Encore des combats contre les Iroquois!!!

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Jacques-François de Bourchemin accoste aux pieds de la terre de son ami Lataille. Son épouse Élisabeth Disy saute du canot, ramasse un paquet qui se trouve dans la pointe de l’embarcation et prend le sentier vers la maison. Bourgchemin tire le canot sur la plage et lui emboîte le pas.

La maison est vide.

-Ils ne sont pas là? Demande Bourgchemin.

-Ils doivent être au champ; vas les chercher, je te prie.

Bourgchemin sort son pistolet de sa ceinture et tire un coup en l’air. Sa femme qui lui tournait le dos, fait volte-face et rouge de colère rugit :

-Espèce de sans cervelle! Tu va me faire mourir d’apoplexie! Ne peux-tu donc pas te servir de ton cerveau, sinon de tes jambes? C’est trop te demander de te déplacer au lieu de me tirer un coup de feu dans les oreilles?

-Madame! Contenez-vous! Vous ne devez pas employer ce langage qui ne sied pas du tout à une femme de la noblesse. Vous allez m’obliger de vous corriger et j’en serais marri.

– -De un, nous sommes seuls; et lorsque nous somme seuls, tu n’as pas l’habitude de faire tellement preuve de cette fameuse noblesse, toi-même . Et de deux, ne t’avise jamais de me « corriger »  parce que lorsque tu dormiras, je t’assomme, je te tranche les couilles et je te scalpe. Tiens toi-le pour dit!

Bourgchemin éclate de rire et rengaine son pistolet.

 -Bien dit, ma douce hirondelle; je vais chercher Lataille.

Il n’eut pas à aller très loin, le couple Lefebvre-Duclos arrivait des champs, Gabriel tenant son fusil armé et Louise portant son bébé dans un panier indien, sur son dos.

-C’est bien comme ce que je t’avais dit Louise. C’est bien Bourgchemin; et il n’aime pas marcher pour rien.

Louise ne semblait pas très contente; elle fit presqu’une génuflexion devant le jeune noble en disant :

-Votre Seigneurie nous excusera de ne pas passer nos journées près de la rivière en attendant votre visite, messire;… mais si tu t’avises encore une fois de tirer du pistolet pour signifier ton arrivée, je te fous une bastonnade que ton épée ne saura jamais parer. Tu m’as bien compris Jacques-François Hamelin de Bourgchemin… et de l’Hermitière!

-Toi, tu es bien l’amie de l’autre. Viens ici que je t’embrasse; je te promets de ne jamais répéter cela lorsque tu es enceinte. Il prend Louise dans ses bras, la soulève du sol et lui plaque deux baisers résonnants sur les joues.  

Quant à toi, Lataille, si tu avais marché comme je l’ai fait les quatre derniers mois, tu ne dirais pas un mot. J’ai apporté à boire et je te raconte tout ça lorsque nous aurons des verres. Louise, Élisabeth est à l’intérieur. Elle a très hâte de te raconter les ragots de Québec.

-Ne t’avise surtout pas de t’enivrer chez moi Monsieur de Bourgchemin; car alors, tu sais ce qui t’attend.

-Ma chère Louise!  Élisabeth surgit de l’entrée de la maison. Quel plaisir d’enfin te revoir! Les deux femmes se sautent au cou et se font la bise. Distraitement Élisabeth laisse deux verres et une bouteille sur le sol, attrape la petite Catherine dans son panier, prend Louise par le bras et les deux amies retournent dans la  maison. Il faut que je te raconte ce que Monsieur de Frontenac a fait lors de….

On ne saura jamais ce qu’a fait Frontenac, ni à quelle occasion, car la porte se referme sur les deux femmes.

Bourgchemin ramasse les deux verres et la bouteille.

-Quant on pense que cette femme sait parfaitement bien recevoir les grands de l’aristocratie française et qu’aussitôt arrivée chez des Canayens, elle redevient instantanément celle que j’adore. Viens Lataille, on va s’assoir au pied de l’arbre; j’ai un tas d’aventures à te raconter.

Jacques-François sort son épée, fait sauter le goulot de la bouteille et s’assoit après avoir rempli les deux verres.

-Je vois que tu es devenu Lieutenant. Félicitation mon ami.

-Ouais; le vieux est très satisfait de mes actions de l’hiver dernier. Ça augmente un peu ce qui tombe dans mon escarcelle; ce qui n’est pas à dédaigner.

-As-tu des difficultés financières?

-Non; pas du tout. Les pelleteries rapportent très bien et je tire mon épingle du jeu lors de mes missions.

-Dans ce cas, santé! Mon cher Jacques-François. Gabriel leva son verre et le porta à sa bouche.

– Santé Gabriel. Tu as ouï-dire de notre expédition chez les Iroquois au mois de février dernier?

-Pas vraiment; vous êtes allé dans quel coin?

-Dans la région d’Albany.

-J’ai un frère Mohawk qui vit dans cette région; j’espère qu’il n’a pas été tué.

-Toi? Un frère Mohawk? Qu’est-ce que tu me racontes là?

Et Gabriel-Nicolas lui raconte son aventure de l’année précédente avec Loup gris.

-Je n’ai pas entendu parler d’un dénommé Loup gris qui soit mort et je crois bien connaître tous les noms des chefs que nous avons tué. D’ailleurs, nos « sauvages » qui avaient promis à Frontenac de ne faire aucun quartier des Iroquois mâles durant le combat, n’ont pas voulu tenir parole et on s’est retrouvé avec un trop grand nombre  de prisonniers. Ce qui nous a causé un tas de problèmes; mais laisse-moi te raconter l’histoire à partir du début.

Le vingt-cinq janvier dernier, nous sommes parti avec 625 hommes sous les ordres de Nicolas  d’Ailleboust de Manthet, de Zacharie Robutel de La Noue et d’Augustin Le Gardeur de Courtemanche. De fameux commandants, je dois te dire.

– Oui; je les connais. Il vaut mieux être de leurs amis.

– La troupe se compose de 100 soldats, d’un bon groupe de Canayens et surtout de nos sauvages dont, entre autres, nos Iroquois du Sault St-Louis. Comme je te le disais, Frontenac avait fait promettre aux chefs sauvages de ne pas faire de quartier et de tuer tous les Iroquois ennemis, en âge de porter les armes. Ils devaient faire prisonniers les femmes et enfants pour regarnir leurs deux bourgades du Sault St-Louis.

Partis de Chambly en raquettes, nous avons fait des bivouacs, toutes les nuits, par groupes de douze ou quinze. Nous creusions la neige jusqu’au sol,  y placions des branches de sapins pour, finalement, fumer nos pipes autour d’un petit feu central. C’était un peu macabre de voir nos Canayens, le capuchon de leur capot cachant leur visage, en train de parler de choses et d’autres, la pipe  au coin de la bouche, sortant du capuchon .

Nous sommes arrivés dans le pays des Iroquois le 16 février. Personne ne s’est rendu compte de notre présence. Il y a, en tout, quatre villages Iroquois. Trois d’entre eux seulement sont près, les uns des autres. C’est ceux-là que nous visions les premiers.

Un prisonnier hollandais, nommé Jean Baptiste Van Eps, que nous avions amené avec nous de Montréal, s’est enfui pour aller prévenir les Anglais d’Albany, de notre expédition. Nous ne pouvions plus retarder et devions passer à l’action au plus vite.

Sous les ordres de De La Noue, mon groupe se charge du premier village sans rencontrer de résistance. Un quart de lieu plus loin, De Courtemanche et De Manthet réussissent également à s’emparer du deuxième retranchement. Nous avons, maintenant, tellement de prisonnier que nous les rassemblons dans l’un des deux villages et laissons De Courtemanche en prendre la garde. Nous brûlons, ensuite, l’autre village avec tous ses vivres.

La nuit du dix-huit, nous approchons du troisième village, la capitale des Iroquois. On les entend chanter la guerre, inconscients que nous sommes autour d’eux. Un de nos indiens franchit la palissade et vient nous ouvrir le portail. La bataille est intense mais très courte.  Une trentaine de Mohawks sont tués et près de 300, faits prisonniers incluant femmes et enfants. Parmi eux restent 40 Mohawks qui envisageaient de rejoindre, le lendemain, une troupe d’Onneyouths et deux cents anglais qui se proposent tous, de venir vous attaquer, ici, sur le fleuve St-Laurent.

C’est alors qu’on se rend compte que nos sauvages refusent d’exterminer les Iroquois comme ils l’ont promis. Nous avons maintenant beaucoup trop de prisonniers pour effectuer une retraite rapide. Et tous savent qu’on se lancera rapidement à notre poursuite, après ces trois coups.

Au bout de deux jours de retraite, on rencontre des éclaireurs Mohawks qui nous apprennent que les anglais sont à nos trousses, mais pas pour se battre. Ils nous affirment que la guerre contre l’Angleterre est terminée et que les Anglais veulent négocier.  Nos Iroquois du Sault St-Louis, apparentés à ceux de la région, décident de se retrancher pour attendre nos poursuivants. Ne pouvant pas nous y opposer on s’installe dans un fort en abattis.

Nous avons attendu deux jours avant qu’ils n’arrivent. Ils étaient les Onneyouths dont je t’ai parlé plus haut. Heureusement qu’ils n’avaient pas attendu les Anglais avant d’entreprendre la poursuite. Nous les avons chargé trois fois de suite avant de parvenir à percer leur ligne. Huit de nos Canayens sont tués ainsi que huit de nos sauvages. Nous avons douze blessés, dont le lieutenant Robutel de la Noue, mon commandant. L’ennemi n’a pas plus de pertes que nous, mais prend la fuite. Ils se sont contentés, ensuite, de nous suivre pendant trois jours.

Par la suite nous avons appris qu’il y avait bien une troupe de  miliciens d’Albany avec eux, sous les ordres de Peter Schuyler, mais on ne leur a jamais vu le bout du nez. Il parait qu’ils n’étaient pas assez nourris et trop faibles pour se battre.

Lorsqu’on est arrivé à la rivière Hudson, la glace ne nous supportait plus. Heureusement, nous avons pu traverser sur un embâcle un peu plus bas. Arrivés au lac Champlain on découvre que nos provisions, dans les caches, sont gâtées. Nous avons mangé du « mocassin à la sauce de lac » et quelques noisettes qu’on trouvait en grattant la neige. Certains ne peuvent aller plus loin et les autres leur font parvenir du secours dès leur arrivée à Montréal avec les prisonniers. Par la suite, après s’être nourris un peu, les retardataires retournent chacun chez eux, par petits groupes.

Nous avons, évidemment, perdu un grand nombre de prisonniers durant le trajet du retour. Nous n’en avions plus que 64 à notre arrivé à Montréal. Les prisonniers apprennent à Frontenac que les Bostonnais se préparent à attaquer Québec à l’été; mais c’est la troisième fois qu’on entend la même rengaine depuis deux ans. Ce n’est pas très inquiétant. Il semble plutôt, que les Anglais répandent ces rumeurs pour encourager les Iroquois à venir nous défier, sous la fausse impression de leur appui. Les Bostonnais ne pourront pas leurrer leurs sauvages de cette façon bien longtemps, je pense.

-Et toi, Bourgchemin; tu t’en es tiré dans quelles conditions?

-Pas trop mal. J’ai ramené Robutel de la Noue à Montréal sans trop de difficultés, mais nous étions à la limite de nos forces. Je ne pense pas qu’il restera longtemps avec les Montréaliens. Il préfère, et de loin, vivre parmi les sauvages.

Après deux semaines de repos, j’étais prêt à recommencer. Il faut dire qu’Élisabeth s’est occupée de moi et que, déjà, après une semaine de ses soins, j’aspirais à sortir de la maison pour échapper aux « remarques » d’affection de mon épouse. Juste Dieu! La bouteille est vide!  

-Viens à la maison, on va terminer avec une bonne bière d’épinette.

-Toi et ton foutu jus d’épinette!!!

Les deux amis prennent la direction de la maison.

À suivre

André Lefebvre

 

 

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