive. C’est à l’occasion de cette fête que les Juifs érigent une cabane – soukkah – qui symbolise l’errance du peuple hébreu après sa sortie d’Égypte (Fête des Tabernacles selon lévitique 23). Le porte-parole de M. Harper a rejeté cette demande. « Dans un pays multiculturel (…) c’est difficile d’éviter à chaque fois d’éviter les célébrations religieuses de tous », a déclaré Kory Teneycke au National Post. Avec un tel refus, il est difficile de ne pas prétendre que les conservateurs sont sur un véritable pied… d’élections. Stéphane Dion vient de rencontrer Stephen Harper. 20 minutes. C’est la durée de la rencontre. Conclusion de monsieur Dion : cette rencontre est une comédie. Pouvait-il en être autrement ?

Au lendemain d’une nouvelle défaite des libéraux, je ne parierais pas sur la longévité de Stéphane Dion en tant que chef du Parti libéral du Canada. Trois fois plus riches que les libéraux, les conservateurs, goussets bien garnis, peuvent tenir un long siège et déstabiliser Stéphane Dion qui ne trouve preneur ni en Ontario ni au Québec. Les « bloquistes » sont en meilleure posture financière. Pendant que Dion sillonnera le pays, Bob Rae parcourra l’Ontario. Michael Ignatieff arpentera, pour sa part, le Québec.

Stéphane Dion et Denis Coderre entendent faire de la culture un enjeu majeur de la campagne. Selon Stéphane Dion, les artistes, aux yeux de la droite conservatrice, sont trop à gauche. Ce qui n’est pas totalement dénué de fondement. Selon une note confidentielle, rendue publique dans les médias, un bureaucrate du ministère du Patrimoine canadien souligne que la contribution de 20 millions $, pour les cérémonies d’ouverture des JO de Vancouver, est un investissement « pour assurer que l’événement reflète adéquatement les priorités du gouvernement et qu’il l’aide à atteindre ses objectifs nationaux (branding) de politique intérieure et internationale ». Et le bureaucrate poursuit : « Ces conditions garantiront que le ministère pourra participer et surveiller le VANOC adéquatement », indique le mémorandum.

Dans une autre note, rendue publique également, le gouvernement fédéral souhaite que des vétérans de la guerre en Afghanistan participent au relais de la flamme olympique. Les premiers des 12 000 porteurs de la flamme devraient être des vétérans de la guerre en Afghanistan. Comme si cela n’était pas suffisant, le fédéral a indiqué dans ce deuxième mémorandum que la dualité linguistique devait être reflétée dans le parcours de la flamme, allant même jusqu’à fournir une liste de 80 villes et villages à visiter.

Alors que Vancouver se prépare à accueillir les JO d’hiver en 2010, le Downtown Eastside continue d’être ravagé par l’héroïne. À Montréal, le ministre de la santé du fédéral, Tony Clement, s’était demandé, devant l’Association médicale canadienne, s’il était éthique que des professionnels de la santé appuient l’administration de drogues : « Est-ce éthique, pour des professionnels de la santé, de soutenir l’administration de drogues? Dans tout autre contexte médical, ce serait considéré comme un manque flagrant de professionnalisme » ? Et ce ministre de la santé, qui joue pleinement son rôle de redresseur de la morale au sein de la profession médicale canadienne et québécoise, est allé jusqu’à déclarer : « Nous devons faire davantage pour rejoindre nos fils et nos filles qui font des surdoses. Ils ont besoin de notre compassion et de notre intervention, pas simplement d’aide pour se piquer ».

Qu’importe au ministre Clement que le Downtown Eastside de Vancouver soit dans un état de délabrement indescriptible, où s’y côtoient junkies, prostituées, itinérants et personnes souffrant de troubles mentaux ? Seule la morale de la droite chrétienne conservatrice de l’Ouest canadien compte. Et l’importer vers l’Est est fondamental aux yeux des conservateurs. L’idéologie conservatrice a préséance sur toute politique de la santé au Canada.

À propos, où diable se cachait Stéphane Dion pendant ce débat ?

Hélène Buzetti du quotidien Le Devoir rapporte que les conservateurs en ont remis une couche sur leur intolérance face aux drogues : « ils ont distribué des dépliants décapants révélant encore un peu plus leur tolérance zéro envers les stupéfiants. On y voit au recto une seringue abandonnée dans un parc où un enfant joue au soccer. « Sécuritaire? », est-il demandé. Au verso, coincée entre l’image avenante d’une médecin et celle, glauque, d’une porte de prison, la rhétorique répressive est déclinée : « Les drogués et les revendeurs de drogue n’ont pas leur place près des enfants et des familles. Leur place est la désintox ou la prison », est-il écrit. Le gouvernement conservateur s’engage à prendre trois mesures pour remédier au problème, notamment de « garder les drogués dans les centres de désintoxication et les chasser de nos rues ».

Sur un autre plan, Nathalie Petrowski pose une question pertinente dans sa chronique du samedi 30 août : « Comment convaincre le public que les coupes en culture le concernent. Si jamais quelqu’un a la réponse, qu’il la fasse savoir au plus tôt, sinon les conservateurs vont battre les artistes 1 à 0. Et cela avant même le déclenchement des élections ».

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Classé dans Actualité, Pierre R Chantelois