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La présomption fatale

Le socialisme est une de ces idées qui est très attrayante sur papier, du moins pour certains, mais qui n’a jamais réussi à fonctionner dans le monde réel. Ce n’est pas faute d’essayer, on a essayé d’implanter la société idéale de Karl Marx dans de nombreux pays, notamment l’URSS, les pays de l’Europe de l’est, la Chine, Cuba et la Corée du Nord. Chaque fois, le résultat a été similaire: mise en place d’une oligarchie gouvernante, appauvrissement de la population en général, exécution de masse des opposants au nouveau régime, perte de libre arbitre et violation des droits humain. Bref, le socialisme c’est l’épitomé de la pensée collectiviste et l’aboutissement logique de cette mentalité.

Certains démagogues essaieront de vous faire croire que toutes ces « expériences » passées n’étaient pas du véritable socialisme. Qu’aucun pays n’a encore établi le socialisme parfait. Qu’après la révolution et l’expropriation, le régime qui établit le socialisme par la force, laisserait sa place à une démocratie et que nous vivrions dans une sorte d’Utopie ou tous verraient leurs besoins comblés. Ils négligent le plus souvent de mentionner en gros détails comment ils y parviendront par contre. L’inconvénient pour eux est que leur Nirvana est irréalisable.

En 1920, l’économiste Ludwig von Mises fût le premier à démontrer pourquoi le socialisme est impossible. Je vous invite d’ailleurs à aller lire son essai par vous-même. Son flambeau fût ensuite repris par d’autres économistes comme Friedrich Hayek (Nobel d’économie, 1974) et Josef Schumpeter.

L’économie dirigée

Si l’expropriation des moyens de production et la répartition égale de la richesse selon le crédo « De chacun selon son habileté, à chacun selon son besoin » peuvent sembler attrayants, l’application de cette doctrine est pour le moins problématique. La premier de ces problèmes est la gestion de l’économie, puisqu’une répartition égale des richesse implique un économie dirigée. La « présomption fatale » des socialistes est de sous-estimer grossièrement la complexité d’une économie et comment la planification d’un tel système est hors de portée du commun des mortels. Si vous prenez le temps de vous imaginer tout ce qui doit être accompli pour produire une sandwich au jambon ou la fabrication d’un crayon et multipliez ça par plus d’un milliard d’industries, vous commencerez peut-être à entrevoir l’ampleur du problème à coordonner toutes ces activités. Maintenant imaginez qu’en plus, les conditions de toutes ces milliards de variables puisse changer de seconde en seconde. Une économie est complexe à ce point. Il n’existe pas un ordinateur sur terre qui soit assez puissant pour assimiler toute cette information et agir, encore moins un homme, ou un comité. Mais ce n’est que le premier problème. Il y en a d’autres

Les incitatifs

Un autre problème est que le socialisme oublie que la nature humaine fait que nous fonctionnons par des incitatifs et elle néglige de nous les fournir. Dans une économie de marché, ces incitatifs composent ce qu’on appelle les trois « P »: Prix, Profit et Propriété.

Les prix, quand ils sont déterminés par le jeu de l’offre et la demande, nous livrent de l’information sur la disponibilité d’une denrée. Un prix élevé peut indiquer qu’une denrée est rare tandis qu’un bas prix peut indiquer qu’elle est plus abondante. Cette information est un incitatif qui modifie le comportement des consommateurs. Par exemple, si le prix de l’essence est élevé, nous aurons tendance à utiliser moins notre auto et acheter des autos plus petites offrant une meilleure consommation d’essence. Si le prix de l’essence est plus bas, peut-être que nous allons nous laisser tenter par un VUS. Mais lorsque les prix sont contrôlés de façon arbitraire, ils ne reflètent plus l’état de rareté ou d’abondance. Si les prix sont fixés trop bas, il y aura un surplus, s’ils sont trop bas, il y aura une pénurie. Un bel exemple fût lorsque les États-Unis ont institué des contrôles de prix sur l’essence dans les années 1970. Le résultat fût une pénurie d’essence dans le pays le plus riche du monde.

La comptabilisation des profits et pertes est aussi un puissant facteur dans une économie. La production d’un bien peut se faire de différentes façons en combinant divers facteurs de production de façon différentes. Quels métaux utiliser dans la fabrication? Dans quelle proportion? Devrait-on utiliser de la main d’oeuvre ou recourir à l’automatisation? Comment décider ce qui est plus efficace? C’est ce rôle que joue les profits et pertes. Si on combine les facteurs de productions de façon efficace, nous enregistrerons un profit. Si nous le faisons de façon inefficace, nous aurons vraisemblablement des pertes. Ces variable permettent de déterminer quelles lignes de production sont efficaces et doivent être poursuivies et quelles devraient être abandonnées. Les profits et pertes dont un incitatif à utiliser efficacement les ressources disponibles. Sans profits, comme le propose le système socialiste, nous aboutissons à des résultats comme nous avons vu après l’écroulement de l’URSS: des milliers de tracteurs de fermes qui rouillaient dans les champs faute de carburant, dans un pays qui avait pourtant d’immense ressources pétrolières.

Le concept de propriété est aussi un facteur négligé. Par propriété, nous entendons l’utilisation du fruit de notre labeur dans l’acquisition de biens durables. Ceci inclut équipement, bâtiment, terrains, etc. Les droits de propriété sont un incitatif important à la croissance économique. L’Histoire a démontré que la possession publique d’un bien amène à sa dilapidation alors que la propriété privée amène à un meilleur entretien de ce bien. En d’autres mots, nous prenons mieux soin de notre propre propriété que celle des autres, ou celle qui n’appartient à personne en particulier. Un exemple fût la tragédie des communaux qui réfère à une expérience menée en Angleterre au 16e siècle de créer des pâturages communaux à la disposition de certains villageois. Ces pâturages devinrent vite surexploités alors que les villageois se concurrençaient pour l’utilisation du pâturage par leur bétail. Lorsqu’un bien nous appartient, nous avons un plus grand incitatif à en prendre soin. Puisque le socialisme est la possession commune des moyens de production, il devient de ce fait une tragédie des communaux à grande échelle.

Puis finalement, on oublie l’incitatif le plus important. Si tout le monde gagne le même revenu peu importe leur effort, quel incitatif auront-ils à se dépasser? Tous les jours, beaucoup d’entre nous se lèvent tôt le matin pour aller ensuite passer 7 ou 8 heures par jour à travailler. Il n’y a en réalité qu’une raison pour laquelle nous nous soumettons à ce genre de routine: Le salaire qu’on nous offre en échange a une plus grande utilité à nos yeux, que les heures de loisir que nous aurions autrement. Cependant, la plupart d’entre nous ne fourniront à notre employeur que l’effort suffisant pour qu’il ne soit pas tenté de nous remplacer, donc le strict minimum requis. Certains fourniront plus dans le but d’obtenir un meilleur salaire et de l’avancement. Par contre, si cet effort supplémentaire n’est pas récompensé, nous retombons dans le strict minimum. Encore une fois, c’est la nature humaine.

Pourquoi les mauvais se retrouvent toujours au sommet?

Nous entendons souvent les socialistes dire que telle ou telle expérience socialiste aurait réussi, si seulement elle avait été menée par une personne éclairée (comme eux-même, par exemple), mais elles sont toutes tombées sous la coupe d’un horrible dictateur. Pourquoi? Au chapitre 10 de « La route de la servitude », Hayek offre une explication. Je vous la résume en quelques lignes. Puisque le socialisme requiert une économie dirigée et que celle-ci requiert le contrôle absolu de toute l’activité économique, ça confère à celui qui la dirige une pouvoir énorme. Comme l’a si bien dit Lord Acton, « le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ». Ce genre de pouvoir va tout naturellement attirer des hommes qui ont une certaine soif du pouvoir et le fait d’exercer un pouvoir absolu a tôt fait de dénuer même un saint de tout scrupule. Il ne devrait donc pas être surprenant lorsqu’on veut installer un régime suffisamment puissant pour exproprier (et liquider) ces parasites bourgeois, puis ensuite établir une économie dirigée, que tôt ou tard, un despote comme Staline, Pol Pot, Mao, Ho Chi Minh ou Kim Jong Il vienne qu’à en prendre le contrôle. Ce n’est pas un accident, c’est inhérent au système. Le gouvernement qui est assez puissant pour tout vous donner est aussi assez puissant pour tout vous enlever, même votre libre arbitre.

Le socialisme est une maitresse jalouse

Comme une maitresse jalouse, il ne tolère aucune concurrence. Il ne peut donc pas y avoir de dissension sous un régime socialiste. Tous doivent y adhérer sans réserve. Puisque la nature humaine à tendance vers le scepticisme, il est dans la nature de l’homme de tout questionner. Comme vous pouvez l’imaginer, pour les socialistes, ça cause de petits ennuis. Mais les écrits de Marx sont très explicites à ce sujet. C’est soit on suit, soit on meurt. Lénine, Staline et Mao en particulier, se sont fait un devoir de le prendre à cœur.

Selon Einstein, la folie est de toujours répéter le même comportement et espérer un résultat différent. Je vous laisse ruminer sur la sagesse de répéter une autre expérience socialiste.

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Classé dans Actualité, Philippe David