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L’impôt

Demain, C’est la date limite pour envoyer votre rapport d’impôt. Alors pour tous ceux qui sont si fiers de me dire qu’ils aiment payer de l’impôt pour tous les bienfaits que l’État nous livre grâce à eux, je vous livre quelques grains de sagesse d’un des grands penseurs libertariens: Frédéric Bastiat (1801-1850).

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Bastiat était un économiste et un homme politique français du début du XIXe siècle. Malgré ça, vous découvrirez que ses écrits sont tout aussi pertinents aujourd’hui qu’ils l’étaient au moment où ils ont été mis sur papier. Plus ça change, plus c’est pareil. Le texte que je présente ici est un peu long, mais je vous serait reconnaissant de le lire jusqu’au bout. Sans plus tarder, je voue présente: L’impôt.

Frédéric Bastiat (1801-1850)

L’impôt

Ne vous est-il jamais arrivé d’entendre dire:

« L’impôt, c’est le meilleur placement; c’est une rosée fécondante? Voyez combien de familles il fait vivre, et suivez, par la pensée, ses ricochets sur l’industrie: c’est l’infini, c’est la vie ».

Pour combattre cette doctrine, je suis obligé de reproduire la réfutation précédente. L’économie politique sait bien que ses arguments ne sont pas assez divertissants pour qu’on en puisse dire: Repetita placent. Aussi, comme Basile, elle a arrangé le proverbe à son usage, bien convaincue que dans sa bouche, Repetita docent.

Les avantages que les fonctionnaires trouvent à émarger, c’est ce qu’on voit. Le bien qui en résulte pour leurs fournisseurs, c’est ce qu’on voit encore. Cela crève les yeux du corps.

Mais le désavantage que les contribuables éprouvent à se libérer, c’est ce qu’on ne voit pas, et le dommage qui en résulte pour leurs fournisseurs, c’est ce qu’on ne voit pas davantage, bien que cela dût sauter aux yeux de l’esprit.

Quand un fonctionnaire dépense à son profit cent sous de plus, cela implique qu’un contribuable dépense à son profit cent sous de moins. Mais la dépense du fonctionnaire se voit, parce qu’elle se fait; tandis que celle du contribuable ne se voit pas, parce que, hélas! on l’empêche de se faire.

Vous comparez la nation à une terre desséchée et l’impôt à une pluie féconde. Soit. Mais vous devriez vous demander aussi où sont les sources de cette pluie, et si ce n’est pas précisément l’impôt qui pompe l’humidité du sol et le dessèche.

Vous devriez vous demander encore s’il est possible que le sol reçoive autant de cette eau précieuse par la pluie qu’il en perd par l’évaporation?

Ce qu’il y a de très-positif, c’est que, quand Jacques Bonhomme compte cent sous au percepteur, il ne reçoit rien en retour. Quand, ensuite, un fonctionnaire dépensant ces cent sous, les rend à Jacques Bonhomme, c’est contre une valeur égale en blé ou en travail. Le résultat définitif est pour Jacques Bonhomme une perte de cinq francs.

Il est très-vrai que souvent, le plus souvent si l’on veut, le fonctionnaire rend à Jacques Bonhomme un service équivalent. En ce cas, il n’y a pas perte de part ni d’autre, il n’y a qu’échange. Aussi, mon argumentation ne s’adresse-t-elle nullement aux fonctions utiles. Je dis ceci: si vous voulez une fonction, prouvez son utilité. Démontrez qu’elle vaut à Jacques Bonhomme, par les services qu’elle lui rend, l’équivalent de ce qu’elle lui coûte. Mais, abstraction faite de cette utilité intrinsèque, n’invoquez pas comme argument l’avantage qu’elle confère au fonctionnaire, à sa famille et à ses fournisseurs; n’alléguez pas qu’elle favorise le travail.

Quand Jacques Bonhomme donne cent sous à un fonctionnaire contre un service réellement utile, c’est exactement comme quand il donne cent sous à un cordonnier contre une paire de souliers. Donnant donnant, partant quittes. Mais, quand Jacques Bonhomme livre cent sous à un fonctionnaire pour n’en recevoir aucun service ou même pour en recevoir des vexations, c’est comme s’il les livrait à un voleur. Il ne sert de rien de dire que le fonctionnaire dépensera ces cent sous au grand profit du travail national; autant en eût fait le voleur; autant en ferait Jacques Bonhomme s’il n’eût rencontré sur son chemin ni le parasite extra-légal ni le parasite légal.

Habituons-nous donc à ne pas juger des choses seulement par ce qu’on voit, mais encore par ce qu’on ne voit pas.

L’an passé, j’étais du Comité des finances, car, sous la Constituante, les membres de l’opposition n’étaient pas systématiquement exclus de toutes les Commissions; en cela, la Constituante agissait sagement. Nous avons entendu M. Thiers dire: « J’ai passé ma vie à combattre les hommes du parti légitimiste et du parti prêtre. Depuis que le danger commun nous a rapproché, depuis que je les fréquente, que je les connais, que nous nous parlons cœur à cœur, je me suis aperçu que ce ne sont pas les monstres que je m’étais figurés. »

Oui, les défiances s’exagèrent, les haines s’exaltent entre les partis qui ne se mêlent pas; et si la majorité laissait pénétrer dans le sein des Commissions quelques membres de la minorité, peut-être reconnaîtrait-on, de part et d’autre, que les idées ne sont pas aussi éloignées et surtout les intentions aussi perverses qu’on le suppose.

Quoi qu’il en soit, l’an passé, j’étais du Comité des finances. Chaque fois qu’un de nos collègues parlait de fixer à un chiffre modéré le traitement du Président de la République, des ministres, des ambassadeurs, on lui répondait:

« Pour le bien même du service, il faut entourer certaines fonctions d’éclat et de dignité. C’est le moyen d’y appeler les hommes de mérite. D’innombrables infortunes s’adressent au Président de la République, et ce serait le placer dans une position pénible que de le forcer à toujours refuser. Une certaine représentation dans les salons ministériels et diplomatiques est un des rouages des gouvernements constitutionnels, etc., etc. »

Quoique de tels arguments puissent être controversés, ils méritent certainement un sérieux examen. Ils sont fondés sur l’intérêt public, bien ou mal apprécié; et, quant à moi, j’en fais plus de cas que beaucoup de nos Catons, mus par un esprit étroit de lésinerie ou de jalousie.

Mais ce qui révolte ma conscience d’économiste, ce qui me fait rougir pour la renommée intellectuelle de mon pays, c’est quand on en vient (ce à quoi on ne manque jamais) à cette banalité absurde, et toujours favorablement accueillie:

« D’ailleurs, le luxe des grands fonctionnaires encourage les arts, l’industrie, le travail. Le chef de l’État et ses ministres ne peuvent donner des festins et des soirées sans faire circuler la vie dans toutes les veines du corps social. Réduire leurs traitements, c’est affamer l’industrie parisienne et, par contre-coup, l’industrie nationale. »

De grâce, Messieurs, respectez au moins l’arithmétique et ne venez pas dire, devant l’Assemblée nationale de France, de peur qu’à sa honte elle ne vous approuve, qu’une addition donne une somme différente, selon qu’on la fait de haut en bas ou de bas en haut.

Quoi! je vais m’arranger avec un terrassier pour qu’il fasse une rigole dans mon champ, moyennant cent sous. Au moment de conclure, le percepteur me prend mes cent sous et les fait passer au ministre de l’intérieur; mon marché est rompu mais M. le ministre ajoutera un plat de plus à son dîner. Sur quoi, vous osez affirmer que cette dépense officielle est un surcoût ajouté à l’industrie nationale! Ne comprenez-vous pas qu’il n’y a là qu’un simple déplacement de satisfaction et de travail? Un ministre a sa table mieux garnie, c’est vrai; mais un agriculteur a un champ moins bien desséché, et c’est tout aussi vrai. Un traiteur parisien a gagné cent sous, je vous l’accorde; mais accordez-moi qu’un terrassier provincial a manqué de gagner cinq francs. Tout ce qu’on peut dire, c’est que le plat officiel et le traiteur satisfait, c’est ce qu’on voit; le champ noyé et le terrassier désœuvré, c’est ce qu’on ne voit pas.

Bon Dieu! que de peine à prouver, en économie politique, que deux et deux font quatre; et, si vous y parvenez, on s’écrie : « c’est si clair, que c’en est ennuyeux. » — Puis on vote comme si vous n’aviez rien prouvé du tout.

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L’économie en une leçon (2e partie)

Philippe David – Dossier Spécial: L’Économie en une leçon

Bienvenue à mon deuxième cours basé sur le livre « Economics in One Lesson » de Henry Hazlitt. Dans le premier cours, nous avons énoncé la leçon d’économie de Hazlitt, à savoir:

« The art of economics consists in looking not merely at the immediate but at the longer effects of any act or policy; it consists in tracing the consequences of that policy not merely for one group but for all groups. »

« L’art de l’économie consiste non seulement à regarder les effets immédiats, mais les effets à plus long terme d’une politique; ça consiste à retracer les conséquences de cette politique non-seulement pour un groupe, mais sur tous les groupes. »

Et nous l’avons appliquée pour déboulonner le mythe populaire que la destruction a un effet positif sur l’économie avec la fable de la « vitre cassée » de Frédéric Bastiat. Dans ce second chapitre, nous l’appliquerons aux soi-disant bienfaits des travaux publics.

Travaux publics = taxes.

S’il y a une équation que je veux que vous reteniez à la fin c’est ceci: Les travaux publics sont ultimement toujours financés par nos taxes. Il n’existe pas de mythe plus persistant que celui qui dit que les dépenses gouvernementales sont une panacée pour l’économie (Bastiat en avait même fait un petit essai – plus ça change plus c’est pareil). Est-ce que l’industrie privée est stagnante? Pas de problème! Il n’y a qu’a la subventionner. Il y a trop de chômage? Pas de problème! On va inventer des projets pour remettre le monde au travail. Les personnes qui voudront vous faire croire ça, les politiciens et les économistes à leur solde, essaieront de vous faire croire que le gouvernement peut dépenser, dépenser, dépenser à l’infini sans nous taxer plus. Sans vouloir les offenser, tout ça n’est que des contes de fées. La réalité est que tous les états qui, dans l’histoire, ont essayé de le faire ont sombré dans l’insolvabilité et l’hyper-inflation. Suffise de dire pour les besoins de cette leçon que chaque dollar de dépense publique doit éventuellement être recueilli par les taxes, que de porter cette échéance à plus tard par l’emprunt ne fait qu’exacerber le problème et que l’inflation causée par l’impression d’argent pour financer les déficits, elle-même n’est qu’une forme insidieuse de taxation.

Maintenant, il arrive fréquemment que ces travaux soient justifiés et nécessaires. Si ces travaux sont exécutés dans le but d’alléger la circulation, de remplacer des infrastructures vétustes, etc., je n’ai rien à redire. Mais si ces travaux sont faits dans le but spécifique de créer de l’emploi ou de « relancer l’économie » ou de créer de la richesse qui n’aurait pas existé autrement, je m’objecte. Lorsque l’objectif principal devient la création d’emploi, ces travaux prennent une toute autre dimension. À ce point, les dépenseurs de l’état ne pensent plus à ou une infrastructure doit être construite et pensent plutôt à où une infrastructure pourrait être construite. Qu’on aie vraiment besoin de cette infrastructure n’est plus un critère et on va même jusqu’à inventer des projets. Et plus ces projets sont inefficaces en termes d’utilisation de main d’œuvre, plus ils sont appropriés si le but est de créer des emplois. Après ça, doit-on être surpris que les travaux publics ne respectent jamais les budgets?

Supposons qu’on construit un pont et qu’il coûte 100 million$ à construire. On voit très bien les ouvriers à l’œuvre pour le construire et à la fin, nous voyons très bien le pont construit. Alors les avocats de ces travaux pointeront ces choses et diront « Voyez les emplois et la richesse que nous avons créé! » Mais si vous vous êtes entrainés à regarder au-delà des apparences, un tableau très différent se dessine. Pour chaque dollar dépensé sur ce pont, un dollar a été prélevé des poches du contribuable. Ultimement, chaque dollar dépensé provient de nos poches et nous empêche de le dépenser à des fins qui concordent avec nos préférences personnelles. Au final, chacun de ses dollars aurait autrement été dépensé ou investi dans l’économie vers d’autres projets qui auraient répondu à la demande des consommateurs. Ils auraient étés dépensés en denrées alimentaires, en vêtements, en appareils ménagers, en automobiles, ce qui aurait en retour entrainé la création d’autres biens pour les remplacer et ainsi de suite. Ça prend un peu d’imagination pour voir tout ce qui aurait pu être créé à la place de ce pont, n’est-ce pas? Ça prend également beaucoup d’imagination pour voir les emplois qui auraient autrement été créés pour fabriquer tous ces biens. Alors si vous usez du gros bon sens dont je sais que vous êtes capables, vous imaginerez peut-être que la construction de ce pont n’ajoute en réalité rien à la richesse, mais que c’est plutôt seulement une ré-allocation de richesse. Simplement un transfert de 100 million$ d’un secteur à un autre. Et vous aurez parfaitement raison. La construction de ce pont aura créé plus d’emplois dans l’industrie de la construction qu’il y en aurait eu autrement, mais seulement au prix de la destruction d’emplois dans d’autres secteurs. Il y aura plus d’emplois dans la construction, mais moins dans l’industrie manufacturière, en informatique, etc. Non seulement est-ce que nous déshabillons Paul pour habiller Pierre, mais dans ce petit jeux les politiciens et leur clique vous montreront fièrement Pierre ainsi habillé et s’empresseront de vous faire oublier Paul.

Les taxes découragent la production

Il y a une autre raison pour laquelle il est improbable que les dépenses gouvernementales créent suffisamment de richesse pour compenser la richesse détruite par les taxes. Ce n’est pas tout à fait aussi simple que de prendre l’argent d’une poche et de la mettre dans une autre. La réalité est que nous ne sommes pas tous taxés au même taux et que le plus grande part des taxes collectées ne proviennent que d’un très faible pourcentage de la population. Ces impôt affectent les actions de ceux qui les paient. Lorsqu’une entreprise perd 100 cents pour chaque dollar qu’elle perd, mais qu’elle ne peut conserver que 60 cents de chaque dollar qu’elle gagne et qu’elle ne peut pas compenser les années de pertes avec les années de gains, ses politiques seront affectées. Elle ne fera pas d’expansion, ou ne le fera que si le risque est limité. Les entrepreneurs qui reconnaissent cette situation peuvent décider de ne pas lancer d’entreprise. Donc les employeurs existants ne créent pas autant d’emplois qu’ils le feraient autrement et d’autres décideront de ne pas devenir employeurs. Les usines prennent plus de temps avant de se ré-équiper avec de la nouvelle machinerie, etc.

L’effet est le même pour les particuliers. Si un particulier doit travailler 6, 7 ou 8 mois par année pour le gouvernement et seulement 4,5,6 mois pour sa famille, Il pourrait être découragé de produire plus, sachant que la plus grande part de ce supplément s’évaporera en impôts. Ils décideront aussi que ça ne vaut pas la peine de prendre de risques dans leurs investissements, ce qui limitera le capital disponible pour financer des entreprises.

Un certain montant d’impôt doit nécessairement être perçu pour assurer le fonctionnement de l’état, mais quand l’impôt devient excessif, il décourage l’investissement et la production de façon à causer le problème de chômage qu’on tente de résoudre.

Conclusion.

Si on regarde au-delà de ce qui est immédiatement apparent et qu’on examine les conséquences secondaires, on se rend vite compte que les dépenses gouvernementales ne sont pas aussi créatrices d’emploi et de richesse que certains voudraient nous faire croire. Il est certain que certaines de ces dépenses sont nécessaires, mais lorsque ces dépenses doivent servir à la création d’emploi ou à la relance de l’économie, ne vous laissez bas berner. D’ailleurs, c’est un secret de polichinelle que les gouvernement ont une culture de dilapidation qui fait que tout ce qu’ils font nous coûte plus cher.

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L’économie en une leçon (1ère partie)

Philippe David – Dossier Spécial: L’Économie en une leçon


Voilà que je prend le virage pédagogique. Ceci est le premier d’une série d’articles que je compte écrire dans les prochains mois qui seront basés sur le livre « Economics in One Lesson » de Henry Hazlitt. C’est un livre qui est si populaire aux États-Unis qu’il est encore en publication après plus de 60 ans. Et son message est tout aussi pertinent ici qu’à sa publication originale. Henry Hazlitt était un excellent vulgarisateur, ce qui me motive à prendre le contenu de son livre et en l’adaptant en français à ma manière. L’économie étant un sujet que beaucoup trouvent ennuyant, je vais tenter de le rendre un peu plus vivant ici.

Pourquoi? Parce que je constate que la connaissance d’économie est en grande partie déficiente au Québec et que beaucoup profitent de cette ignorance à des fins purement populistes et politiques. Si nous avions tous un peu de savoir en la matière, nous serions en bien plus grand nombres à protester contre le système actuel. Ne cherchez pas à trouver ces notions dans les médias, vous ne les trouverez pas car ils gagnent à vous traiter comme des champignons, c’est à dire de vous garder dans le noir et vous nourrir de fumier. Plusieurs contributeurs ici me donneront volontiers leur accord sur ce point.

Ceci n’est pas un cours d’économétrie. Je ne vous livrerai pas de formules savantes ni de graphiques. Ce sera beaucoup plus un exercice de logique économique qui vous fera voir certaines choses sous un angle complètement différent. Je commencerai donc par vous livrer quelle était cette seule et unique leçon que Hazlitt voulait livrer sur l’art de l’économie et ensuite comment cette leçon s’applique dans la réalité. Chaque article que je publierai dans cette série verra la leçon de Hazlitt appliquée dans une situation différente et si possible en la transposant dans le contexte québécois.

Sans plus tarder, je vous livre cette leçon:

« The art of economics consists in looking not merely at the immediate but at the longer effects of any act or policy; it consists in tracing the consequences of that policy not merely for one group but for all groups. »

« L’art de l’économie consiste non seulement à regarder les effets immédiats, mais les effets à plus long terme d’une politique; ça consiste à retracer les conséquences de cette politique non-seulement pour un groupe, mais sur tous les groupes. »

Ça pourrait sembler évident non? Pourtant non. Tous les jours on nous vend des politiques et des mesures en nous cachant les envers de médailles qui créent les effets pervers. C’est ce que nous allons constater lorsque nous allons appliquer cette leçon à des situations plus concrètes. Voici le premier exemple:

La vitre cassée.

Pour son premier exemple d’application, Hazlitt a choisi la parabole de la vitre cassée de Frédéric Bastiat. C’est un thème auquel j’ai déjà touché à plusieurs reprises mais qui vaut la peine d’être revisité de temps à autre. Ce sophisme est le pain et le beurre du complexe militaro-industriel car il est derrière la notion populaire que la guerre, les désastres et la destruction sont bons pour l’économie à cause de l’activité économique qu’ils génèrent pour la reconstruction. Comme vous pourrez le constater vous même, c’est complètement faux. Si vous êtes familiers avec l’histoire, je vous demande votre indulgence pour ceux qui ne l’auraient jamais entendue. Je vous livrerai donc une version légèrement adaptée au contexte actuel.

Un jeune voyou, subissant une initiation pour devenir membre d’un gang de rue, fracasse la vitrine de Jacques Bonhomme, patissier, ayant pignon sur rue sur le boulevard Henri-Bourassa à Montréal-Nord. (On ne rentrera pas dans les détails de la motivation du gang de rue ici.) Des passants s’attroupent devant la vitrine pour constater les dégâts. Les gens se mettent à discuter et quelqu’un en vient à conclure; « Il y a un bon côté à la chose. Au moins ça va donner du travail à unvitrier. » Tout le monde hoche de la tête pour signifier leur accord. Avec l’argent ainsi gagné, le vitrier pourra faire d’autres retombées comme s’acheter des souliers neufs ou un nouvel habit. Ainsi tourne la roue de l’économie. Alors au final, notre voyou est soudainement devenu un héro en donnant du travail à tous ces gens.

Où est l’erreur dans ce raisonnement? La réponse est qu’il s’arrête à ce qui est immédiatement apparent. Le travail donné au vitrier, c’est ce qu’on voit, mais qu’en est-il de ce qu’on ne voit pas. Si on suppose que remplacer la vitrine coûte $500, le remplacement de cette vitrine va générer pour $500 d’activité économique, mais que se serait-il produit si la vitrine n’avait pas été cassée? Jacques Bonhomme ayant économisé le $500 pour remplacer la vitrine n’aurait-il pas pu lui aussi le dépenser et générer également pour $500 d’activité économique, tout en jouissant encore de sa vitrine? Alors si on arrête notre raisonnement là, ce que Bastiat et Hazlitt ont fait; on conclue qu’en fait nous avons un effet négatif et un effet positif qui s’annulent et nous aboutissons en disant que c’est un jeu à somme nulle. Rien n’est gagné et rien n’est perdu.

Pas si vite! Qu’en est-il du vitrier si cette vitrine n’avait pas été cassée? Dans son essai, Bastiat pose cette question, mais la laisse en suspens. Alors tentons d’y répondre. Si le vitrier n’avais pas eu à réparer la vitrine, qu’aurait-il fait? Peut-être aurait-il pu être employé à installer des fenêtres dans une maison nouvellement construite, par exemple. Ou, s’il n’avait pas assez de travail pour le soutenir, peut-être aurait-il pu mettre ses autres talents au service d’une industrie qui en a plus besoin? Donc, en cassant cette vitrine, nous avons possiblement détourné notre vitrier d’un travail plus productif. Ça c’est véritablement ce qu’on ne vois pas. Non seulement la destruction ne paie pas, mais nous voyons rarement tout ce qui aurait pu être produit si elle n’avait jamais eu lieu.

Conclusion

Nous commençons à entrevoir l’importance de la leçon de Henry Hazlitt. Celle qu’il est important, pour analyser une politique ou un programme économique, de regarder plus loin que ce qui immédiatement apparent. L’histoire de la vitre cassée est une bonne illustration. Après tout, s’il était vrai que les désastres et la destruction sont bons pour l’économie et créent de la richesse, le peuple haïtien serait béni des dieux. Ce n’est visiblement pas le cas. Alors que ce soit pour justifier une guerre, ou vous vendre l’idée qu’on devrait payer les gens pour détruire leurs vieilles minounes et acheter une voiture neuve pour « sauver la planète » et relancer l’industrie automobile, il suffit simplement de gratter la surface pour s’apercevoir que ces prémisses sont sans fondement. Dans les prochains articles de dossier, j’appliquerai la leçon de Hazlitt à d’autres situations pour déboulonner d’autres mythe populaires colportés par les corporatistes de gauche ET de droite.

Philippe David

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