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Le paradoxe de l’étalement urbain circum-montréalais

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Le fameux Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD), proposé par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), ce regroupement des quatre-vingt-deux municipalités du territoire métropolitain, rencontre des résistances dans un certain nombre de villages d’Astérix spécifiques, comme Terrebonne et Saint-Eustache. Il est important de noter que ces résistances sont les plus vives dans le beau pays d’Ysengrimus, les Basses-Laurentides. On va essayer un peu de comprendre pourquoi. Le chef d’orchestre de la ci-devant Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), l’administration municipale montréalaise elle-même, telle qu’en elle-même, excelle dans l’art fin et pervers de se poser en dépositaire exclusif de l’angélisme planificateur, laissant les petites cornes cyniques et marchandes sur la tête des autres. L’argument angélique est donc ici le suivant, simplet et fatal. Le développement domiciliaire des villes de ceinture est un étalement urbain qui gruge et bouffe nos bonnes terres agricoles (il est hurlant d’ironie de voir le maire de Montréal se poser en champion protecteur du champ de patates fondamental de nos ancêtres, comme s’il ne voyait subitement que lui jour et nuit dans sa soupe). Les villes de ceinture, dicte toujours Montréal, doivent faire comme nous et se densifier. Le Sort de la Terre en dépend. Ah, cette bonne vieille uniformisation coloniale par alignement docile sur la “métropole”… Et pourtant Saint-Eustache n’est pas Saint-Henri, il s’en faut de beaucoup. Il y a des différences qualitatives majeures entre ces deux espaces. La densification urbaine proposée des Basses-Laurentides, c’est en fait la montréalisation d’un environnement encore en grande partie villageois, beaucoup plus intime avec la vie sauvage, et dont on détruit irrémédiablement la proximité à la nature sous prétexte de protéger des terres “agricoles” largement mythologiques… Ce qui marche pour l’île de Montréal ne vaut plus pour l’île Bigras (dont la condoisation serait une absurdité cynique totalement non écologique, bétonneuse et désastreuse).

Les citoyens des Basses-Laurentides deviennent de plus en plus remuants, sur cette question. Pas de condos dans mon microclimat fragile, disent-ils… Cessez, montréalais uniformisateurs, de prendre Deux-Montagnes, Pointe-Calumet et Saint-Eustache pour Montréal-Nord, Montréal-Est ou Repentigny… L’ignorance myope et condescendante du patrimoine historique et naturel de la ceinture nord (nord de l’île de Laval inclusivement) ne peut aucunement tenir lieu d’analyse d’urbanistique pour yuppies urbain mal renseignés sur ce qui n’est pas leur fond de cours et leur living chic. Il y a, dans cette petite résistance nordiste, l’introduction de nuances qui ne sont pas sans mérites au sein de toute cette réflexion, encore largement unilatérale. Bon, alors, allons-y, causons densification des villes de ceinture. Voyez Pointe-Calumet, petit bled lacustre de la ceinture nord, de 7,000 âmes. Le bord de l’eau, inexploitable agricolement, était constitué de semi-cloaques, viviers et frayères pour toutes sortes d’espèces d’oiseaux et de poissons inusités, le tout, proche de vieilles résidences aux terrains en semi-jachère, datant de deux générations, dans un dégradé parfaitement intégré, vernaculaire, semi-sauvage, harmonieux. Il y avait de la place entre la berge et les premières maisons, surtout après qu’on ait démoli stratégiquement les plus vieilles au bord de l’eau, graduellement, en hypocrite. Alors on a densifié, hein, on a construit intra-muros, au cœur de Pointe-Calumet, sur la bande de terre qui restait entre le vieux bled et la rive. On a tout remblayé solide et on a érigé une ligne de manoirs tocs, colossaux et affreux, aux terrains immenses, gazonnés, solidement clôturés. Vue sur la rive pour grands bourgeois ostensibles, micro-dispositif écologique désormais pulvérisé et/ou inaccessible, McManoirs comme ceux que dénoncent les montréalistes à la périphérie para-rurale des villes de ceinture, le tout défigurant désormais durablement le point de raccord d’un de nos petits villages patrimoniaux avec sa berge fragile de jadis. Adieu parc naturel et accès citadin aux berges. Bonjour villégiature privée pour néo-rupins socialement insensibles.

C’est à ce genre de densification absurde et destructrice que les maires et les mairesses de la ceinture nord, sous la pression de plus en plus militante de leurs citadins et citadines, s’objectent, attendu les particularités historiques et naturelles des Basses-Laurentides. Écoutez un peu leurs arguments. Au moins, quand la même hideur est construite à la périphérie de la ville (comme c’est partiellement le cas à Deux-Montagnes, justement, par exemple) sur du terrain vide, le patrimoine villageois du «vieux» Deux-Montagnes ou du «vieux» Pointe-Calumet, intimement implanté dans la nature et harmonisé avec ladite nature par l’histoire, est préservé. On n’écrapoutit alors que les patates hypothétiques et les carottes théoriques de l’UPA qui, d’ailleurs, notons le au passage, n’y poussent même pas, dans ce territoire périphérique… Or le fait est qu’on ne reconnaît pas et ne prend pas en compte le souci des citadins des Basses-Laurentides de protéger un patrimoine villageois. On les présente simplement, unilatéralement, comme des cyniques qui veulent servir la soupe à leurs promoteurs immobiliers locaux, en étalant sans contrôle. On leur demande alors, la bouche en cœur, en faisant bien scintiller l’auréole de son petit angélisme planificateur: «Mais si les couronnes n’acceptent pas de s’urbaniser un minimum à leur tour, où se fera le développement?». Réponse: sur l’île de Montréal de mes rêves, pardi. Une île bien gérée, avec un transport collectif efficace et du logement durablement abordable. Il reste immensément de place sur l’île de Montréal et la portion sud de l’île de Laval. Transformer Saint-Eustache, le site historique des Patriotes, avec certaines de ses maisons datant de 1780, en Ville-Legardeur-bungalow-boites-à-beurre, C’EST DÉJÀ basculer dans l’étalement pavillonnaire excessif que dénonce, ou affecte de dénoncer, la planification montréaliste qui prétend tant vouloir préserver nos belles campagnes. Il n’y a pas que des campions à parquer, il y a aussi un patrimoine historique et naturel à gérer. Alors, bon, une île densifiée, une ville densifiée, si je puis dire… Surtout que, quand elles le peuvent, Les bourgades de la ceinture nord font terriblement et implacablement leur part. Sainte-Marthes-sur-le Lac est un ancien village des Basses-Laurentides devenu, et ce, strictement de par sa densification, la ville canadienne ayant connu la plus forte croissance de sa populations dans les cinq dernières années. Ils se sont enlaidis en masse mais on peut pas leur reprocher de ne pas avoir docilement obéi aux consignes densifieuses de la CMM. Il est cependant capital de noter que, comme ce village spécifique n’engage pas des frais de démolition ruineux et garde ses taxes foncières rigoureusement basses, il se trouvera bien des montréalistes pour qualifier cette densification non destructrice et bon marché d’étalement. Comme dans tout paradoxe, ces notions sont fort élastiques.

C’est que, derrière le territorial angélique se profile le commercial cornu. Voyons la bien, la charpente du paradoxe que la CMM dicte ouvertement au bled nordiste construisant des condos. Si tu fais monter les frais domiciliaires, bravo, tu densifies. Si tu les maitiens bas, haro, tu étales! Les montréalistes disent à la ceinture nord qu’elle est un facteur d’étalement et lui impose de cerner ses limites et de se densifier. En se densifiant, la ceinture construit des gros manoirs roses aussi nombreux, aussi ruineux, inabordables et affreux qu’en sa périphérie mais, de surcroît, elle détruit sciemment du patrimoine écolo-ethnographique dans le processus et en paie les frais (refilés ensuite aux citadins). Les montréalistes mondains, avec leur sens chronique de l’écologie ajustable, se fichent bien de cela. Le but fondamental de l’administration montréalaise est de freiner la fuite vers les banlieues, pour forcer les familles à se ruiner dans des logements insulaires archi-coûteux ou exigus (à partir de deux enfants, vivre sur Montréal, soyez Crésus ou faites une croix dessus – c’est principalement des trois pièces pour yuppies sans enfants ou, plus grand, ça coûte un million). La densification que Montréal n’arrive pas à assurer adéquatement chez elle, elle l’impose aux autres pour que le cheptel (et le cheptel ici, c’est nous) refoule et cesse de fuir en direction du logement plus abordable des ceintures. Plus on y regarde avec l’attention requise et plus on constate que ce n’est pas de l’organisation urbaine qu’on exige mais bien des parts du marché immobilier domiciliaire qu’on s’arrache. Densifier dans les Basses-Laurentides, c’est obligatoirement détruire un cottage unifamilial de 1929 et le remplacer, plus à l’étroit sur son lopin, par un condominium à quatre familles où chaque famille paie plus que ne payerait l‘acheteur du cottage déglingué initial, avant de le rénover à son rythme. Il faut obligatoirement démolir des résidences encore habitables pour densifier, quand on le fait dans la ceinture nord, parce que ce sont des anciens espaces villageois qui sont investis ici, pas des parcs de stationnements défoncés, des bretelles abandonnées, des terrains vagues d’usines démolies ou des centre commerciaux en faillite. C’est pour ça que c’est surtout dans la ceinture nord qu’on crie contre le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD)…

Si Montréal voulait vraiment faire revenir la petite populace en son sein, elle subventionnerait le prix du logement non-locatif, y compris celui des condos neufs, comme dans certains pays, on subventionne le prix du pain. La ville, alors, cesserait de se vider, d’un seul coup d’un seul. Le défaut que Montréal reproche aux cabanes des municipalités de ceinture, ce n’est pas de gruger la terre agricole, c’est plutôt de coûter moins cher. Coûtant moins cher, ces cahutes de l’entre-deux-guerres grugent le marché de la consommation domiciliaire de la susdite CMM. Montréal veut que les condos neufs poussent partout et coûtent cher partout, uniformément, point final. La seule façon d’y arriver, c’est d’étrangler la fragile et délicate stratégie d’urbanisme des anciens villages des ceintures, en les accusant démagogiquement de faire de l’étalement et de menacer nos bonnes terres. L’ange montréaliste est un démon, dans cette affaire. Bien cernées dans leurs magouilles et combines d’un autre âge, les mairies des municipalités de ceinture, pour leur part, ne valent pas mieux, qui encouragent le construction condoistes coûteuse et grand-bourgeoise manoireuse sur les sites qu’elles détruisent hypocritement, intra-muros. Le démon foncier n’est pas un ange écolo, dans cette affaire. Le paradoxe de l’étalement urbain circum-montréalais, c’est celui, tout simple, de l’inversion téléologique du capitalisme commercial, devenu usuraire. Tant que le logement devra prioritairement enrichir les promoteurs et les villes plutôt que de servir de cadre pour la vie civique, on continuera de tourner en rond dans le susdit paradoxe, en bizounant durablement notre cadre de vie urbain et suburbain et en se renvoyant la balle en pleurnichant comme des tartuffes.

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Dans le «fauteuil» du citoyen citadin Jean-Pierre Bonhomme…

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Bien loger les gens; pratiquer l’art de faire des économies de service public; réunir les citoyens autour des églises et des bibliothèques déjà construites pour ne pas avoir à les dédoubler médiocrement; restreindre l’étalement des réseaux d’égouts pour mieux utiliser les ressources publiques; ramener les gens sur les trottoirs pour épargner les sols cultivables et leur permettre de se parler; réduire, pour les mêmes raison d’économie des sols, le nombre de stationnements dans les villes, voilà, justement, qui est «politique», au sens fondamental de ce terme (polis: ville), voilà qui est pratique!   (Jean-Pierre Bonhomme 1991: 6-7)

C’est une émotion très particulière et pour tout dire plutôt jouissive qui enveloppe ce à quoi je vous convie ici. Quand notre rédacteur en chef, Pierre JC Allard, m’a fait l’honneur de m’inviter à joindre Les 7 du Québec, il m’a signalé que le «fauteuil» de Jean-Pierre Bonhomme se libérait, ce vénérable collaborateur (né en 1932) prenant sa retraite après soixante ans d’une carrière journalistique bien remplie. Ce qui a commencé comme une demi-boutade entre notre rédacteur en chef et moi a pris assez subitement une vive saveur, dense, aigre-douce, un peu déroutante. Ironie et satire en cocktail intime avec solennité et respect – cocktail bien bu, assumé, savouré – on s’est dit, comme ça, pourquoi ne pas jouer la tragicomédie académique jusqu’au bout, le nouveau bateleur ès strapontin, saluant l’ancien d’un coup de bicorne senti. Dont acte.

J’ai le sentiment, en saluant ainsi monsieur Bonhomme, de poser un geste que les intellectuels québécois ne posent d’ailleurs pas assez souvent, au demeurant. Soit hagiographes lourdingues et sirupeux, soit iconoclastes courts et revêches, nos penseurs, effectivement, ratent bien souvent le rendez-vous serein et calme du modeste recul historique ordinaire, celui qui assume, avec bonhomie (c’était obligé, il fallait que je la fasse), que les années passent et que les temps changent, certes, mais aussi qu’il y a eu des gens qui, en toute simplicité, sont venus avant nous, ont coulé le trottoir que l’on foule, charpenté la vieille maison que l’on redécore. Le coup de ces géants-dont-nous-sommes-les-nains-assis-sur-les-épaules-de, ça marche très fort avec moi. C’est une question de déférence élémentaire à l’égard de ce que nous sommes… en zone racine surtout, si je puis dire, autant dire dans le soliveau. Du passé faisons table rase, certes, mais, de temps en temps sélectivement quand même, respectueusement, et en conscience. Il faut établir à ce dont on hérite un rapport d’historien, cela implique une distance critique face à toutes les fluctuations des modes car le propre de la mode, c’est de se démoder. (Bonhomme 1991: 25b). Jean-Pierre Bonhomme a des choses à nous dire sur ça aussi, entre autres.

Ils ont coulé le trottoir que l’on foule, charpenté la vieille maison que l’on redécore… je ne croyais pas si bien dire, en approchant le «fauteuil» de monsieur Bonhomme. Dans une notule biographique datant de 2005 qu’il a courtoisement déposé pour moi chez notre rédacteur en chef, on apprend de Jean-Pierre Bonhomme qu’il est détenteur d’une licence en droit de l’Université de Montréal (1956, admis au Barreau un an plus tard) et qu’il a commencé son parcours journalistique en dirigeant l’hebdomadaire l’Aquilon de la Côte Nord du Saint-Laurent. Il a été correspondant pour le journal Le Devoir au parlement fédéral (notamment pendant la Crise d’Octobre 1970) puis adjoint au directeur du Consortium de recherche sur l’eau, un organisme créé par six universités québécoises pour combattre alors la pollution des eaux. Il a ensuite dirigé la rédaction du magazine hebdomadaire du journal La Presse. Puis, à partir de 1974, il a tenu la rubrique environnement pendant une dizaine d’année au susdit journal La Presse. Cette notule biographique que je cite ici s’ouvre sur une petite phrase que nous devons tous méditer, en ce jour si fleuri et si vert, autour du «fauteuil» de monsieur Bonhomme. Jean-Pierre Bonhomme est le premier reporter permanent spécialisé en environnement au Québec. Vous, je sais pas, mais moi, personnellement je trouve que c’est quand même pas rien, ça… Rappelons, pour mémoire, que c’était pas de la petite chique de traiter des questions environnementales, dans ce temps là. Ceux qui osaient le faire se faisaient encore ostensiblement regarder comme une flopée d’étranges par les petits esprits bien en place du temps…

Dans les Cahiers de géographie du Québec, l’urbaniste Béatrice Sokoloff, auteure d’un compte-rendu de l’ouvrage de monsieur Bonhomme Regard sur l’architecture et la ville, nous fait comprendre, de lui, qu’il est un observateur citoyen de l’environnement urbain (Le discours n’est pas celui du spécialiste, mais celui d’un amateur éclairé, d’un «honnête homme», parlant au nom du «citoyen ordinaire», auquel il adresse son plaidoyer pro-urbain). J’ai donc décidé de jouer pleinement le jeu et d’aller y voir par moi-même. L’ouvrage de monsieur Bonhomme est hélas épuisé et le généreux concitoyen a eu la gentillesse d’accepter de me prêter l’unique exemplaire qu’il lui reste. On allait donc se rencontrer et je m’en félicitais. Il est bon d’apprécier une sculpture en dur, autrement que par ses dessins. (Bonhomme 1991: 30b). Je me suis donc ébranlé, comme un petit navire. Habitant les Basses-Laurentides, j’ai pris un train de banlieue assez spacieux et passablement fonctionnel et me suis rendu, en cinquante petites minutes bien chronométriques (temps de métro et de marche inclus dans le décompte), au lieu de rendez-vous urbain sympa que nous nous sommes fixés, intersection Saint Laurent et La Gauchetière. J’en ai profité pour m’adonner à un petit exercice déjà pleinement inspiré de l’esprit citoyen et citadin de monsieur Bonhomme. J’ai regardé la ville. Je l’ai observée activement plutôt que de simplement m’y mirer sans réfléchir. Débarqué en plein quartier chinois, j’ai tout de suite admiré ce que monsieur Bonhomme appelle dans ses écrits, avec une discrète ironie, les vieilles pierres (Bonhomme 1991: 143-144). Le quartier chinois est proportionné, adéquatement dimensionné, chaleureux. Les gens y éprouvent du plaisir à déambuler simplement dans les rues, sans trop savoir pourquoi (Bonhomme 1991: 33b). Les affiches des commerces y disent ce qu’elles ont à dire, y montrent ce qu’elles ont à montrer. On sent tout de suite que cet endroit a une âme. Je rencontre monsieur Bonhomme dans un petit resto modeste mais à la carte savoureuse et je cacasse avec lui d’un tas de choses, et notamment, inévitablement, de cette histoire de «fauteuil». Un sourire en coin, il me dit, mi-sourcilleux, mi-chafouin: N’allez pas parler de moi au passé. Je suis du présent pas du passé. Soudain, plus Chanteclerc qu’Ysengrimus, je flacotte de toutes mes plumes. Pas question d’aller parler au passé de l’auteur, sur Les 7 du Québec, de cinquante-cinq (55) billets sur toutes sortes de questions sociales et sociétales, et pour qui, entre autres, la préservation du visage français de Montréal est une des priorités cardinales. Jean-Pierre Bonhomme se retire mais il n’est pas parti. Il entend bien qu’on n’applique pas, à son sujet, la Politique du Vieux Mur (Bonhomme 1991: 32-33). Le temps du bilan final n’est donc pas encore venu. Qu’on se le dise et qu’on parle de lui en conséquence…

Je me suis donc résolu de continuer d’assumer la démarche pro-urbaine vivante et vive de monsieur Bonhomme plutôt que de la ruminer abstraitement… Je me suis rendu le lendemain, toujours par le train et le métro, au Carré Saint-Louis, mon officine en plein air (les espaces verts vintage au cœur du monde urbain, quelle idée somptuaire pour nous tous, penseurs et rêveurs de ville! – Une place, c’est bien cela; un lieu qui affirme la propriété commune ouverte à tous… Bonhomme 1991: 21a) et, sur un banc, devant la fontaine de ce magnifique petit parc à l’anglaise, j’ai lu l’intégralité de l’ouvrage de Jean-Pierre Bonhomme. J’y ai découvert l’œuvre d’un observateur sagace, moderniste, cohérent et lucide qui assume pleinement la ville nord-américaine tout en ne mordant pas dans ses attrape-nigaud, sa mégalomanie (ayant moi-même vécu vingt ans à Toronto, j’ai trouvé son Toronto, ou l’inhumanité du gigantisme particulièrement remarquable – Bonhomme 1991: 92b-94b), son étalement anarchique, sa démagogie prétentieuse, son facadisme (Bonhomme 1991: 32-33, 75-77) et qui ne perd jamais de vue la dimension sociale et sociétale des dispositifs architecturaux urbains. L’architecture qui élève l’âme traduit cette unité de forme qui surgit d’une fonction connue (Bonhomme 1991: 32a). Recommandation expresse donc, tant envers l’homme qu’envers l’œuvre de réflexion critique et empirique. Moi, Ysengrimus (Paul Laurendeau), le loup qui grogne sur le monde, je suis très honoré d’entrer en ce cénacle des 7 du Québec sur le sentier urbain de Jean-Pierre Bonhomme. M’établissant dans son «fauteuil», je me dis (en un petit conseil implicitement autocritique que je me murmure, comme ça) que c’est là justement le «fauteuil» de quelqu’un qui ne s’est pas assis bien souvent… Chapeau du bicorne, Jean-Pierre Bonhomme! Il y a encore amplement lieu de méditer votre remarquable sagesse observatrice.

De mon poste d’observateur, il me semble que nous ne prenons pas assez en charge notre développement territorial. Nos hommes d’affaires, nos ingénieurs agissent davantage pour faire la démonstration de leur force que pour répondre aux besoins de la collectivité. À trop vouloir faire ainsi la démonstration de leur puissance, ils font trop souvent fi de la qualité générale de notre vie. Ils brandissent leur ciment, montrent leurs douzaines de gratte-ciels comme on tient une pique. (Jean-Pierre Bonhomme 1989: 134)

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SOURCES

Bonhomme, Jean-Pierre (1989), «Quelques rêves à ranimer», Le syndrome postréférendaire, Stanké, coll. Parcours, pp 123-137.

Bonhomme, Jean-Pierre (1991), Regard sur l’architecture et la ville, Montréal, Éditions du Méridien, 173 p.

Sokoloff, Béatrice (1993), «Compte-rendu de Bonhomme, Jean-Pierre (1991), Regard sur l’architecture et la ville, Montréal, Éditions du Méridien, 173 p.», Les Cahiers de géographie du Québec, vol. 37, n° 100, 1993, pp. 144-145.

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Classé dans Actualité, Paul Laurendeau

Bonne fin d’année Québec !

Billets plus léger aujourd’hui, après ceux beaucoup plus lourds des derniers jours. C’est même un billet très «esprit de clocher» qu’on me pardonnera, je l’espère. En plus, c’est une reprise d’un billet paru le 31 décembre sur blogueurcitoyen.com. Allez, voici la suite…

Il est rare qu’on se souhaite une bonne fin d’année. Mais l’année 2008 aura été si exceptionnelle à Québec qu’elle vaut bien cette petite dérogation aux us et coutumes. Certes, tout comme l’historien Gaston Deschênes, j’aurais aimé que l’on ne subisse pas l’assaut en règle d’Ottawa sur les Fêtes du 400e et je suis très déçu du peu d’intérêt que l’on a porté à l’histoire, en particulier à celle de ces centaines de milliers d’ouvrières et ouvriers qui ont vécu avec les moyens du bord dans la Basse-Ville et les autres quartiers ouvriers. Ils ont été et demeurent les grands oubliés d’une Ville où la Haute a eu le haut du pavé.

Mais bon. On ne va pas pour autant chicaner les artisans du 400e. Je pense en particulier à Robert Lepage qui a fait une oeuvre exceptionnelle, tellement que les spectateurs en redemandaient. Québec a besoin de cette folie artistique. J’y habite depuis 1976, j’y ai donc vu plusieurs spectacles sur les Plaines, plusieurs aussi lors du Festival d’été, bien d’autres événements artistiques, mais je n’avais jamais vu quelque chose d’aussi génial. Chapeau!

Je voudrais aussi lever mon chapeau à un autre homme qui a pris des décisions cruciales dont nous profitons tous aujourd’hui : monsieur Jean-Paul L’Allier. On l’a accusé de bien des maux, il est temps aujourd’hui de lui demander pardon. Cet homme a fait un bien énorme à Québec et nous en ressentirons les effets pendant encore plusieurs décennies.

Il ne faut pas oublier non plus ceux qui ont été, dans l’ombre, les artisans de toutes ces transformations. Je n’en nommerai qu’un : monsieur Serge Filion. Pour avoir la chance de le cotoyer depuis quelques mois, je peux témoigner de son coté visionnaire et de sa grande générosité.

Serge Filion a l’habitude de poser une question que nous devons tous nous poser aujourd’hui, alors que s’écoulent les dernières heures du 400e : «fermez les yeux et imaginez Québec dans trente ans, dans quarante ans. Qu’est-ce que vous voyez?»

Il ajoutait, à l’intention des élus : «si vous ne voyez rien, c’est que vous êtes dangereux».

Québec s’est embellie considérablement depuis les années 1960. Elle doit poursuivre sur son air d’aller. Il faut, dans les prochaines années, s’atteler à la tâche d’en faire une Ville où le vélo et la marche à pied, les transports en commun non polluants aussi, auront remplacé l’automobile comme réflexe premier de déplacement. Il faut voir apparaître des quartiers verts, non pas dans une lointaine banlieue de plus en plus éloignée, mais dans tous ces espaces urbains autour des quartiers mal utilisés présentement.

Mais au-delà de cet espoir que Québec fera le choix d’un aménagement à l’échelle humaine, mon plus grand rêve pour les quarante prochaines années est acoustique : que le bruit s’efface peu à peu de notre environnement sonore au point de cesser cette agression constante dont nous sommes victimes malheureusement sans trop nous en rendre compte.

Québec la silencieuse ! Voilà le slogan que je vous laisse en guise de conclusion, non sans oublier de remercier toutes celles et ceux qui auront publié ajourd’hui un billet sur leur blogue ou sur d’autres plateformes de diffusion citoyenne.

Parce que la nouveauté des prochaines années, c’est que la parole publique n’est plus réservée à une minorité. Elle s’exprime de plus en plus. Vous en voulez un échantillon : lacapitaleblogue.com

Addendum : les billets sur la fin du 400e de Québec sont tous regroupés sur 400ans400blogues.com. Allez les lire. Ça vaut vraiment le détour.

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Classé dans Michel Monette