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Laliberté de donner

guy-laliberte-argentÀ Tout Le Monde En Parle, dimanche dernier, on a su que Guy Laliberté donnait 100 millions sur 25 ans pour sa fondation One Drop. Super! C’est tout à son honneur, mais je me suis quand même demandé ce que ça représentait, si on comparait ça avec une « fortune », disons, plus modeste.

Premièrement, Guy. Une fortune d’environ 1 milliard 700 millions. Donc, pour lui, 100 millions, ça représente environ 5,9% de sa fortune. Et si on répartit ça sur 25 ans, ça donne environ 0,2%, soit 4 millions par année.

Si on fait une comparaison avec une fortune de 100 000 $, ça donne un don de 5900 $ qui, réparti sur 25 ans, donne un total de 236$ par année…

J’en parle parce que sur l’écran de télé, ça donnait l’impression d’être de l’héroïsme de sa part. Et c’est l’ordre de grandeur qui donne cette impression, mais il n’en est rien, comme vous pouvez le constater. Pour le dire crûment, Guy Laliberté s’est seulement ramassé du capital de sympathie sur le plateau de TLMEP à peu de frais (selon un barème de milliardaire) à mon avis. Et tout cela, sans vouloir dénigrer le travail qu’il fait avec One Drop, ni dénigrer la cause de l’eau. (Et ça ne serait pas bien bien gentil de ma part de ne pas ajouter qu’il donne 1% de sa fortune aux oeuvres du Cirque du Soleil : donc, à notre niveau de 100 000$, un total de 1236 $ par année.)

Ce qui me revient en tête le plus avec tout ça, c’est qu’on essaye du côté de la droite de nous faire croire que la charité et la philanthropie débarrassées des griffes fiscales étatiques sont la solution ultime pour sauver le monde. À ce compte, plus il y aura d’hyper-riches, moins il y aura de fonds injectés pour régler les divers problèmes puisque d’infimes pourcentages de fortunes immenses réussissent à émouvoir le public. Cela dit tout à fait gratuitement, sans avoir fait au préalable de recherche sur leur générosité (y’a un journaliste dans la salle pour faire cette recherche?). Mais mon petit doigt me dit que ça doit ressembler pas mal à ce que le créateur du Cirque du Soleil donne, exception faite de Bill Gates et sa fondation (quoique, en lisant sa fiche sur Wikipédia, j’ai vu qu’on fait ressortir une forte critique de la direction financière de sa fondation…).

Allez Guy, t’es capable de donner au moins un quart de ta fortune en 25 ans, il te restera encore plus d’un milliard!

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Classé dans Actualité, Renart L'Eveillé

La culture sans taxe

L’enthousiasme manifesté par certains dans les milieux culturels quant à la promesse libérale d’exempter les produits culturels québécois de la TVQ révèle la profondeur du malaise que ceux-ci traversent. Il y a nettement confusion des genres. Rappelons que les Québécois ont prouvé à maintes reprises qu’ils peuvent manifester autant d’enthousiasme envers des artistes et des œuvres d’ici que d’ailleurs, peu importe la différence dans les prix sur le marché, pour peu que cela les intéresse. Mais la cultur, est beaucoup plus qu’un chiffre de vente et c’est là où le bât blesse.

Ce qu’il y a de pervers dans l’idée de détaxer les produits culturels québécois, c’est de laisser entendre que l’industrie culturelle québécoise d’ici n’a pas tant besoin de soutien par les contribuables que de soutien par les consommateurs. Par opportunisme politique, on oublie que la culture est un objet hybride, en partie bien public qui contribue au mieux-être de la société, en partie bien privé consommable qui contribue à l’enrichissement d’une branche industrielle de cette même société.

La culture n’est pas seulement, je dirais même pas principalement, un produit «Fait au Québec» ou «Made in USA». Elle est d’abord un besoin fondamental de toute société.

Que certains artistes s’enrichissent, que certaines entreprises culturelles soient un succès qui retentit même au-delà de nos frontières, cela est excellent. Par contre, il y a des œuvres moins commercialisables ou même pas du tout commercialisables, il y a aussi des auteurs et même des artistes qui rejoignent des publics restreints, qui n’en sont pas moins essentiels.

Si l’on se fie à certains matamores, ces œuvres, ces auteurs, ces artistes, ne devraient pas être subventionnés. L’idée de rendre les produits culturels plus concurrentiels en diminuant leur prix à la caisse par rapport aux produits culturels étrangers va exactement dans la même ligne de pensée. Ce qui compte pour tout ce beau monde, c’est le chiffre d’affaires. Hors du guichet point de salut.

Stanley Paen a bien résumé, en 2005, tout le MAL à la culture qui résulte d’une telle approche : «partout, on suit le courant néolibéral, on parle de profits, d’entreprises culturelles, d’industries culturelles. (…) Le néolibéralisme objectivise tout, et la culture à ses yeux est un objet, une marchandise. Elle n’est plus aussi précieuse, un surplus d’âme ou ce qui nous définit – et ce, quoi qu’ils en disent dans leurs discours. Il faut se battre contre cette objectivation de la culture.» (Statut de l’artiste et financement de la culture.)

Les analyses sur les retombées économiques de la culture ne manquent pas. Celles sur les retombées sociales ou psychosociales sont beaucoup plus rares (un exemple de ces retombées sociales est celles qu’engendre l’ASCO, une entreprise montréalaise d’économie sociale en culture).

Si nous reconnaissions d’abord la culture comme processus de médiation, «au cœur des rapports entre les membres d’une collectivité et le monde qu’ils construisent» (Jean Caune, La médiation culturelle : une construction du lien social), peut-être pourrions-nous alors en saisir toute l’importance en tant que productrice de ce qui donne un sens à la vie en société.

Le paradoxe de la culture non commerciale qui refuse de jouer le jeu du marché, qui se veut à la limite marginale par rapport à la sphère marchande, c’est qu’elle peut contribuer à sortir des groupes et individus de la marginalité. Ce n’est pas pour rien que les travailleurs sociaux utilisent l’art dans leurs pratiques favorisant l’insertion sociale.

Même pour le «citoyen ordinaire», la réduction de la culture à sa consommation est dangereuse. Le dispositif social et technique qui peut donner lieu à la mascarade du 8 décembre prochain ne repose-t-il pas précisément sur cette culture de consommation où tout fluctue selon l’offre et la demande? Le «nouveau Charest» est sur toutes les tablettes, tandis que le Marois se vend mal et que le Dumont a l’air d’un fromage atteint de listériose que les électeurs s’apprêtent à jeter à la poubelle. Nous referions le même exercice dans six mois que cela pourrait tout aussi bien être l’inverse.

Au contraire, la culture qui se veut à la fois lieu et occasion de regard critique sur la société, est présentée comme un luxe que nous ne pouvons plus nous payer. Tellement plus nous payer que s’est en privant l’État de revenus qu’on prétend soutenir la culture. La vérité, c’est qu’elle est dangereuse.

Plusieurs artistes ont vite réalisé qu’il n’y avait pas de quoi applaudir dans la promesse libérale. Mais le MAL était fait.

Jean Caune sera parmi la trentaine d’intervenants du Canada, d’Espagne, des États-Unis, de France et de Grande-Bretagne qui convergeront vers Montréal les 4 et 5 décembre prochain, à l’occasion du 5e forum international sur l’évolution des pratiques de démocratisation de la culture au Québec et dans le monde.

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Classé dans Michel Monette