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L’habitude du baîllon

Par lutopium – À l’automne 2008, notre premier ministre a demandé aux québécois de lui donner un gouvernement majoritaire afin, disait-il, de lui permettre de prendre le volant et de permettre au Québec de traverser la crise économique qui se pointait à l’horizon. Un peu plus tard, lors d’un caucus du Parti Libéral, il promettait de consulter le plus grand nombre de québécois afin d’entâmer un dialogue sur les finances publiques. Par la suite, le ministre des Finances lança une consultation prébudgétaire bidon sur un site web où les choix sont à sens unique. Depuis hier, ce gouvernement a décidé de discuter avec une poignée d’intervenants afin de tracer le parcours que doit prendre notre pays afin de retrouver la voie de l’équilibre budgétaire et bien préparer le Québec pour les 20 prochaines années. Le philosophe Leo Strauss doit être fier, lui qui était convaincu que seule une élite peut contrôler le peuple, trop ignorant pour participer à la gouvernance…

Il est essentiel que les citoyens soient consultés sur ces enjeux. Lors des dernières élections, il n’a jamais été question de hausser les tarifs et la taxe de vente, d’abolir des services publics, d’exiger des contributions supplémentaires ou de privatiser une partie du patrimoine québécois. Le gouvernement libéral n’a pas ce mandat. Même si les économistes de l’Université de Sherbrooke ou les penseurs de Cirano essaient de nous vendre leur salade subventionnée, on ne peut affirmer qu’il y a consensus au sein de la population. Même si un sondage biaisé nous apprend aujourd’hui que les québécois sont plutôt favorables à couper les subventions aux écoles privées, au concept d’un ticket modérateur lors des visites chez le médecin ou à l’ouverture du réseau de la santé au secteur privé, il est inacceptable que le premier ministre s’engage dans une série de réformes sans un mandat clair et précis. Si des mesures drastiques sont nécessaires afin de réduire le déficit et assurer le bien-être de la population, Jean Charest doit retourner devant les électeurs et présenter les choses clairement. Les enjeux sont trop importants pour prendre des décisions en vase clos.

Les seules propositions qui sont sur la table présentement visent essentiellement à réduire les dépenses gouvernementales ou à augmenter la contribution de tous les québécois, quelle que soit leur capacité de payer. Pourquoi le Parti Libéral ne considère-t-il pas une hausse des impôts des plus fortunés, ne serait-ce temporairement? Pourquoi ne suit-on pas la recommandation de l’Institut Économique de Montréal qui suggère de couper les subventions aux entreprises, ce qui permettrait d’économiser 6 milliards par année? Pourquoi ne pas analyser la possibilité de centraliser l’achat des médicaments et viser des économies qui pourraient atteindre un autre milliard annuellement?

Peu importe notre vision de l’économie et des solutions que nous privilégions, nous avons le droit fondamental d’accepter ou de refuser les réformes qui seront proposées. Mais que dis-je? Il faudrait d’abord se donner une démocratie…

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