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Le symptôme usuraire

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On connaît tous l’image de l’usurier. Shylock, le Père Grandet, Séraphin Poudrier. Notre compréhension de la réalité de l’usure et surtout de ce qu’elle révèle socio-économiquement est, par contre, souvent plus émotionnelle que rationnelle. Notre analyse du fait usuraire –plus précisément du symptôme usuraire– est souvent un grand exercice larmoyant de moralisme passionnel (et indigné), dans le genre de celui que nous assène le bien décevant film Capitalism: A love story de Michael Moore, cette lamentation christianisante stérile, aux très pauvres vertus analytiques, et très semblable, au demeurant, aux reproches qu’on voit maint héros romantiques adresser à leurs prêteurs sur gages aux cœurs secs et aux pratiques intellectuellement incomprises.

Partons, si vous le voulez bien, des banques. Il fut un temps, pas si lointain, où les banques se contentaient, sans frais pour nous, de faire circuler notre argent en direction de la production effective et de s’enrichir exclusivement des profits de l’investissement agricole, manufacturier ou industriel, avec tout ce pognon des autres. La banque était actionnaire d’entreprises productives et ses revenus étaient le résultat direct de la production de valeur issue de l’économie réelle. On peut dire alors que, dans une logique capitaliste diurne et triomphante, il y avait profits des banques. Elles gardaient le gros de ces profits et nous en distribuaient des miettes sous formes de dividendes de toutes farines, infinitésimaux habituellement, mais bel et bien effectifs. Ce dispositif jojo et efficace était le symptôme non pas de quelque prospérité abstraite perdue mais bien de l’aptitude du secteur productif à dégager des profits nets, matériels et aisément privatisables, dans le cadre strict du programme capitaliste.

La baisse tendancielle du taux de profit, analysée par Karl Marx, est un phénomène économique à long terme qui tient tant à la nature des investissements qu’à l’organisation de la répartition de la propriété collective. En gros, un petit parc d’usines de charbon du 19ième siècle n’engageait que dix mille dollars d’investissement et ne dégageait que neuf cent dollars de profit annuel (9% de taux de profit). Un quartel pétrolier contemporain lève deux milliards de profit annuel mais doit engager trente-trois milliards d’investissement pour y parvenir (6% de taux de profit. Baisse tendancielle, donc). La quantité de profit brut augmente pharaoniquement, donnant une illusoire impression d’abondance et de progrès, mais le taux de profit diminue à mesure que le capitalisme croule et s’étouffe sous la lourdeur des investissements financiers requis par la technologie et les divers avatars de la distribution, de l’encadrement, de l’élimination de la concurrence, de la promotion publicitaire, de la propagande écolo-baratinante, du lobbying, de l’ajustement inflationniste minimal des salaires, des actionnaires à bien engraisser pour ne pas qu’ils détalent et de toutes les activités douteuses en augmentation chronique. Bilan: il faut de plus en plus une grue immense et complicouille pour soulever un caillou. Un investissement rapporte de moins en moins en proportion. Il enrichit donc moins celui qui s’y adonne.

Revenons à notre banque de tout à l’heure. Face à la crise structurelle du capitalisme qui se définit dans la baisse tendancielle du taux de profit, notre susdite banque trouve une solution subite, facile, dopante et, à court terme, incroyablement «profitable» (au sens fallacieux du terme cette fois-ci). Notre banque, pour compenser les pertes que lui impose inexorablement la complexité croissante du monde de la production matérielle des biens et services, instaure les frais aux usagers. Elle lève alors des montants subits, comme les plumes d’une grosse bataille de polochons. Cette profusion, cette danse des milliards, ne doit pas faire illusion. Derrière elle se profile son contraire: le resserrement des profits productifs effectifs. Aussi, si on peut encore parler de revenus des banques, on peut de moins en moins parler de profits des banques. Le pourcentage d’argent extorqué, changeant simplement de poches sans être associé à une production matérielle de valeur, est en constante augmentation. Le banquier est devenu usurier.

Que fait fondamentalement un usurier. Réponse: il monnaye un service improductif. Il vous fait payer pour accéder à un avoir financier élémentaire. La dimension élémentaire du service usuraire est cruciale ici. Dans le shylockingpégreux, par exemple, tu empruntes mille dollars et tu dois rendre mille deux cent dollars en soixante douze heures où on te casse les jambes. Notre culture économique nous a habitué à payer un certain taux d’intérêt (d’ailleurs tendanciellement le même pour tout le monde) pour de gros emprunts ne pouvant pas se contracter auprès d’un particulier (genre hypothèque). On continue de sentir que, sur un tel monceau de pognon, on paye pour le service qui nous y fait accéder, d’où le ci-devant loyer de l’argent. Mais la pratique consistant à vous faire payer pour simplement déposer un chèque ou extirper une pincée de biftons d’un guichet est le monnayage d’un service financier trop élémentaire pour qu’un bond qualitatif ne soit pas franchi ici. Le banquier est devenu usurier. Il n’investit plus au «profit» de son client. Il l’extorque, candidement, pour éviter de se lancer dans l’aventure de l’investissement, devenue hasardeuses, sans entamer ses revenus. Le phénomène se généralise à l’assurance. Il fut un temps où le montant d’une assurance était infime, le service se finançant grâce au flot des avoirs des assurés n’ayant pas réclamé (le tout se complétant des profits d’investissement classiques). Aujourd’hui l’assureur se contente de vous monnayer une empilade de monceaux de pognon que vous pourriez presque faire par vous-même, sous votre matelas, en vous assurant tout seul. Inutile de dire que l’assureur contemporain investit aussi énormément dans le labeur de ceux qui œuvrent à dénicher les faiblesses de votre contrat de police initial pour ne pas payer les réclamations. Devenue intrinsèquement malhonnête, l’assurance est de plus en plus une extorsion simple. Le service qu’elle monnaye devient si élémentaire qu’il tend vers l’inexistence.

C’est ici que l’agacement collectif face à l’usure ne doit pas masquer notre compréhension rationnelle du symptôme usuraire. La grande usure classique (Shylock, les banquiers lombards, etc.) apparaît, à la fin du Moyen-Âge, au moment du déclin du pouvoir aristocratique. Le déclin de l’aristocratie terrienne n’est pas le déclin de la productivité de la terre. C’est plutôt le déclin de la propriété exclusive par l’aristocratie des profits productifs globaux. L’aristocrate ne finit pas ruiné parce que ses terres produisent moins (souvent leur productivité progresse en fait, avec les technologies et l’amélioration des transports). Il finit ruiné parce que le taux de profit qu’il détient diminue devant celui du marchand, du potier, du drapier, du banquier. Ce n’est pas son secteur de production qui est en disparition, c’est sa classe sociale… Pour surnager dans ce nouvel espace concurrentiel, l’aristocrate se tourne vers l’emprunt à court terme et les usuriers pullulent. L’aristocrate devient de facto l’assisté de son banquier lombard ou juif (l’antisémitisme trouve son terreau putride juste là et pas ailleurs, d’ailleurs). Il met ses biens, trousseau, meubles et immeubles, au clou, en un ultime troc improductif où l’usurier triche à son propre avantage. Le symptôme usuraire du Marchand de Venise est l’indice de la crise irréversible de la propriété aristocratique.

Les capitalismes, commercial puis industriel, dans leurs phases florissantes, tendant à restreindre l’usure à sa part congrue. Les activités bancaires productives sont difficilement compatibles avec l’usure, service financier localement rentable mais socialement improductif, qui thésaurise statiquement plus qu’il n’investit dynamiquement. Puis quand la crise de la propriété capitaliste s’installe pour de bon, comme c’est le cas aujourd’hui, le symptôme usuraire réapparaît, sous une forme amplifiée, magnifiée, hautement nuisible et pernicieuse. Comme l’aristocrate de jadis était dépendant de son banquier lombard pour continuer de mener ses guerres de propriété foncière, l’investisseur d’aujourd’hui, nouvel assisté en voie de déclassement, attend scrupuleusement que la Fed lui alloue sa certitude de revenu non productif. Z’avez pas remarqué que l’investissement industriel contemporain (et son indice boursier en cisaille) n’attend plus après les cours usiniers ou manufacturiers, les marges de profit des secteurs, les tendances des marchés et de la production, les chiffres de l’emploi et de la consommation, mais bel et bien après les «mesures de relance» de la Fed (entendre: le rachat des mauvaises créance, c’est-à-dire, l’extorsion institutionnalisée du bien collectif pour renflouer l’investisseur déclinant). Le capitalisme au complet se transforme graduellement en une vaste assistance financière. Les ressources collectives sont de plus en plus ponctionnées pour faire flotter l’accapareur privé dans sa perpétuation stérile. Accaparement improductif. La grosse machine tourne de plus en plus à vide. Elle ne se finance plus que par la rapine d’état et les ponzifiades de tous tonneaux.

Reflux économique majeur, le symptôme usuraire contemporain signale la généralisation de la crise de propriété du mode de production capitaliste. La disparition du profit des actionnaires ne marquera pas la fin de la production mais simplement la conclusion de la phase d’accaparement privé que banques extorqueuses et investisseurs frileux retardent, à la petite semaine, en recourant au pis-aller terminal de l’extorsion usuraire improductive de toute la société civile, via les relais, encore temporairement dociles, des grands organismes régulateurs-serviteurs. La classe capitaliste est en train de disparaître.

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La spéculation comme prospective hasardeuse

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Il y a deux sortes de spéculation. La spéculation sur production et la spéculation sur mouvements financiers. Il est important de ne pas les confondre car leur caractère hasardeux n’est pas tributaire des mêmes avatars.

Spéculation sur production: Une usine de machines à coudre de Shanghai voit sa production augmenter de huit cent unités par mois. Éventuellement, elle ne fournit plus à la demande. Il vient donc un moment où, devant cette croissance sensible bien attestée, elle doit s’ajuster. Elle doit amplifier ses infrastructures, augmenter ses acquisitions de matières premières, embaucher plus de travailleurs. Une banque accepte de la financer sur la foi prospective de cette augmentation stable de huit cent unités par mois. L’industriel, et la banque qui le finance, misent ensemble que cette augmentation va se poursuivre avec constance sur un laps de temps suffisamment long (fantasmatiquement, infini en fait) pour que l’investissement et l’amplification de la production s’avèrent fructueux. Ce type de spéculation industrielle, inévitable dans la situation d’investissement productif la plus ordinaire, est à l’origine de la majorité des crises de surproduction. On connaît bien, depuis 1929, la grandeur et les misères de la spéculation directe sur production… or justement, les pays émergents n’étaient pas dans le tableau du capitalisme industriel en 1929. Pour eux, ce sont encore les années folles…. Ouille, ouille, pour la suite… On doit mentionner ici, aussi, la spéculation foncière, qui est une spéculation indirecte sur production. Un investisseur achète un terrain en calculant qu’il le vendra plus cher plus tard. Si c’est le cas, c’est parce que ledit terrain deviendra agricolement exploitable, où qu’on y trouvera des mines, ou qu’on y fera passer un chemin de fer où qu’on y construira des maisons, parce qu’une usine ou des bureaux administratifs s’installent dans le coin. Dans tous ces cas la spéculation foncière mise indirectement sur le fait que la production et son développement rendront la terre plus chère. Comme la spéculation sur production industrielle, la spéculation foncière reste raccordée aux portions primaires et secondaires (éventuellement tertiaires aussi) de l’économie réelle.

Spéculation sur mouvements financier: Un investisseur matois se voit promettre un retour de 15% sur son placement. Il flaire qu’il s’apprête à faire un investissement dans un schème de Ponzi. Ce dernier semble en phase d’amorce et la police de la bourse n’a rien vu encore. Notre investisseur joue l’argent (des autres) qu’il gère et le place dans ce mécanisme pour trois ans. Trois ans plus tard, pari gagné, le schème n’est pas encore éventé, cet investisseur là retire son placement et sa mise. Il est indemne, et le château de carte s’écroulera un peu plus tard, sans risque désormais pour lui. Fiiiooouuu…Par parenthèse, ceux qui se demandent où est passé l’argent, lors du démantèlement d’un schème de Ponzi. Il est là, chez les investisseurs qui ont su s’envoler avant que la vague ne retombe. Ponzi se fait pincer mais l’investisseur matois à qui il a servi de paravent court toujours. Un autre exemple de spéculation sur mouvements financiers, c’est l’achat massif de devises. Le Yuan est bas, vous en achetez pour des millions en Euros, en assumant qu’il va remonter. Quand le Yuan remonte effectivement, vous revendez vos Yuans pour plus d’Euros que la somme initialement engagée. Ta-daaaam, vous venez de faire un coup d’argent facile en faisant jouer la fluctuation des changes à votre strict petit avantage privé.

Le principal avatar de la spéculation sur production est la surproduction. Prenez les ordis personnels. En 1983, il n’y en a presque pas. En 1990, ils sont partout. En moins d’une décennie, la production de cette invention nouvelle s’est intégralement mise en place. Non sans myopie, on projette alors spéculativement la croissance de leur consommation sur la base de la production résultant de leur apparition intégrale. On fantasme qu’il faudra continuer d’en sortir autant qu’à l’époque où ils apparaissaient intégralement et pour la toute première fois dans le monde. Le vieux serpent de mer increvable de la surproduction des biens de consommation semi-durables, bagnoles, ordis, cahutes (et les machines à coudre de mon industriel de Shanghai) se remet alors à hanter l’industrie. J’ai acheté quatre PC et deux portables pour moi et ma famille dans la dernière décennie. Je ne vais pas en acheter autant dans la décennie prochaine, vu que je les ai… Leur usure ne sera pas un facteur aussi massivement déterminant que leur littérale apparition dans l’existence. Parfois on dirait que, même en Occident, on n’a rien appris de 1929 et qu’on continue de projeter l’exponentiel rose fluo jusqu’à ce que cela se mette à nous refouler dans la gueule.

Le principal avatar de la spéculation sur mouvements financier est l’improductivité. Fricoter dans les bouts de papier, flagosser dans le mouvement des changes, spéculer main dans la main avec Ponzi, Madoff et consort change la richesse de place mais n’en produit pas de nouvelle. En Occident, la poussée productive liée aux inventions des nouvelles technologies a produit les grands parcs informatiques contemporains. Ce n’est pas rien. Pour trouver un équivalent économique de ce phénomène vraiment peu fréquent, il faut remonter à l’invention de l’automobile, ou à celle du téléviseur. Cette productivité innovante des années 1990 a été suivie d’un crise croissante de surproduction (trop de téléphones portables, trop d’ordis, trop de logiciels, trop de «versions» de tout, et leur dévaluation en pagaille) et d’un glissement vers l’illusoire valeur refuge de la spéculation sur mouvements financier. Remplacer une spéculation d’investissements, engorgée par la surproduction, par une spéculation de placements, improductive et mordorée de rouerie et d’astuces, ne sert que des intérêts circonscrits, temporaires et est hautement nuisible socialement. Pas étonnant que les financiers contemporains basculent dans le plus grossier des banditismes, trait de plus en plus ordinaire de la guerre interne du capitalisme.

Au jour d’aujourd’hui, la spéculation sur production est surtout chinoise. Leur culture économique (comme celle de tous les pays émergent) n’a pas encore vécu un vrai équivalent de 1929 et n’a pas encore rencontré un vrai équivalent de Roosevelt. Excès de confiance, jubilation, jovialisme et tous les autres traits comportementaux du capitalisme sauvage sont en place. Le réveil sera difficile quand la crise de surproduction frappera (surtout avec, en complément de leur marché intérieur insuffisant, la baisse inexorable de la capacité de consommation de l’Occident). La spéculation sur mouvements financier est surtout américaine. C’est la fameuse Bubble & Burst Economy que dénonce Obama. Tertiarisée, improductive, de plus en plus enracinée dans la boue gluante du baratin, de l’ésotérisme abscons de boursicotard, de l’arnaque et du court terme, cette autre spéculation est un signe patent du déclin du capitalisme occidental. Les leviers financiers effectifs vont de plus en plus suivre la production effective, du nord vers le sud. À la crise de l’économie mirage de 2008, succédera une crise de l’économie réelle, industrielle, non balisée, non-rooseveltisée des pays émergents. Un 1929 à la puissance mille.

Ce que ces deux types de spéculation ont en commun c’est d’être une prospective optimiste et mécaniste sur l’augmentation de gains futurs. Spéculer c’est miser. Inutile de dire aussi qu’investir c’est fondamentalement spéculer sur un gain. Investir à perte, ce n’est plus investir, c’est renflouer. On connaît alors la rengaine instaurée par la fameuse crise de 2008: privatisation des profits, collectivisation des pertes. La spéculation est un trait essentiel, fondamental du capitalisme. Elle est à la fois sa force et sa faiblesse. Mais il faut garder à l’esprit qu’il y a spéculation et spéculation. Une spéculation durillonne de capitalisme jeune, triomphaliste et inconscient et une spéculation mollassonne de capitalisme vieilli, avachi et cynique, Et surtout, il semble bien qu’il ne sera pas possible de se débarrasser ni de la spéculation, cette fichue de prospective hasardeuse, cette gageure privée aux effets colossaux, ni de ses terribles dommages, sans se débarrasser du capitalisme même.

On notera finalement que les deux grands types de spéculation peuvent parfaitement  s’enchevêtrer et cumuler leur impact nocif. La Bulle Facebook en est l’exemple actuel le plus criant. On a d’abord une présomption de profits publicitaires mal étayée qui met en valeur ce grand vivier populaire tertiaire en le corrélant à un éventuel soubresaut de la production effective visant à fournir les marchandises rendue visibles à ces millions de consommateurs (potentiels, pour ne pas dire éventuels) par des bannières d’annonces n’ayant pas vraiment fait leurs preuves (le cas échéant, comme on anticipe ou fantasme une demande à venir, on a bel et bien une spéculation sur production, molle mais indubitable). Entrent en action ensuite (surtout!), dans une phase intimement intriquée mais distincte, une nuée virulente de spéculateurs puissants et spécialisés qui, selon une procédure finalement assez analogue à celle des scalpeurs de billets de concerts rock ou de parties de hockey, achètent et revendent des parts en masses colossales et vite, (spéculation très dure sur mouvement financier) gonflant artificiellement une valeurs déjà en soi hautement instable. L’art de démultiplier l’ampleur d’un krach en ne produisant strictement rien de profitable pour la société civile ou même, pour les entrepreneurs eux-mêmes, dont même la logique arriviste étroite est spoliée par la classe parasitaire des financiers spéculateurs, cancer économique par excellence de ces temps de capitalisme troublé.

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La mise en place de la Commission Charbonneau sur les collusions dans le secteur de la construction… ou JE ME SOUVIENS DE LA PATENTE À GOSSE (2)

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Et la Commission Charbonneau de lancer, justement cette semaine, la portion visible au public de ses fameux et tant attendus travaux. Et nous, bien nous continuons de bien nous souvenir car… il faudra revoir tout ça avec le recul, un jour. La listes des instances de la société civile québécoise ayant réclamé, entre 2009 et 2011, une commission d’enquête sur les collusions entre le secteur de la construction et les partis politiques au Québec se résume comme suit (liste non-exhaustive): Association des policiers provinciaux du Québec, Association des procureurs de la Couronne du Québec, CSD Construction, Centrale des syndicats du Québec, CSN Construction, FTQ Construction, Centrale des syndicats nationaux, Maire de Québec, Municipalités, MRC et conseils d’arrondissements, Fédération québécoise des municipalités, Fraternité des policiers de Montréal, Ordre des ingénieurs du Québec, Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec, Syndicat de la fonction publique du Québec, Ville de Montréal, maire et conseil municipal, Ville de Longueuil, mairesse et conseil municipal, PQ, ADQ. Les commentateurs proviendront de ces différents milieux et parleront d’une voix de plus en plus unanime. Tout le monde souhaite alors ou affecte de souhaiter que cesse la corruption dans le secteur de la construction aux niveaux municipal et provincial et que la collusion entre firmes d’ingénierie, pègre urbaine et partis politiques soit mise en lumière et éradiquée. La soif de savoir ce qui se passe et de comprendre clairement les méandres du système de corruption et de collusion est un puissant incitatif de pression dans toute cette dynamique. Les critiques de différentes origines s’opposent ici très massivement et fort unanimement au premier ministre Charest, tout en le rejoignant autour d’un postulat commun, celui de l’existence de malversations, de corruption et de collusions dans les secteurs de la construction de grandes infrastructures, au niveau municipal et provincial. C’est sur la solution à apporter, à cette étape de cette crise de confiance, qu’on ne s’entend pas. On peut donc résumer ce que furent les arguments des acteurs de la façon suivante.

Arguments du premier ministre: Une commission d’enquête est un mécanisme lourd, médiatisé et spectaculaire qui risque de nuire aux enquêtes policières en cours, qui sont délicates et complexes, en exposant sur la place publique, de façon désordonnée et surchargé politiquement, des personnalités qui en profiteront soit pour se refermer comme des huîtres et ne rien avouer, soit pour employer l’impunité dont elles disposeront pour s’en prendre aux autres, y compris à leurs ennemis personnels, tout en se protégeant eux même. Ces questions sont déjà difficiles à tirer au net dans le huis clos des interrogatoires de police ou de rencontre avec des juges d’instruction, elles deviendraient intraitables dans une commission d’enquête sur la place publique. Arguments du reste des intervenants: À des degrés divers (mais parfois très explicitement), on accuse le premier ministre de vouloir maintenir la discrétion et le secret des enquêtes non pour protéger leur efficacité effective mais pour dissimuler son implication personnelle et celle de son parti politique dans les activités illicites qui seront mises à jours. En se privant d’une commission d’enquête publique, on accuse le premier ministre et le parti au pouvoir de se priver du seul mécanisme juridique et politique d’ampleur nationale susceptible de procéder à une mise à plat complète et contraignante de tous les mécanismes de malversation, de collusion et de corruption dont l’existence ne peut-être que soupçonnée. Cette analyse fait valoir que les enquêtes policières ne capturent que les lampistes, épargne les grosses pointures, et que toutes les pressions politiques sont possibles quand les étapes de l’investigation se déroulent hors de la vue du public. Les intervenants publics, autre que le premier ministre et son cabinet, réclament une commission d’enquête publique (au sens classique du terme) sur les collusions entre le secteur de la construction et les partis politiques au Québec et ils exigent qu’elle opère avec pouvoirs pleins et entiers. Leurs arguments ne changeront pas tout le long de l’exercice et leur pression s’exercera de façon constante et, en fait, plus unanime que concertée.

Le premier ministre, pour sa part, va finir par se rentre à la position du reste de la société civile en trois étapes. 1) d’abord il préconisera une solution strictement juridico-policière au problème, dans le cadre de l’Opération Marteau et des travaux de l’Unité permanente anti-corruption. Il exigera qu’on laisse les corps policiers et les services d’enquête spéciale procéder à leurs recherches et dépositions à leur manière et sans qu’une commission d’enquête ne soit instaurée. 2) à la demande de toutes les instances précédemment citée, le premier ministre optera ensuite pour une commission aux pouvoirs restreints (la fameuse patente à gosse) ne pouvant ni obliger les prévenus à témoigner ni leur assurer l’équivalent de l’immunité parlementaire pour leurs témoignages. 3) quand la juge Louise Charbonneau, désignée par le gouvernement pour présider la commission, réclamera la capacité de contraindre les prévenus à témoigner et le pouvoir de leur assurer une immunité, le premier ministre Charest, qui s’était engagé à se soumettre à toutes les exigences de la juge Charbonneau, obtempérera, supprimant de ce fait la patente à gosse et rendant la commission d’enquête pleinement opérationnelle, comme l’avait été la Commission Cliche de 1975 ou la Commission d’enquête sur les comptes publics de 1936.

Pour faire triompher leurs idées et finir par faire fléchir leur premier ministre, les intervenants des divers segments de la société civile utiliseront absolument tous les arguments et procédés disponibles. Le chef politique de droite Gérard Deltell, de l’ADQ, écrira une lettre aux débutés libéraux d’arrière bancs, les invitant à relayer la pression populaire sur le corps ministériel. Des anciens PDG du secteur parapublic, des anciens hauts fonctionnaires, des juristes, des historiens, des philosophes, analyseront les incohérences logiques, juridiques et historiquesde l’option retenue par leur premier ministre. Ils jetteront leur expérience dans la balance pour faire la démonstration du raisonnement qui finira par détruite l’option patente à gosse: personne n’acceptera de témoigner (si on ne peut pas les forcer) quand tout ce qu’il diront peut se retourner contre eux (si on ne leur assure pas l’immunité). Dans un tel modèle de commission, les témoins les plus importants n’oseront pas parler sans protection, ne seront pas forcés de le faire, donc ne le feront pas. Les militants du regroupement Génération d’idées organiseront l’Opération Balai, une intervention militante devant l’Assemblée Nationale du Québec pour promouvoir la mise en place d’une commission d’enquête, de type classique, en bonne et due forme. Finalement, des intervenants souverainistes utiliseront même les tergiversations de premier ministre Charest comme élément d’un bouquet garni argumentatif contre le fédéralisme canadien.

La collusion et la corruption entre le secteur de la construction et les paliers municipaux et provinciaux du gouvernement est une réalité ancienne, institutionnalisée, solide et secrète dans un contexte socio-économique comme celui du Québec. Faire la lumière sur cette question est un enjeu important, dans les conditions actuelles où la remise en ordre des grandes infrastructures et l’austérité budgétaire créent une conjoncture nécessitant le minimum de gaspillage et de détournements de fonds, et le maximum d’efficacité et de sobriété, si possible. La société civile a vu un malaise profond dans son intendance politico-économique et cherche à mobiliser des outils juridiques, grandioses mais traditionnels, pour y remédier. Il est cependant indéniable ici, que l’histoire se répète. Le discrédit généralisé du gouvernement Charest l’a rendu parfaitement inapte à défendre l’argument selon lequel la Commission Charbonneau sera un grand spectacle collectif que les québécois se donneront, en pleine lumière, longtemps après, pour reprendre le mot d’un des ministres du gouvernement, que les coquerelles se seront bien cachées, chassées justement par la lumière. Considérant que le premier ministre et ses ministres défendaient, avec duplicité, des vues leur assurant la position de juge et de parti, les québécois se sont objectés collectivement. Or, on a ici un cas d’espèce où gagner c’est perdre. Dans un monde idéal, des enquêtes policières discrètes auraient certainement été préférables. Miné par son fardeau de scandale, le premier ministre du Québec a été totalement inapte à défendre cet argument sans paraître vouloir se défiler, avec le parti ministériel, entre les mailles du filet de la justice. Monsieur Charest n’a convaincu personne. Les idées des objecteurs du premier ministre ont triomphé. La Commission Charbonneau a été instauré. 2012 la verra se mettre en branle. Mais ici aussi gagner, c’est perdre. Que fera t’elle de plus que toutes les commissions d’enquête qui jalonnent notre cahotante histoire et dont, en fait, elle ne diffère en rien… et dont, en fait, on sait parfaitement, avec notre recul historique, riche, dense et jalonné, justement, qu’elles n’ont rien pu vraiment régler, vue que nous en sommes encore là… Mon sentiment est limpide sur toute cette histoire: la vraie PATENTE À GOSSE ne fait que commencer…

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La mise en place de la Commission Charbonneau sur les collusions dans le secteur de la construction… ou JE ME SOUVIENS DE LA PATENTE À GOSSE (1)

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Arrestation de monsieur Zampino. Voici dont que l’Opération Marteau frappe de nouveau. Ce n’est justement pas une raison pour escamoter le fait, crucial et sensible, que la Commission Charbonneau continue de couver sous le boisseau. Il est capital de se souvenir clairement des particularités les plus saillantes du régime gouvernemental actuel au Québec, sur cette question récurrente et purulente des collusions et de la corruption. La réminiscence à laquelle je vous convie ici porte donc sur l’ensemble de pressions publiques ayant été exercées entre le 15 septembre 2011 et le 9 novembre 2011, et ayant menés à la mise sur pied, en deux phases, de la fameuse Commission Charbonneau. La mise sur pied d’une commission d’enquête sur les collusions entre le secteur de la construction et les partis politiques au Québec fut, je vous supplie de vous en souvenir, le résultat d’un ensemble complexe de pressions politiques exercées par la société civile sur le gouvernement du Québec et le Parti Libéral au pouvoir. Je me propose donc ici, modestement, de pérenniser la dynamique de cet ensemble de pressions politiques, élitaires et citoyennes, s’étant exercées, fort intensément, entre 2009 et 2011, sur cette question dont les répercussion se feront sentir longtemps encore dans la vie sociale et politique québécoise. La chose étant particulièrement hallucinante en soi, je me propose d’adopter le ton le plus pudique imaginable pour procéder à sa présentation.

Depuis avril 2009 des irrégularités et des problèmes de collusion de diverses natures se manifestent au Québec autour du secteur de la construction, et de nombreux intervenant, voyant le caractère général du problème, se sont mis à réclamer des enquêtes et des investigations sur la question. La possibilité d’une profonde implication du crime organisé et de liens intimes entre ce dernier, les acteurs importants du secteurs de la construction et les paliers de gouvernements municipaux et provinciaux crée un conteste de suspicion généralisée qui oblige le gouvernement du Québec à mettre sur pied, en février 2011, une Unité permanente anti-corruption, inspirée d’une unité semblable existant à New York. Le 15 septembre 2011, une fuite du rapport du directeur de cette unité (Jacques Duchesneau) confirme une nette corrélation de collusion entre pègre, ministère des transports, grandes entreprises de travaux publics et caisses électorales de partis politiques municipaux et provinciaux. Le premier ministre du Québec, Jean Charest, met alors sur pieds, le 19 octobre 2011 une commission d’enquête aux pouvoirs limités (qu’on surnommera alors la patente à gosse), dont il confiera la direction à la juge Louise Charbonneau. Le 9 novembre 2011, Jean Charest cédant ensuite à un autre ensemble, toujours croissant, de pressions publiques, retire les restrictions des pouvoirs de cette commission d’enquête et la rend pleinement opérationnelle. Je vous remémore ici un échantillon représentatif des pressions s’étant exercées pour que la Commission Charbonneau devienne de plain pied une commission d’enquête au sens régulier et ordinaire du terme. Le terme patente à gosse, est une expression québécoise péjorative (amplement utilisé par les groupes de pressions impliqués sur cette question et les médias) pour désigner une machinerie compliquée, alambiquée, tarabustée qui fait semblant de bien marcher mais qui en fait est toute croche et risque de ne pas vraiment remplir sa fonction ou ses promesses, même si elle a un petit côté spectaculaire qui pourrait faire illusion. La première mouture da la Commission Charbonneau était, selon ses principaux critiques, une patente à gosse, la seconde mouture (la version actuelle) ne le serait plus. Notre chronologie restreinte se formule donc comme suit:

  • 15 septembre 2011: Fuite du rapport Duchesneau et début de l’intensification des pressions pour obtenir une commission d’enquête sur les collusions entre le secteur de la construction et les partis politiques au Québec
  • 19 octobre 2011: Mise sur pied de la Commission Charbonneau dans sa version dite «patente à gosse»
  • 9 novembre 2011: à la demande de la juge Charbonneau, et sous la pression collective, assignation des pleins pouvoirs à sa commission d’enquête

Il est important de garder à l’esprit que le gouvernement du Québec, comme corps administratif provincial, a une longue tradition de corruption. On peut évoquer les scandales de constructions ferroviaires du 19ième siècle et de concessions forestières abusives au tout début du 20ième  siècle, ayant fait tomber des gouvernements, notamment ceux de Simon-Napoléon Parent en 1905 et de Louis-Alexandre Taschereau en 1936. Des abus durables du système de ristournes du duplessisme entre 1945 et 1960 jusqu’aux malversations mises en lumière par la Commission Cliche en 1975, la collusion et la corruption sont un héritage lourd et ancien au Québec et, au fil du temps, il s’avère que tous les partis politiques sans exception sont compromis et qu’on a, en fait, affaire à une caractéristique profonde et récurrente de cet appareil gouvernemental spécifique.

Au pouvoir, dans des gouvernements minoritaires ou majoritaires, depuis 2003, le Parti Libéral du Québec du Premier Ministre Jean Charest est bien installé aux commandes de l’état québécois. Depuis 2009, on assiste à une intensification des «affaires» de népotisme et de collusion de différentes natures concernant la gestion actuelle de l’état québécois par ce parti spécifique. Son ancien ministre de la justice Marc Bellemare a accusé ce gouvernement d’obtenir des contributions politiques en échange de la nomination de juges (cela a déclenché la mise sur pied de la Commission Bastarache). Son ancien ministre de la famille Tony Tomassi a du démissionner pour avoir utilisé la carte de crédit d’une entreprise disposant de contrats gouvernementaux. Et plus récemment, c’est la présidente du Conseil du trésor, madame Michelle Courchesne qui est accusée d’avoir, lorsqu’elle était Ministre de la Famille, alloué des contrats de lancement de garderies privées et des places en garderies à des contributeurs de la caisse électorale du Parti Libéral du Québec. On peut donc dire que la crédibilité politique de ce gouvernement n’est pas très forte en ce moment. Jacques Duchesneau est un officier de police ayant trente ans de carrière. Il a été chef de la police de Montréal de 1994 à 1998 et candidat malheureux à la mairie de Montréal en 1998. Patron de l’Unité permanente anti-corruption depuis février 2011, il dépose un percutant rapport en septembre 2011. «L’ancien chef de police conclut que le ministère des Transports est impuissant face à la collusion et que le crime organisé et les entreprises de construction sont responsables des coûts très élevés payés par l’État pour ses projets de construction. Une partie du magot serait ensuite transférée vers les caisses électorales des partis politiques, affirme le rapport Duchesneau.» (La presse Canadienne).

Le bras de fer argumentatif se met alors en place…

(À suivre)

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Classé dans Actualité, Paul Laurendeau

Radio L’Autre Monde : Actualité mondiale, économie, banqueroute des nations, 9/11, torture


Par François Marginean

Image Flickr par zennon_11




Radio L’Autre Monde : Actualité mondiale, économie, banqueroute des nations, 9/11, torture



Pour écouter, ou pour télécharger, simplement cliquer sur le lien ici:

L’Autre Monde 1er aout 2011

120 min / Radio de l’UQAM, CHOQ FM


Diffusion en direct : Lundi à 15:00h

Animation : François Marginean
Réalisation :François Marginean
Chronique : Stéphane Poutoire

Archives d’émission

Au programme cette semaine :

– Nos infrastructures s’effondrent et le programme spatial américain est terminé;

– L’impact des activistes et des médias alternatifs est grandissant et indéniable;

– Mise à jour des dossiers des attentats en Norvège et du scandale de Rupert Murdoch;

– Économie – Les États-Unis s’enfoncent dans la dépression et l’Europe coule elle aussi;

– Importantes informations concernant le 9/11 et la torture sont rapportées.

C’est en rendez-vous le lundi dès 15h pour l’émission la plus écoutée de CHOQ FM, la radio officielle de l’Université du Québec à Montréal !


***Cliquez sur les liens ci-bas pour trouver les sources d’informations discutées sur l’émission :

Actualité mondiale, économie, banqueroute des nations, 9/11, torture – 1/2

Actualité mondiale, économie, banqueroute des nations, 9/11, torture – 2/2

Aussi disponible en vidéo sur YouTube:

http://www.youtube.com/user/Stef2892#g/c/1A6C31236385C96C

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Classé dans Actualité, François Marginean

Gaz de schiste : un libertarien notoire d’accord pour un moratoire

J’ai bien l’impression que la mâchoire de quelques droitistes va tomber lorsqu’ils vont apprendre que le libertarien Martin Masse est pour un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste. Cela aura au moins l’avantage de séparer le grain de l’ivraie…

Et je mentirais si j’écrivais que ça ne m’a pas surpris. Mais en lisant l’argumentaire, j’ai constaté que c’est tout à fait logique. Si le libertarianisme est tout à fait contre l’État, il faut bien qu’il soit pour les citoyens, et pas seulement quand il s’agit des questions économiques. Et il est limpide que la question de l’exploitation des gaz de schiste n’est pas qu’économique, a contrario de ce que le gouvernement actuel et ses copains gazants essayent de nous faire croire.

Je vais me permettre ce citer l’auteur avant de continuer :

Le «développement économique» n’est pas une valeur en soi, il doit toujours se faire dans le respect de la propriété et des droits individuels de chacun. C’est ce point de vue qui différencie le libertarianisme d’une droite affairiste et corporatiste qui vise uniquement à engranger les recettes en exploitant tout ce qui s’offre à elle et par n’importe quel moyen, y compris en s’acoquinant avec l’État. C’est justement ce qui semble se produire dans cette industrie.

Donc, ici, l’État devient le contraire de ce que j’appellerais le « syndicat général des citoyens » (je le nomme ainsi même si je sais que cette formulation donnera pour certains l’impression d’être le son des ongles grattant fortement sur un tableau noir…). Pour le formuler autrement, les retombées positives pour les citoyens semblent être dans le bas de la liste du gouvernement, puisqu’on ne prend pas au sérieux la peur légitime de retombées négatives, alors qu’il n’est pas dit lesquelles retombées pèseraient le plus dans la balance, et s’il est acceptable qu’il y en ait des négatives, globalement ou en partie.

Et, comme il est soulevé dans le texte au niveau de l’exploitation des ressources naturelles dans le sous-sol, la réglementation ne fait pas de différence entre un sous-sol en région sauvage, peu peuplée ou habitée, voilà où le bât blesse! Le gouvernement n’a qu’à décider de fermer ou d’ouvrir l’oreille selon ses désirs, selon ce que lui dicte la boule de cristal de l’électoralisme. Et en ce moment, avec un parti libéral en train d’imploser, est-ce que ce seront les décisions de la dernière chance? (« Take the money and go, Johnny go! »)

Quant à la question de la pollution versus les industries que Martin Masse soulève, je suis tout à fait d’accord, même que j’ai toujours considéré les pollutions comme étant liberticides :

avec la nationalisation non seulement du sous-sol, mais de l’environnement dans son ensemble, la pollution, qui devrait être considérée comme une atteinte à un droit de propriété, est devenu un problème d’«externalité» géré par l’État au moyen d’une réglementation. Dans les faits, l’État donne depuis plus d’un siècle des permis de polluer à des industries et empêche les victimes de poursuivre les pollueurs. On ne peut ainsi s’opposer au «développement économique» si ça fait l’affaire du gouvernement et de ses copains du secteur privé qui finance sa caisse électorale, même si ce développement nous agresse, détériore notre environnement et notre propriété et tue notre qualité de vie.

Par contre, j’ai un peu de difficulté avec l’idée du « droit de propriété » dans ce contexte, que je remplacerais par une formulation plus proche du « droit au respect », ce qui serait plus global. Je pense par exemple à un respect égal, à un endroit donné, des propriétaires et des locataires, ce que le « droit de propriété » ne suggère pas.

Autre bémol, j’en ai contre cette vision, détaillée en conclusion :

Voilà un bon dossier où les libertariens doivent absolument se démarquer de la droite affairiste et corporatiste et défendre les citoyens ordinaires pour rester crédibles, même si ça signifie qu’on se range pour une fois du côté des bien-pensants étatistes.

Je ne crois vraiment pas que l’expression « bien-pensants étatistes » ait tellement de prise sur la réalité. Combien de citoyens impliqués se réclament clairement et réellement de l’étatisme? Pour la plupart des gens, l’État est un (bien ou un) mal nécessaire, qui en soi relève plus de la tradition que du désir. Il est (supposément) utile et s’il s’avère franchement un jour ne plus l’être, j’espère bien que ce ne sera pas la tradition qui le maintiendra en vie…

Si les citoyens, même les artistes, se dressent pour contester le chemin qu’emprunte l’industrie gazière et le gouvernement, ce n’est assurément pas pour glorifier la pensée étatiste! Il ne faut pas prendre des vessies pour des lanternes!

(Photo : Shandchem)

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Classé dans Actualité, environnement, Renart L'Eveillé

Les usines à « mains invisibles »

Image: abblobuzz

***

Dans le domaine socio-économique, la main invisible évoque l’idée que des actions guidées par notre seul intérêt peuvent contribuer à la richesse et au bien-être commun.

Wiki, Main invisible

L’ennemi dispose d’un arsenal superraffiné, fourni par la Science à son service, il la paye.       Conditionnement systématique, psychologie appliquée, psychothérapie, psychiatrie, biochimie, psychochirurgie s’il faut, telles sont les armes qui en escalade prendront le relais de l’autorité défaillante et faillible. Et l’État s’en occupe lui-même. ecolesdifferentes

Les hommes s’imaginent faire des enfants, alors qu’ils ne font que d’autres hommes.

San Antonio

Toutes guerres sont enfantines et livrées par des enfants.

Herman Melville

***

Le jour où mon père m’annonça que je n’irais pas à l’école cette année-là, j’en fus attristé. Pain obligeant, nous devions aller passer l’hiver dans un camp de bûcherons en Abitibi. Je regardais ma mère lire, le nez « trempé » dans son livre, et j’imaginais le plaisir qu’elle en retirait… J’étais en âge d’aller à l’école, mais…

Pourtant, après toutes ces années, il me reste de  souvenirs divins de cette période  où j’étais le seul enfant du camp. J’ai dû apprendre la nature s’exprimer… Je suis encore imprégné de ce dur hiver, de cet ours qui s’est approché de moi pour me renifler – je pensais que c’était un gros chat, ou je ne sais quoi,  et d’un bûcheron attaqué par un orignal, et du printemps…

Qu’est-ce donc que ce mot « apprendre » si ce n’est d’apprendre la vie?

L’année suivante, à mon arrivée à l’école, j’ai appris à lire très vite… Et je me souviens de la fierté d’avoir appris mon premier mot de 5 syllabes : locomotive.

Au point où chaque jour – étant donné que nous habitons près d’une voie ferrée – je peste contre ce long cinq syllabes. On m’a appris à être moins patient. Et les écrits sont les écrits. La vie, c’est tout  autre chose…

Le train a perdu ses cinq syllabes… C’est devenu un juron… Le plus court…

Les petits bouts de choux

Comme disait Pennac, ce sont des « énigmes lumineuses »… Soit. Mais quand arriva l’émancipation de la femme – celle qui devint « l’égale  de l’homme », avec tout ce qui s’ensuit, élever des enfants a fini par être une un clair-obscur… La démocratie s’est déplacée dans la famille : tout le monde a le droit à la parole… Et tout le monde a raison…

Le film « Famille » devint un film sans casting… On ne sait plus trop qui est le boss et tous les sujets sont « à discuter ».

Et voilà que la famille devient… une entreprise.

Après avoir fécondé « in  cabanon », – certains à 200,000$ –  les bouts de choux, les deux carriéristes doivent mettre des bains à l’agenda et faire le taxi pour les choux qui doivent se cultiver ou devenir des vedettes.

Ça use…

C’est la raison pour laquelle on a créé une émission de télévision où l’on « retrousse » les couples pour une soirée : coiffure, habillage, sortie.  Ils arrivent à l’émission comme si un tsunami leur était passé dessus et « jouent à ce qu’ils étaient »….Pour se rappeler  qu’ils s’aiment.

À se demander si l’émancipation de la femme n’a pas été une conspiration de l’État pour faire deux esclaves au lieu d’un…

Et à créer deux demi-parents…

Pelletier inc.

À un moment donné de la vie, avec deux ou trois enfants, on dirait que le nom de famille n’est plus qu’une compagnie à numéro. Surtout qu’il faut faire la lecture, jouer avec eux … en attendant les vacances pour se reposer et revenir plus fatigués encore.

C’est cette impression qui m’est restée des premières années ou nous étions devenus des   Bruny Surin exangues , un peu détroussés de cellules rouges, à force de courir du matin au soir. Blêmes, blafards, bien habillés, mais l’âme en lambeaux…

La compagnie à numéro était devenue une greffe de l’État.

Que fait l’État?

Elle les prend jeunes, les enfants.

À quatre ans, ce sont tous des génies : ils savent qui est Einstein, mais ils ne savent pas s’habiller seuls. Papa et maman font comme dans l’émission de télé : ils les habillent. C’est à ce moment que vous vous rendez compte qu’une main a dix doigts, et qu’on comprend l’utilité de la mitaine : ça « vous »  va comme un gant. Pourvu qu’on trouve le pouce. De toute manière, on fait tout sur le pouce… Même l’amour…

La nécessité du « génie »

Il en est qui ont des ambitions pour leurs enfants. Einstein ou Guy Lafleur, peu importe. Du grand…

Ce qui me rappelle une anecdote savoureuse racontée par une compagne de travail :

«  Tu as eu trois enfants?

– Ouais! Deux filles, un gars…

– Qu’est-ce qu’ils font maintenant?

– J’en ai une qui fait de la recherche en laboratoire pour une grande société pharmaceutique.

– Ouah!  Et l’autre…

– Elle a 31 ans… Elle termine un doctorat en chimie moléculaire…

– Et le fils?

– Il est plombier.. Par chance qu’on l’a pour vivre… »

Pour le bien de l’État…

À se demander si « les obligations » de l’État ne passent pas avant celles de la famille?
Difficile d’avoir une famille « soudée » quand deux travailleurs sont devenus les conjoints d’une compagnie «importante », jouant un rôle « important », dans une société toujours la plus importante. Le monde à l’envers…

Dans une vie antérieure, ils étaient habillés  en lambeaux et on les endimanchait  pour aller à la messe et pour se recueillir en famille dans un jour « férié »,  et manger un poulet sans hormones. Le grand luxe… On mangeait bio sans le savoir… Aujourd’hui, on le sait, mais il faut être bien nanti et suspicieux…

L’expression « besoin essentiel » s’est répandue partout…Tout est devenu urgent. On n’est pas des humains, on est des pompiers de l’État.  Alors, tout le monde travaille sous le régime de « besoins essentiels ». Les « services essentiels » : les magasins, les usines, bref, tout le roulement de la production.

Et les enfants finissent par faire partie de la chaîne.

Pause cimetière

Pendant une ballade, Juliette et moi sommes arrêtés devant une église qui nous a menés à un cimetière. On y distingue les pauvres des riches… Mais il y a une place pour le « juste milieu » : les riches comme les pauvres perdaient énormément d’enfants en bas âge.

Les cimetières font réfléchir… Supposons que vous ne pouviez  qu’emporter 21 grammes d’ici-bas… Comme dans Si c’état vrai… Qu’emporteriez-vous?

Une année en Abitibi… Ou un poème Les abeilles de lumière

Imaginez que vous êtes assis sur la lune et que vous regardez les morts et les vivants sortir et entrer en des points lumineux. C’est pareil à une ruche… Quelqu’un  parmi vous a déjà capturé des lucioles dans un bocal? … Ils s’éteignent, s’allument… Pareil à la Vie…

Après l’élevage du cheptel

Bon! Nous allons pouvoir nous reposer… Les enfants sont partis faire leur vie… Liberté!

Bang!

Le gouvernement découvre la « non-productivité ». Et le vieillissement de la population… La retraite? Pas question… Il vous flanque alors un nouveau programme pour inciter les gens à travailler jusqu’à 67  ans. Et vous avez payé toute votre vie… Ils vous accusent de vivre trop vieux…

Peut-être que l’État a trop investi dans les avions?  Ou dans la peur? Ou d’autres, ces « créateurs d’emplois »,  dans le détournement des « abris fiscaux »… Les gros…

Avant, on avait peur de la mort…

Maintenant, on a vraiment, mais vraiment peur de la vie…

L’école de la magie

Parce que la mort n’en fait plus partie. Les abeilles  en voie de disparition. Comme dans la vraie vie…

La « réalité » est un cadavre… Déjà… Comme dans le livre Déjà Dead de Kathy Reichs.  La famille?  Trop décomposée pour être autopsiée …

Ce sont les enfants de l’État. Lessivés au luxe des carrières sur papier glacé qui sont en kiosque  dans les écoles. Ce qu’on leur enseigne? Une Histoire trafiquée… Comme la longue marche des peinturés dans le coin du parlement d’Ottawa.

La piscine hors terre et la piscine hors prix des G…

Ne reste plus qu’à vivre à la « philosophie » profonde des gouvernements en chambre, et demeurer optimiste, comme eux …

Dans un jeu de mots candide, mais confirmé et  étriqué  : « Après l’appui c’est le beau temps… »… C’est bon pour un You Tube de 1,26 minute.

Les parents « accordéon »

L’État – dans ses « grandes valeurs »-  ne nous a-t-elle pas refilé son grand costume d’orgueil et d’ambition? Mais comment?

Les parents sortent  de la vie fripés comme des accordéons après avoir élevé deux ou trois enfants…

Avant, on en élevait en moyenne 8 ou 9…  L’État les a en main…  Et nous sommes devenus la main de l’État.

On est lentement devenus des usines à mains invisibles…

Comme le disait cet africain – et j’y reviendrai :

« C’est comme voler une chemise, et rendre seulement un bouton à son propriétaire », (Ken Saro-Wiwa. )

Je viens de vous le dire… La main invisible?

On vit sur le pouce…

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Gaëtan Pelletier

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La photologie

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La pauvreté  met le crime au rabais.

Nicolas de Chamfort

La pauvreté est un refus de partager la grande fraternité de la merde.

Romain Gary

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C’est long apprendre l’astrologie… Et je ne suis pas doué en calculs. Alors, j’ai créé une nouvelle « science » : la photologie. Elle consiste à prédire l’avenir des gens par une simple photo.

Ce n’est pas trop malin : au lieu de se fier aux astres, on se fie aux désastres. La culture du désastre a pris bien de la place dans nos sociétés. Et, comme je l’ai déjà mentionné, les enfants sont la matière première des « adultes ». Ce fut, et ce sera toujours, la pépite qui fait saliver les investisseurs et tous les harmonisateurs pour une société monocorde.

Coffie


La plupart des gens me consultent pour connaître leur avenir… C’est la première fois que je vois quelqu’un habillé de mouches…  Ce n’est pas gentil, mais ici on vit assez vieux pour avoir le sens de l’humour. En fait, rire est  un luxe…. Un peu méchant? Ce  ne sont pas des mouches, c’est un essaim de banquiers venus voir si tu étais « potable »…

On voit bien que tu n’as pas mangé depuis longtemps. Attend quelques années, il y aura un McDo…

Tu devrais faire attention où tu mets les pieds. Les adultes  ont un jeu dangereux qu’ils appellent la guerre… Ils laissent traîner leurs jouets partout. Ils en cachent sous terre pour attraper l’ennemi par la jambe. Si tu passes dessus, tu auras encore plus mauvaise mine, comme dirait  Oncle Georges .  Eux, ils sont trop paresseux pour ramasser leurs jouets après  leur jeu. C’est l’argent du jeu qui les intéresse… Surveille bien le petit d’en bas… Il n’a l’air de rien, mais c’est une grosse mouche en puissance. Et qui sait si un jour, pour sauver ton pays, il ne te tirera pas dessus. Tu risques de devenir un dommage collatéral…

Je ne connais rien de ton pays, mais il y a des chances qu’on ait trois ou quatre secondes pour se parler. On ne fait pas long feu chez vous. Parler de ton avenir… C’est déjà s’avancer trop. Sans vouloir t’insulter, tu as l’air d’un œuf mal en point.

Pour l’avenir, rien ne dit que tu en as. Ça dépend qui a acheté le sol que tu as sous les pieds. Mais on ne sait jamais… Avec beaucoup de chance, tu pourrais te rendre à la trentaine. Ce qui ne te donnera pas le temps de faire de toi un réalisateur d’émissions sur les problèmes de la trentaine des Occidentaux dans le grand défilé de cette mode des « psychos narcissiques »  télévisés. Ils ont des problèmes, EUX… : leur blonde, leur voiture, de grands questionnements… Et de temps en temps, ils font des shows pour toi…

Esteban


Pour l’instant, tout va bien. Tu as déjà compris qu’il faut partir avec le butin avant que les autres viennent le chercher.

En partant, on peut voir ton petit air de méfiance… Ce qui pourra t’aider pour ton avenir. Avec de la chance, tu émigreras vers un plus gros village, avec une école, et tu apprendras à lire et à écrire.

À moins que tu ne sois déjà au travail pour quelqu’un et que tu te méfies à savoir combien il va te payer. Pas besoin d’être devin. La réponse est la même depuis des siècles : le moins possible. Si on te paye…

Il y a de fortes chances que tu vives  avec le moins possible. Ton avenir, pour l’instant c’est « le moins possible », mais vivant. C’est encourageant, non?

C’est vrai que le photographe a une sale tête. Et il a peut-être des cheveux blancs. Ce qui n’est pas toujours un signe de sagesse. Ici, ce sont souvent les pires… Mais ça, c’est une autre vie…

Dans ton pays, les cheveux blancs, ça existe. Il n’y a pas trop de grands livres en dessous, il y a de la vie, de l’expérience. On ne cultive plus ça ici, on a passé de la bio au aux modifications génétiques par une série de serpents électroniques pour « modifier » un peu le cerveau.

Tu en as de la chance! À court terme… Tes parents,  ainsi que le gratin de toutes  les organisations possibles et impassibles,  sont en train de te sculpter une personnalité : tu es déjà riche, détendu, sûr de toi.  À moins que ce soit l’effet de l’antidépresseur. C’est dur l’école…

Mais c’est peut-être là que tu démarreras ta première entreprise : la vente de ton surplus de ritalin. Ou encore de diverses substances légales de tes parents.

Tu sais lire et écrire. Tu as déjà une main de prise dans une montre. Deux, on appelle ça des menottes… La prison? Ne t’en fait pas : des riches y vont, mais pas trop longtemps. Le temps que le peuple se calme… Une autre mauvaise nouvelle le lendemain, et c’est fini!

Avec un air comme ça, tous les rêves te sont permis : tu pourrais devenir star de cinéma, chanteur, artiste-peintre, banquier, PDG chez Norbourg ou  à la Caisse de dépôt, ministre, etc. Si ça ne marche pas, tu seras pompier ou infirmier. Dans le pire des cas… Voyons! Tes parents ont dû te le dire!

Tu pourrais devenir  avocat ou médecin. Tu risques d’avoir plus de mouches dans la tête que le premier qui n’a pas d’avenir. On renforcera ta dose de médicaments. On te fournira des psy, des travailleurs sociaux, des idéologistes patentés, supposément crédible.

On te vendra de tout. Tu as les moyens de tout acheter. Le crédit est là pour les gens comme toi. Même des idées…

Pour l’avenir, il y a deux voies : tes ennuis pourraient te conduire au suicide vers la trentaine. Après trois mariages, tu  reviendras vers  la cinquantaine pour me consulter afin de connaître ton passé. Il n’y a pas de Google-Map pour savoir où l’on va dans la vie…

Pour l’instant, tu as les mains dans les poches de ton pantalon. Mais tu te rendras compte  très vite qu’on ne va pas loin avec les deux mains dans ses pantalons. Alors, on te donnera la recette : aller puiser dans les poches des autres.

Si tu es costaud, tu pourras aller dans la construction. Non! Pas planter des clous.. Planter des gens. Passer à la télé. Raconter des mensonges. Et engager des avocats pour dire que tout est vrai.

Au pire, si tu ne sais trop quoi faire, tu achèteras les terres des deux autres enfants en haut de ton image. . On a dû te dire qu’on fait son avenir? …Eh! Oui! Ça se prépare…

Il est écrit quelque part que l’on s’enrichit les uns les autres. Mais ça,  c’est dans les livres d’école. Les livres, ce n’est pas la vie. Et l’école encore moins…

Tu es une sorte d’oie de société… Un « à gaver »…

George


Tes parents doivent être pauvres… Une photo en noir et blanc! Comme un peu de pétrole dilué dans du blanc…

On dirait que s’annonce devant toi une belle carrière : le base-ball. Sauf que ta moyenne au bâton sera sans doute mauvaise. Mais ton camarade Dick Chenille te montrera comment devenir papillon et  ce  qu’on peut faire avec un bâton et des balles. Tu auras un lancer tellement puissant que celles-ci  iront jusque dans des terres étrangères.

Tu iras loin : avec de l’argent et les ethnies. Les ethnies ce sont ceux les deux premiers enfants d’en haut. Ce sont tous des terroristes en puissance. Le petit noir est peut-être en train de creuser pour planter une mine. Et l’autre, il doit avoir fait une cueillette de grenades…

La planète est ton stade. Un grand champ rond … Comme une boule bleue…

L’ultime réussite c’est le grand   Chelem

Comme le dit le cliché : La balle est dans ton camp.

Et le reste de l’arsenal…

Méfie-toi du petit juste au dessus de toi… Au cas où il deviendrait banquier. Car ceux-là ont repris un vieux truc d’il y a bien des lunes…

La légende la plus célèbre sur l’origine du jeu d’échecs[G 14] raconte l’histoire du roi Belkib (Indes, 3000 ans avant notre ère) qui cherchait à tout prix à tromper son ennui. Il promit donc une récompense exceptionnelle à qui lui proposerait une distraction qui le satisferait. Lorsque le sage Sissa, fils du Brahmine Dahir, lui présenta le jeu d’échecs, le souverain, enthousiaste, demanda à Sissa ce que celui-ci souhaitait en échange de ce cadeau extraordinaire. Humblement, Sissa demanda au prince de déposer un grain de blé sur la première case, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, et ainsi de suite pour remplir l’échiquier en doublant la quantité de grain à chaque case. Le prince accorda immédiatement cette récompense en apparence modeste, mais son conseiller lui expliqua qu’il venait de signer la mort du royaume car les récoltes de l’année ne suffiraient à s’acquitter du prix du jeu. En effet, sur la dernière case de l’échiquier, il faudrait déposer 263 graines, soit plus de neuf milliards de milliards de grains (9 223 372 036 854 775 808 grains précisément), et y ajouter le total des grains déposés sur les cases précédentes, ce qui fait un total de 264-1, soit 18 446 744 073 709 551 615 grains. Échecs, Wik

Finalement, Ponzi, c’est du copier-coller… On dirait de l’économie…

Signer la mort du royaume sans s’en rendre compte…

Il ne faut jamais oublier de regarder les vieilles et présumées naïves photos. Les paysans finiront peut-être par avoir raison du désordre de la présentation de l’album.

Les « grands » ne savent pas rester petits…

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Classé dans Actualité, Gaëtan Pelletier

Quand le prof Léo-Paul parle pour rien…


Le Professeur Léo-Paul Lauzon vient encore de parler pour rien.  Il vient de publier une quatrième étude  en 6 ans sur les banques canadiennes.   Il nous a déjà parlé quelques fois d’évasion fiscale, de paradis fiscaux… le quotidien, quoi …  Cette fois, il examine le comportement des banques canadiennes en temps de crise.

Car il y a une crise, vous savez., et les banques… Chuuut ! On pourrait nous entendre.  Le Professeur Lauzon nous parle de l’industrie bancaire canadienne durant cette crise. De la situation financière actuelle des banques, de leur profitabilité, de l’utilisation qu’elles font de leurs profits et de leurs impôts.

Il a fait une étude pour la période allant de 2004 à 2009 sur les 6 plus grandes banques canadiennes: Royale, TD, etc – qui ne les connaît pas ! – et il nous confirme  qu’elles font du fric.  46 milliards de profits en 2009.  Réjouissez-vous, nos banques se sortent bien de la crise.  Il y a longtemps – depuis 1998, au moins – que je dis qu’il faut se réjouir….

Elles s’en sortent d’autant mieux que nous avons un gouvernement prudent.  Même si les banques font plus de profit que jamais, l’État, depuis 6 mois, via le Programme d’achat des prêts hypothécaires assurés (PAPH) leur  a alloué une aide d’environ 125 milliards de dollars…   C’est 4 000 $ par Canadien, incluant les nourrissons et les grabataires…  C’est beaucoup. C’est trois (3) fois le programme de soutien à l’économie de 40 milliards dévoilé par Ottawa lors du budget de janvier dernier.

C’est une application du principe que la meilleure aide est celle qui fera que celui qu’on aide n’aura pas besoin d’aide.   Un principe qui ne s’applique que pour les riches, bien sûr, car, pour les pauvres, il est trop tard.  De toute façon, les pauvres administrent l’argent d’une façon lamentable: dès qu’on leur en donne, ils le dépensent ! Heureusement qu’on ne leur en donne pas beaucoup, sans quoi où irions-nous !

Le professeur Lauzon parle pour rien, car il est clair que nous avons déjà trouvé la meilleure façon d’aider nos banques. D’ailleurs notre Premier Ministre lui-même nous l’a dit – en passant par le Financial Times, ce qui fait encore plus crédible – :  » Nous avons le secteur financier reposant le plus sur la libre entreprise. Nous sommes les seuls à ne pas nationaliser ou nationaliser en partie notre système financier “.

Les seuls !  Selon une étude du FMI du 18 février, le Canada serait au 3e rang mondial en % du PIB, quant au coût de l’ensemble des mesures de soutien public aux banques:  8.8%.  Devant, les États-Unis à 6.3%, où pourtant on se plaint tellement…. Dur, mais nous serons récompensés de nos efforts, car il semble qu’on pourrait mêmeacquérir quelques banques américaines: ils en ont trop. Ils en ont de moins en moins, avec les faillites, mais ils en ont encore trop. On les achète. Nous aurons des banques plus riches…

Des banquiers riches, aussi.  Les dirigeants des six (6) plus grandes banques du pays ont reçu des millions d’options d’achat d’actions à prix d’aubaine en 2009. Grâce à ces options, ils ont réalisé des bénéfices de 251 M$.   C’est là qu’on voit la sagesse de nos gouvernants. Cette performance aurait été impossible si on avait gaspillé cet argent en programmes d’aide à l’emploi.

Parler pour parler, le professeur Lauzon pérore encore plus inutilement. Il parle de NATIONALISER les banques !  Ridicule, car ce serait ILLÉGAL. La Loi (fédérale) sur les Banques prévoit que les actions des grandes banques doivent demeurer « largement reparties ».  L’État ne pourrait donc pas être propriétaire d’une banque  CQFD. Pourquoi ?   M’énervez pas avec vos questions…!

Et à Québec ?  Eh bien à Québec,  rien, parce que c’est Ottawa qui a juridiction.  Vous voyez comme c’est simple ? Alors Jacques Delorme, de la Direction des communications du Ministère des finances – cité dans le journal Métro de Jeudi 6 mai – résume tout à la perfection:  “La nationalisation  des banques  est une question tellement hypothétique. Personne n’étudie ce genre de scénario.” Ouf ! heureusement, car un enfant de 10 ans comprendrait que c’est la seule solution. Mais si on ne l’étudie pas…

Alors le Professeur Léo-Paul Lauzon parle pour rien. Parce que le système bancaire est une escroquerie institutionnalisée et que ceux qui décident de ça et du reste sont les complices de cette escroquerie. Surtout, il parle pour rien parce qu’on ne l’écoute pas… ILS sont gros, nous sommes petits…  Alors acceptons que nous sommes des cancres. Ça évitera de devoir admettre que nous sommes des lâches.

Pierre JC Allard

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La coda de l’homo T-bone

A.− MUS. Période musicale, vive et brillante, qui termine un morceau. La coda, amenée par cette pédale, est d’un éclat extraordinaire (H. Berlioz, À travers chants, 1862, p. 49).

Centre National de Ressources Texturelles et Lexicales

Avec un taux de crémation à la hausse de 73,27%, entre Bic et Price, la libre disposition des cendres se dirige vers une réglementation provinciale qui devrait se faire dans un lieu désigné, au même titre que les corps sont inhumés dans un cimetière. Canoe

La volupté lardée

Je ne sais pas si vous avez déjà dégusté un T-bone , soit  sur charbon de bois, soit dans une poêle à frire… On déguste, on déguste, et la fin est frustrante : on arrive à ronger  et à sucer  les infimes particules encore accrochées, se retrouvant devant un squelette dégarni. Quelle frustration! On en fait le tour comme s’il pouvait se clapir dans un recoin   un trésor pour le palais.

On finit par sucer, frustré. Après, on continue de le manger des yeux…

C’est un effet du cerveau qui se rappelle du temps où il avait besoin de gras pour se faire des réserves.

Le cannibalisme des cendres

Après la collection ces capuchons de bouteille, des timbres-poste – plus guère à la mode – il reste une activité fascinante qui n’en finit pas de surprendre : la collection d’art de tout ce que l’humain peut repérer  pour exploiter la race humaine.

On a tous déniché  l’exploitation des enfants, le vol des terres arables, la course au  pétrole, la femme, les assurés des assureurs , etc. On a compris. C’est « intégré »…

Mais on en invente chaque jour.

Si une fois mort, vous vous sentez comme un citoyen T-bone qui s’est fait sucer le lardon pendant toute une vie, et que  vous désirez échapper à tous les cannibales… Bonne chance! …

Les chaudrons sont en pleine ébullition.

Rappelant un peu la technique de la soupe déshydratée…

***

J’étais à déjeuner avec Juliette, quand j’ai entendu la nouvelle à la radio. Je suis allé vérifier…

La dispersion des cendres funéraires à tout vent au Québec, sans encadrement juridique, achève. Pour ce faire, le gouvernement envisage de modifier la loi funéraire qui existe depuis 1974.

«Je pense que les documents sur cette modification seront prêts à l’automne pour être présentés au cabinet. Il est important d’avoir un lieu de commémoration dans la loi au lieu de se retrouver avec des cas comme une conjointe qui fait l’épicerie avec l’urne contenant les cendres de son mari dans son sac ou une autre personne qui a répandu les cendres d’un défunt sur les terrains d’un chalet qui a plus tard été revendu», a confié M. Cloutier au Soleil. Il ne sera plus question, par exemple, de verser des cendres dans un cours d’eau. Cyberpresse, Carl Thériault

L’argumentation des l’Ordre des Thanatologues du Québec

Selon celle-ci, ce ne sont pas des arguments monétaires qui sont en cause.  Elle cite des cas, je dirais des anecdotes, car  en fait, ils ne constituent nullement un danger réel pour la population :

Même si selon M. Cloutier il est très rare que des gens ou des familles de la région conservent les cendres d’un défunt à la maison, il arrive parfois des situations particulières.

«Comme cette dame, de Québec, qui transportait continuellement sur elle les cendres de son fils dans un tube à cigare. Ou cette autre qui incapable de faire son deuil, conserve l’urne funéraire de son mari dans un sac qu’elle transporte partout, même à l’épicerie», relate et déplore M. Cloutier. Canoe.

Et pour en rajouter :

La conservation des cendres dans une résidence privée peut avoir des répercussions sur le plan psychologique, même physique. Une jeune fille de 10 ans a déjà été physiquement malade à cause de la présence des cendres de sa soeur; l’urne était placée sur la table de la cuisine. Cyberpresse, Carl Thériault

Je serais curieux de connaître les coûts sur l’ensemble du système de santé de maladies aussi répandues.

L’industrie de la mort

Les industries qui fonctionnent le mieux ces temps-ci sont celles des pharmacies et des cadavres. Vu le vieillissement de la population…

C’est comme le coût d’une retraite après la retraite…

Mon oncle, qui était assez bien nanti, autant de la bedaine que du compte en banque, c’était payé un cercueil de 25,000$… Il   y a 25 ans. Ce qui devrait faire dans les 50,000$ aujourd’hui. Je ne sais trop où il s’est rendu avec ce « véhicule » de Crésus, mais sûrement pas plus loin que l’entrepreneur de pompes funèbres.

Ceux-ci sont tellement grippe-sous qu’ils s’enterrent de père en fils.

Il devrait se méfier de ces coffreurs de  sable.

En plus, M. Thanatologue  fait remarquer qu’il est difficile de distinguer la cendre des restes d’animaux et de celles des humains. C’est assez simple : ne donnez pas votre chien à un thanatologue.

Il n’a qu’à jeter un œil sur le prix des urnes. Twenga, France, Prix des Urnes

La Simplicité : 150 €. La Cosmik : 1399 €.

Si j’avais six bras, il m’en tomberait quatre .

Avec ça, on peut se construire un cabanon. Dire qu’une vieille boîte de café peut faire l’affaire…

Mais chacun ses valeurs. Aux États-Unis, un type s’est faire enterrer avec son auto. Une belle Cadillac qu’il affectait. Twikio.

Ici, on est en train de se faire enterrer avec Jean Charest au volant…

Le transit paperasse

Il est bien difficile d’échapper aux coûts faramineux du grand départ. Il y a toute une grappe de paperassiers qui vous attendent après avoir  passé sous les roues des vendeurs d’assurances,  ces Nicolas Flamel de l’ère moderne, capable de transformer votre cadavre en or.

Par exemple, les gens sont fatigués de payer 100 $ pour le transfert des cendres dans l’urne ou 500 $ pour faire remplir les documents de l’État, alors que c’est gratuit sur Internet. On va donner l’information au client. Je n’aurai pas de forfait. Les clients vont payer à l’item», explique M. Marquis, qui est aussi l’auteur du livre Parcours, traitant de spiritualité. Il s’est associé à la Fondation du Centre hospitalier régional de Rimouski jusqu’à la fin décembre en remettant 5 $ par livre vendu au coût de 20 $ l’unité.

Le paradis est pavé de bonnes intentions…

Les vampires à portefeuilles

Les Québécois dépensent entre 5000 $ et 7500 $ en moyenne pour des funérailles.

Incinération sans exposition et sans cérémonie : entre 2000$ et 3000$

Le gros kit : 10,000$.

À ces prix-là, les thanatologues sont des Dracula de vos avoirs. Pauvres ou pas, ils sont devant vous,  à vous regarder comme un T-bone… Même brûlé, il y a quelque chose à tirer de nous. Par l’État vorace et serpentin dans ses « confections » de déclarations de revenus, jusqu’aux  petits entrepreneurs futés.

Une loi pour les cendres qui polluent? Comme disait M. Dumont : on devrait s’occuper des vivants avant de penser aux morts.

Et je ne compte pas les compagnies d’assurance  qui font des paris sur votre vie et qui vous offrent  d’être riche pendant votre absence… « L’éternité, comme disait Woody Allen,  c’est long… Surtout vers la fin ».

L’avenir : l’amour aux temps des lits trop hauts

Tenter de d’extrapoler sur l’imagination des gloutons à dollars est un sport amusant. À s’en ronger les ongles…

Ce qui m’effraie le plus avec les tendances actuelles, c’est qu’un jeune vieux tombe en bas du lit en faisant l’amour, qu’il se fende le crâne et qu’il meure…

Peu importe qu’il soit exposé ou  incinéré. Ce qui est alarmant c’est que tous les entrepreneurs   se mettent  à calculer tout ce que l’on peut faire avec un tel incident.

La loi # 3264-69 pourra  interdire  à toute personne de 40 ans et plus de faire l’amour sans casque protecteur. En cas de décès, les amendes seront « transmises » à votre descendance.

Comme pour la moto, les cylindrés gonflées au Viagra se verront frappés d’une prime additionnelle avec la certitude qu’on attendra les résultats de l’autopsie avant de verser votre prime.

Avec les techniques des avocats qui travaillent maintenant comme des Einstein, avec  la formule E=mc2 : Élongation= monnaie au carré. C’est simplifié, mais il suffit de regarder un train passer et imaginer qu’un thanatologue est à moto et qu’il suit le train à une vitesse supérieure. Il se dira qu’il pourra déterminer avec certitude que vous mourrez un jour en vous glissant un formulaire par la fenêtre.

Le train n’allant nulle part…

Qui donc aurait pensé qu’un jour on vous vendrait un billet aussi ruineux  pour une destination inconnue?

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P.S. : Il y aura un barème pour les primes qui baisseront selon l’âge de la partenaire. Je commence enfin à comprendre pourquoi nous sommes tous pauvres dans des pays riches.

Pauvres jusqu’à  l’os…

T-bone.

Gaëtan Pelletier

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