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Les œuvres sans la foi

L’Occident, qui gère le monde depuis quelques siècles, le fait de droit divin.  Vous  ne saviez pas ?  C’est que vous n’avez pas prêté attention au discours en sourdine derrière les bruits de bottes. Parce que nous avons conquis le monde au son d’une musique militaire, vous avez vu comme un simple prêchi- prêcha, l’antienne de la mission civilisatrice qui fait alterner la croix et le sabre.

Erreur.  Car si on ne croit pas que Dieu est avec nous, Chrétiens, et qu’a défaut de faire du bien aux corps qu’on maltraite on fait du bien aux âmes, bien des gestes héroïques apparaissent comme d’assez répugnantes saloperies.

Voyez comment, après les règlements de compte entre hérésies qui ont été les premiers divertissements de l’Occident chrétien, on a eu les schismes, les croisades, les guerres de religions puis la colonisation des colorés de toutes teintes sous couvert d’évangélisation. Voyez comment, christianisme bien en place sur la planète, on est passé à nos guerres entre Chrétiens, toujours menées au nom de notre éthique chrétienne, par des « bons » contre des « méchants ».

Ces guerres se sont toujours terminées par la victoire des « bons », puisque le certificat de bonne conduite était délivré au gagnant avec le reste du butin.  C’est ainsi que, de victoires en victoires – Dieu  toujours solidement avec eux –  les « bons » se sont enrichis au détriment des autres en ne faisant que du bien et que le droit divin s’est imposé. Le droit de l’Occident chrétien à gouverner le monde et celui des riches à gouverner l’Occident.

Tout se passait bien. Mais là, sans réfléchir, on a tué Dieu ! Grave erreur.Des philosophes brillants, honteux d’avoir l’air sot, ont tué la notion de Dieu, parce qu’elle avait été jointe à des religions reposant sur des tissus d’absurdités. Triste coquetterie, car on a ainsi jeté le bébé avec l’eau du bain.

En enlevant la notion de Dieu, d’un Dieu qui soutenait les Chrétiens – et que Dieu existe ou non n’a ici aucune importance –  on a enlevé le « droit divin » qui légitimait la gouvernance de l’Occident et celle des riches.

Dieu parti, les yeux humblement  fermés s’ouvrent et l’on voit tout sous un jour nouveau. Aujourd’hui, par exemple, on voit comme une répugnante saloperie – parmi tant d’autres, mais c’est la plus récente – la « geste héroïque » d’avoir été tuer chez eux des milliers de Libyens sans défense et qui ne nous avaient rien fait.

Dieu parti, on s’enhardit et on regarde de plus près comment quelques familles milliardaires, gérant quelques douzaines de consortiums, ont pris non seulement la gouvernance, mais la PROPRIÉTÉ du monde… On voit tout à coup comme une impardonnable couardise de les laisser continuer. Il y a donc des gens dans la rue pour protester, à Wall Stret et ailleurs. Simple question de temps avant qu’on ne passe des cordes aux lanternes.

La vieille morale apprise par cœur et acceptée comme divine apparaît soudain humaine, trop humaine… et contestée. On pense à d’autres solutions… Rien de mal à y penser, mais n’oublie-t-on pas l’essentiel ?  De quel droit va-t-on gouverner, si ce n’est pas de « droit divin » ?

Démocratie ? On sait bien que la démocratie n’est PAS une valeur absolue, seulement un mécanisme.  Quelqu’un croit-il que, dans un groupe de trois (3), deux (2) aient le droit de se mettre d’accord pour décider de la vie du troisième ?  Pense-t-on qu’une génération qui se proclame de « purs Aryens » puisse légitimement, parce qu’ils sont une majorité, décider de l’extermination d’une minorité de Juifs ?

Il faut un « droit divin ».  Il faut une éthique transcendante, quel que soit le nom qu’on lui donne  – Constitution, contrat social, etc ... –  qui encadre et limite la démocratie, puisse évoluer avec le temps selon sa propre dynamique…  mais qu’on ne s’accorde pas la liberté de modifier au gré des engouements et des caprices !

En Occident, cette éthique transcendante se confond avec la morale chrétienne qui a servi de tuteur à la croissance de notre culture. Cette morale chrétienne est dans toutes nos fibres. Elle a évolué depuis des siècles pour intégrer des concepts plus raffinés de justice, d’égalité, de liberté  – et, paradoxalement, de laïcité !    C’est la seule éthique qui puisse faire  consensus chez-nous.  Ce qui s’y opposerait serait  rejeté comme un greffon incompatible…  à moins de parvenir à faire mourir l’arbre lui-même.

Attention, pourtant, de ne pas confondre cette éthique avec l’un ou l’autre des salmigondis de croyances plus ou moins ridicules que des meutes de clercs ont érigé en dogmes au cours des siècles, pour marquer leurs territoires de prédation et d’extorsion !  On ne parle pas ici de religion, car l’éthique est affaire de comportements. St-Jacques, dans une Epître qui a fait une belle carrière, dénonçait « la foi sans les oeuvres » . Faisons un pas de plus et parlons d’une éthique où la foi n’a même pas sa place. Une éthique qui ne juge que des œuvres.

On pourrait définir ici cette « morale chrétienne »  comme « le plus grand commun diviseur » des interdits que s’imposent et des contraintes auxquelles s’astreignent tous ceux  qui adhèrent au précepte du Christ de s’aimer les uns les autres.  Que celui qui respecte cette exigence se définisse ou non comme chrétien est sans importance ; ce sont ses « œuvres » qui importent.

Sans importance aucune, non plus, pour la société, que celui-ci ait une foi, une autre, ou aucune en un dieu quelconque : il peut avoir les œuvres sans la foi… Il peut bien, en son for intérieur, croire en tout ce qu’il veut et même créer ses propres superstitions… mais sans embêter personne, C’est ça le vrai sens de la laïcité.

Quand le corps social fait consensus et que cette morale chrétienne, expurgée de tout dogme et de toute croyance, est acceptée comme l’éthique transcendante qui détermine en dernier ressort de la légalité des règles, il y a harmonie entre l’ordre civil et cette morale dont le respect joue alors le rôle de l’appartenance à une religion sans en avoir les défauts.

C’est cette « religion » sans dogme, tout entière définie par une éthique et où il n’y a plus que les oeuvres qui comptent, qui serait la seule acceptable en société. Ne serait-il pas opportun que tous les Chrétiens de toutes obédiences s’y rallient, libre à chacun de croire aussi tout ce qu’il veut, mais sans l’imposer à qui que ce soit ?

Les Chrétiens – en fait tous ceux qui veulent témoigner de la parole du Christs pour l’amour et la charité – constitueraient alors une force énorme pour le bien dans le monde. Ils pourraient, ensemble, se choisir un « Pape », lequel  n’aurait aucun pouvoir matériel, mais une autorité telle, grâce à ce mandat universel qu’il aurait reçu, que sa parole pèserait lourd pour séparer le bien du mal au palier des consciences … là où des individus libres doivent décider des gestes qu’ils posent.

Pourquoi un synode épiscopal universel, auquel seraient invitées à participer aussi les églises protestantes et orthodoxes,  n’élirait-il pas le prochain homme – ou la prochaine femme – qui siègera sur le trône de Pierre ?   Le monde changerait si nous avions ce pape-guide, avec pour seul objectif que ce qui est BIEN soit clairement énoncé au profit de tous les hommes de bonne volonté… même ceux qui ne croient en rien.

Pierre JC Allard

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Le consentement des gouvernés

Qu’est-ce qui donne le droit à certains de gouverner les autres? C’est la question que pose Robert Higgs. La réponse, depuis l’époque de John Locke, est le consentement des gouvernés. Ainsi, lorsque les américains ont déclaré leur indépendance, ils ont écrit entre autre que « les gouvernements ont été institués entre les hommes, dérivant leur pouvoir du consentement des gouvernés ». Comme le souligne Higgs, tout ça semble bien en théorie, mais c’est quand on s’arrête à y penser que les choses se compliquent.

Nombre de questions viennent à l’esprit. Par exemple, est-ce que toutes les personnes doivent consentir et si non, combien? Et quelles options ont ceux qui n’y consentent pas? Le consentement devrait-il être verbal ou écrit? Devrait-il être implicite ou explicite? Si c’est implicite, comment c’est tabulé? Est-ce qu’il est permanent, ou est-ce que je peux le retirer si je n’y trouve pas mon compte? L’entente devrait-elle être renouvelée? À quelle fréquence? Ces question démontrent que la question de la légitimité du gouvernement en prend pour son rhume quand nous passons de l’abstraction à la pratique et si on considère les faibles taux de participation aux élections de la plupart des démocraties occidentales, ce n’est pas juste une question en l’air.

Ceux qui sont amoureux de l’état nous font souvent mention de l’existence d’un « contrat social ». Où est ce contrat? Peut-on le lire? Quand l’avons nous signé? Pour qu’un contrat soit légitime, il doit être accepté librement en pleine connaissance de cause. Or personne n’est jamais venu me montrer ce contrat social qui est supposé exister entre le gouvernement et nous tous. L’avez-vous déjà lu vous? Eh bien, selon Robert Higgs, si on se fie aux agissements typiques des gouvernements de ce monde, un tel contrat ressemblerait à ceci (que j’ai traduit librement):

Je, le contractant de la première partie («le souverain»), promets:

(1) De préciser combien de votre argent vous me remettrez, ainsi que comment, quand, et où le transfert ne sera effectué. Vous n’aurez effectivement aucune voix au chapitre, hormis de plaider pour ma miséricorde, et si vous refusez, mes agents vous châtieront par les amendes, l’emprisonnement, et (dans le cas d’un refus persistent) la mort.

(2) De faire des milliers et des milliers de règles que vous devrez obéir sans poser de questions, encore une fois sous peine de punition par mes agents. Vous n’aurez aucune voix dans la détermination du contenu de ces règles, qui seront si nombreuses, complexes, et dans de nombreux cas au-delà de la compréhension que nul être humain pourrait éventuellement connaître plus d’une poignée d’entre elles, et encore moins leur caractère spécifique, et pourtant si vous ne respectez pas l’une d’elles, je me sentirai libre de vous punir dans la pleine mesure des lois faites par moi et mes complices.

(3) De fournir pour votre utilisation, à des conditions fixées par moi et mes agents, des soit-disant biens et services publics. Bien que vous puissiez accorder une véritable valeur à un petit nombre de ces biens et services, la plupart auront peu ou aucune valeur pour vous, et certains vous trouverez tout à fait détestable, et en aucun cas aurez-vous en tant qu’individu, quoique ce soit à dire sur les marchandises et de services que je propose, malgré les histoires sans queue ni tête de la part d’économistes voulant que vous « demandiez » tous ces trucs et que vous accordiez une valeur équivalente à n’importe quel montant d’argent que je choisis de dépenser pour sa prestation.

(4) En cas de différend entre nous, des juges qui me sont redevable pour leur nomination et leur rémunération décideront comment régler le différend. Vous pouvez vous attendre à perdre dans ces règlements, si votre cause est entendue en premier lieu.

En échange des « bénéfices » gouvernementaux ci-haut, vous, le contractant de la deuxième partie («le sujet»), promettez:

(5) De vous taire, de ne pas faire de vagues, de respecter toutes les ordonnances émises par le souverain et ses agents, de courber l’échine devant eux comme s’ils étaient importants et honorables, et quand ils vous disent «sautez», de demander seulement «à quelle hauteur? »

Wow! Qui ne sauterait pas sur la chance de signer un contrat comme ça? Faudrait être un peu dingue, non? Pourtant, c’est bel et bien la façon que nous sommes traités. Je n’irai pas, comme Higgs, enjoindre les menteurs, voleurs et meurtriers qui composent nos gouvernements de tous niveaux de faire l’honorable geste de tomber sur une épée, mais je rêve de voir un jour un contrat social qui se fera entre individus, plutôt qu’entre les gens et leur gouvernement. Un contrat par lequel nous nous promettrons de respecter mutuellement nos vies et notre propriété et que le seul rôle du gouvernement serait de faire respecter un tel contrat.

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Classé dans Actualité, Philippe David