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De Victor Jara à Guantanamo : la même CIA (53) : la mascarade de Bombay

Nous avons vu hier qu’un homme, un américain, aujourd’hui en procès aux Etats-Unis est inculpé d’être responsable des attentats de Mumbaï (Bonbay). Son passé de membre de la DEA, très souvent perçue comme le paravent idéal de la CIA, n’est pas sans inquiéter, lorsque l’on cherche à établir les responsabilités réelles de l’attentat. Ici-même, nous avions noté la participation obligatoire de plusieurs Etats dans ces attentats meurtriers où il semble bien qu’on ait manipulé un groupuscule islamiste afin de provoquer une situation de crise dans la région. Phénomène sur lequel est venu se greffer un troisième larron, à savoir des fondamentalistes d’extrême droite indiens, pressés de ce débarrasser de leur bête noire de la police. Un attentat aux ramifications complexes donc, mais dans lequel la responsabilité d’un homme émerge aujourd’hui au grand jour. On s’attendrait à voir l’individu jugé dans le pays où a eu lieu le drame, sous la forme d’une procédure d’extradition qui a été refusée à l’Inde. Et c’est bien là l’une des clés aussi du problème !

C’est vrai, ça : pourquoi donc alors l’arrêter aux Etats-Unis ? Très simple, comme le relève toute la presse indienne qui ne se fait plus aucune illusion : parce qu’il est un espion américain, tout simplement ! Comme ça l’Inde, qui le réclame car elle a retrouvé les traces de ses voyages et de l’usage de ses cartes bleues, ne peut plus le faire, et ne peut plus prouver non plus la traîtrise de certains de ses services secrets, qui ont aidé manifestement au déroulement de l’attaque !!! Un individu lié à la CIA arrêté pour ne pas être extradé ? Voilà qui rappelle fortement quelqu’un ! Ali Abdul Saoud Mohamed, « un employé de la CIA ayant eu d’énormes responsabilités dans les années 80 et 90. Celle de faire monter en puissance l’organisation de Ben Laden. Celui qui lui a fourni les armes nécessaires et formé les hommes. Un employé lui aussi de Fort Bragg, puisqu’on y revient à chaque fois. Un égyptien d’origine devenu citoyen américain, et dont on a tout d’un coup effacé toute trace, à ne pas savoir ce qu’il est devenu depuis 2001″. Une technique connue de la CIA, donc ! Jeté en prison pour ne pas être interrogé ailleurs ! Et disparaître un jour discrètement des registres de la prison… comme on a pu le faire avec Abdul Saoud Mohamed, dont on est sans nouvelles depuis des années ! Non, décidément, la CIA se répète indéfiniment ! Bizarrement, aussi, note cette même presse indienne, les papiers de Headley et de Rana ont disparu subitement du Consulat Indien à Chicago !!! Plus de traces des voyages ! Qui a bien pu aller supprimer ces documents et pourquoi donc ?

Quatre mois à peine avant les attentats, il avait pourtant bien sillonné et photographié Mumbaï, on l’a vu… en repérage, insiste le journal. Toutes ses dépenses avaient été effectuées avec des cartes de crédit américaines, celles qui le condamnent aux yeux des indiens. Comme couverture, ou pour s’approcher de la synagogue de Mumbai qui sera dévastée, Headley s’était même prétendu juif en portant ostensiblement un livre, marqué « Comment prier comme un juif », précise même le rapport du FBI ! Difficile on suppose en effet d’y parvenir déguisé en islamiste pratiquant… Bref, notre homme a joué un rôle éminent dans la préparation des attentats en visitant consciencieusement toutes les cibles et en les prenant méthodiquement en photo ! C’est indéniable, comme est indéniable son passé au sein de la DEA et de la CIA ! Bien entendu, le 17 décembre 2009, Marie E. Harf, la porte-parole de la CIA déclare que « toute suggestion sur le fait que cet individu ait pu travailler pour la CIA tombe à plat »… oubliée la période DEA, envolée d’un trait de plume ! De même qu’à Chicago on ne retrouvera rien au consulat, pas la peine d’espérer un seul cm2 des archives de la CIA à se mettre sous la dent avec le nom de Daood Sayed Gilani dessus !

L’arrêter donc, pour le soustraire à la justice indienne : oui, certes, mais comment y arriver….discrètement ? Alors-là, c’est simple : il suffisait de lui trouver une excuse bidon, comme celle d’en faire un dangereux terroriste dont le FBI, bien sûr, aura déjoué les plans dangereux. Passés maîtres en la matière de déguiser ses mauvais coups en actions à saluer, la CIA va dégotter une excuse assez extraordinaire pour pouvoir garder au frais indéfiniment son propre espion pour lui éviter l’extradition indienne. Il suffit pour ça d’en faire un extrémiste musulman déchaîné qui aurait bondi sur la première occasion qui se présentait d’aller tuer quelqu’un qui aurait « sali » la religion islamique… on songe automatiquement à l’affaire des caricatures… et ce sera en effet ça qui sera choisi par la CIA comme tentative de masquage des faits. La presse annonce en effet aujourd’hui ceci  : « soupçonné par les agents fédéraux américains d’avoir planifié un attentat contre le Jyllands Posten, journal danois à l’origine des incendiaires « caricatures de Mahomet », avec son complice Tawahur Hussain Rana, un Canadien d’origine pakistanaise installé aux Etats-Unis, David Coleman Headley est depuis devenu un suspect dans l’enquête sur les attentats de Bombay qui ont fait 166 morts en novembre dernier. » Décidément, le voilà partout ! C’était donc lui aussi à Copenhague ? Or les deux personnes arrêtées pour avoir tenté la chose le 12 février 2008, sont deux ressortissants tunisiens et un Danois d’origine marocaine ! Aucun américain dans le coup à cette époque là !

Un autre homme pense lui aussi à cette thèse du complot mettant en cause une partie des services secrets indiens : c’est S. M. Mushrif, un des adjoints d’Hermant Karkare, pour qui la mort de son patron n’est pas du fait de deux terroristes islamistes comme l’enquête bâclée à pu le conclure. Dans son livre « Qui a tué Karkare » il est formel : les services secrets indiens savaient à l’avance pour Mumbaï, et n’ont rien fait pour l’empêcher de se produire ! « J’ai analysé les attentats de Bombay en profondeur. Tous les rapports qui sont disponibles suggèrent que le Bureau International (les services secrets indiens) était au courant de l’attaque au moins cinq jours à l’avance. Ils savaient tout de l’opération, le chemin que ces terroristes prenaient. Toutefois, il est étrange qu’ils n’ont passé aucune information à ce sujet à la police de Mumbai. » S. M.Mushrif va plus loin encore, en accusant un groupe politique d’être derrière l’attaque dévastatrice : « ce manque de renseignements a conduit aux attaques de Mumbai et certains groupes de droite ont tenté de profiter de la situation pour tuer Karkare ». C’est exactement la thèse que je défendais voici plus de 16 mois maintenant ! Karkare était sur le point de conclure et de prouver que les horribles et dévastateurs attentats de Malegaon du 8 septembre 2006, qui avaient semé la terreur dans des trains bondés (37 morts, 125 blessés), n’étaient en rien le fait de mouvements terroristes islamistes, mais bien celui de mouvements d’extrème droite liés au PJB ! Déjà, à l’époque, la piste du Lashkar-e-Toiba avait été évoquée. La découverte de RDX, un explosif militaire, notamment par Karkare, avait laissé supposer autre chose.

On a donc ce système à trois bandes dans cette affaire, avec un attentat préparé au Pakistan, comme j’avais déjà pu le dire, mais supervisé par la CIA et l’ISI qui ont travaillé la main dans la main sur ce sujet, la CIA se chargeant de doubler l’ISI dès qu’elle le pouvait, et sur lequel vient se greffer un groupe d’extrême droite indien, qui y voit deux espoirs : au mieux renverser le gouvernement et à minima d’éliminer son pire ennemi au passage, le chef de la police Hermant Karkare, le seul probe et l’inflexible de l’histoire. Et le symptôme évident de cette énorme emprise de la CIA sur le dossier, c’est le débarquement de toute la tête de l’establishment US juste après les attentats. Cela aussi je l’avais noté. « Bref, en moins de trois jours, on a vu trois sommités de la diplomatie US, sous l’image de doux envoyés de la paix, débouler fissa pour conjurer les indiens de ne pas chercher à savoir exactement ce qui se trame au Cachemire ou dans les zones tribales afghanes… En réalité la chasse gardée de la CIA, dans tout le secteur depuis plus de 30 ans ! Les trois rois mages de la politique extérieure US venus entonner ensemble un nouveau chant de Noël aux indiens ébahis par tant de soudaine sollicitude «  disais-je, sans même connaître le rôle, alors, de David Headley. Le pouvoir indien, miné par une frange conspirationniste de ses services spéciaux, ne peut en ce cas savoir le fond de l’histoire de Mumbai qu’en demandant l’audition d’Headley. Le schéma de son incarcération américaine est donc clair. C’est bien pour le protéger d’une extradition et de la crainte de le voir avouer son rôle au sein la CIA !

Reste l’hypothèse que soulèvent eux-mêmes les américains : David Headley aurait été un agent double, qui travaillait pour l’ISI en priorité, et qui, juste avant l’assaut, aurait cessé d’avertir les USA sur les préparatifs de l’attaque ! Encore un islamiste qui aurait été employé pendant des années par l’administration US et qui tout à coup se serait radicalisé ? Le syndrome d’Humam Khalil Abu-Mulal al-Balawi, l’agent recruté pour infiltrer Al-Qaida qui a infligé à la CIA ses plus lourdes pertes (8 agents tués) en se faisant sauter dans une caserne le 30 décembre 2009 !!! Décidément, on verse beaucoup islamiste en ce moment à la CIA. Un peut trop dirons nous. Et c’est reparti dans la presse pour les épisodes sur sa « double vie » ! Il faut bien légitimer la bascule du type de vie ! Adieu, filles, alcool drogues, voilà notre ancien dealer (20 ans de carrière minimum, sinon davantage !) sobre comme un chameau et prude comme un pape (euh, peut-être pas en ce moment !). Or cette hypothèse de la soudaine radicalisation d’Headley ne tient pas la route deux secondes : selon les deux témoins retrouvés par la chaîne de télévision anglaise, Headley ne s’était jamais présenté à eux comme islamiste ou musulman mais bien comme un « yankee », selon leurs termes, allant au MacDo… même pas halal ! Jamais devant eux, durant tout le temps où il les a croisés, il n’a montré de signe de radicalisation ou même d’islamisme. Un américain bon teint, donc, n’ayant strictement rien d’un radical religieux.

La « double vie » d’Headley découverte par Channel4 n’est donc pas une invention : mais ce n’est pas celle attendue. Il n’était en rien islamiste radical, comme les juges américains peuvent le clamer aujourd’hui, mais bel et bien agent américain de la CIA ! « Je suis convaincu Headley travaillait pour les Américains, pour le FBI, dit Rahul Bhatt, un body-builder dingue d’armes et soi-disant star de cinéma, et fils d’un grand producteur de Bollywood  » répète Channel4. C’est le fils en effet du réalisateur connu Mahesh Bhatt, prénommé Rahul. L’un des deux body-builders anciens amis de Deadley n’en démord pas en effet : « Il n’était pas, et de loin un fondamentaliste islamique d’aucune sorte. Il était, parlait et marchait…yankee, un americain à tous égards, avc un grand sens de l’humour, il était extrêmement bien informé, était sensible et c’était un bon ami. Un mec vraiment bien. C’est le David Headley que je connaissais ». Bref, tout le contraire du portrait dressé aujourd’hui dès les premières auditions de son procès, celui d’un islamiste radical ! L’homme « pas coupable » plaidant subitement coupable est bien étrange en effet ! Un deal a bien été passé avec la justice américaine ! Un de plus ! Tout raconter pour éviter la peine de mort, la belle affaire ! Le « canari » de 1998 a toujours eu la langue bien pendue !

En réalité, « l’enquête » sur le cas de David Headley a été comme d’habitude bâclée et est surtout entachée d’allégations et d’erreurs grossières de la part du FBI, qui a semble-t-il dû boucler un dossier dans l’urgence, sous les indications de la CIA. Ainsi sur l’affirmation d »un des enquêteurs, Lorenzo Benedict, du FBI, qui, pour assurer son propos sur l’implication d’Headley dans le cas des caricatures, écrit dans une note que le prix Nobel 2001, VS Naipaul est décédé, alors qu’il est toujours en vie ! Comment à partir de là croire aux sornettes d’un Headley n’ayant aucun rapport avec la CIA ? Tout le dossier est ridicule, jusqu’au nom de code utilisé par Headley pour les attaques de Mumbaï : « Mickey Mouse Project ». Ou ses prétendus mails envoyés à ses deux amis déjà décrits du type « nous vous vengerons »… ou d’autres où il aurait défendu les décapitations d’otages par les talibans. Des mails, rien d’autre : quand on sait la facilité à en fabriquer de faux… Pour les indiens, il n’y a pas : Headley était bel et bien un agent américain, et rien d’autre. Selon B. Raman, un ancien du contre-terrorisme indien du « Research and Analysis Wing« , le sentiment, en Inde, est que les Etats-Unis n’ont pas été transparents ». Complètement opaques, plutôt, dirons-nous !

L’enquête de la télévision indienne sur le cas Headley est d’une clarté exemplaire : on y interviewe le père de l’ami sur place de l’américain, on y voit les doubles de son passeport, dûment estampillés. La vérité et les mensonges de l’enquête ont été étudiés par les médias indiens et ont conclu avec force qu’Headley était bien un agent américain. Tout a été retrouvé, y compris sa visite à l’inquiétant Oshro Ashram… de Pune. A deux reprises, confirme un officiel de la police. Depuis, la secte du gourou de Prune est sous surveillance. L’intérêt pour Headley d’être allé là : fort simple. C’est un endroit fermé où la police ne met pas les pieds. L’endroit idéal pour se constituer une base arrière en cas d’attentat ! Qui irait songer dénicher des armes dans une secte dédiée à la paix et à la contemplation, où la police ne contrôle rien : le meilleur paravent existant dans le pays, sans aucun doute ! Le 13 février 2010, la bombe qui avait sauté tuant 8 personnes et en blessant 33 avait été déposé en face de l’Ashram… à côté du « Koregaon park« …

L’Oshro est un autre cas au sein même de cette affaire. C’est est un piège à post-hippies ou babas américains comme il en existe plein, et où l’argent du gourou n’a jamais eu d’odeur. Y compris celui de la CIA, qui y a vu depuis longtemps un terrain fertile, celui qui lui rappelait ses expérimentations des années 60… le point de départ financier de l’Oshro est en effet une petite secte américaine installée dans le new-jersey, le « Meditation Center » de Chidvilas. Ma Anand Sheela, sa directrice et adepte, avait eu maille à partir dans les années 80 avec le pouvoir local, empiétant régulièrement sur la constitution américaine. Il est évident qu’elle a été mise très vite sous surveillance de la CIA elle aussi, déployant un activisme et un prosélytisme douteux et jugé dangereux. Devant un tribunal un témoignage avait révélé que le groupe de Sheela avait essayé d’empoisonner les deux communautés locales en vidant des salmonelles dans des plats de restaurants ! Au final, un accord avait été passé avec le gouvernement US et Sheela était repartie libre à Pune après avoir versé 500 000 dollars aux restaurants attaqués : l’accord entre la CIA et la secte date de longtemps ! Avec la CIA, il y a toujours moyen de s’arranger.

Selon des documents découverts après-coup, l’administration Reagan, via Edwin Meese III, le “président fantôme” qui prenait les décisions à la place de Reagan, déjà sénile, avait fait surveillé le gourou Rajneesh dès 1982 ! Le 29 juillet 1983, trois bombes avaient explosé dans un hôtel de Portland : celui détenu par la secte ! A l’époque, Meese souhaitait avant tout supprimer le gourou : Dans son livre « Passage to America« , Max Brecher révèle que deux mercenaires avaient reçu de l’argent pour tuer Rajneesh. Dans deux cas, les deux individus étaient sûrs que la CIA était derrière l’offre de paiement. L’un des deux avait admis aussi travailler pour la CIA sur plusieurs opérations secrètes, dont la livraison d’armes au Nicaragua… Le fameux gourou avait de la secte sannyas été finalement arrêté dans l’Oregon, à bord d’un avion où il y avait des armes... puis relâché. Comment, pourquoi, rien n’avait filtré. Trente ans après, la secte devenue florissante en Inde sert de relais de déstabilisation de l’Inde à la CIA ! Le retour sur scène de la secte infernale ne transparait en rien dans le jugement actuel : or tout la logistique de l’attaque y réside ! Qu’a négocié le gourou (mort en 1990) avec la CIA en 1985 reste un mystère. Comme l’est aujourd’hui le fonctionnement financier de sa secte et ses liens avec l’extrême droite indienne ! Selon la presse indienne aussi, Headley aurait filmé l’entrée de la secte pour en faire un autre objectif possible d’attentat… rien n’est moins sûr quand on épluche le dossier du gourou et ses anciennes activités aux USA et de l’accord passé avec l’administration pour éviter les poursuites !

De ce coté-là, en Inde, c’est du bon travail d’investigation de la part des médias, qui osent interroger les journalistes US compétents, y compris américains : « il n’a jamais eu de problèmes pour voyager et retourner aux Etats-Unis », affirma Gerald Posner, du Daily Beast. C’est en effet un des points forts de la contre-enquête : dans un pays où la parano post WTC bat son plein, difficile de croire qu’on a pu laisser circuler aussi librement un individu d’origine pakistanaise et venant juste d’américaniser son nom ! Dans le hit parade des suspects du FBI, Headley aurait dû se situer en tête haut la main ! On ne peut dire mieux : au pays du Homeland Security, les nombreux allez-retours d’Headley sans aucun problème le confirment comme agent, obligatoirement. Il a bénéficié, c’est très clair, de passe-droits répétés ! Selon les indiens, la coopération entre services secrets US et indiens est bien en dessous de ce qu’on peut espérer avec la fameuse théorie de la « guerre au terrorisme« …. son enfermement est bien le moyen de lui éviter l’extradition, confirme un officiel indien. La fameuse « guerre au terrorisme » n’a jamais exclu la fabrication de terroristes supplémentaires, ça se se confirme avec brio aujourd’hui !

Ma conclusion de décembre 2008 sur Mumbaï était donc bien la bonne  » On est donc très loin d’une attaque suicidaire décidée à la va-vite au vu des armes utilisées : elle a été planifiée dans ces moindres détails, avec longs repérages préalables. Par des militaires et non par un obscur groupuscule islamiste. Des militaires, comme ceux disposés au sein de cette énorme base US de Tarbella installée au Pakistan même, et dont on vous a déjà parlé lors de l’attaque de l’hôtel Mariott (…) Qu’on ne me dise pas après ça que l’on ignorait tout de cette attaque, ou que les autorités indiennes n’ont pas écouté les alarmes. «  Les attentats de Mumbai sont bien l’œuvre conjointe de la CIA et de l’ISI, qui s’est fait doubler dans l’entreprise où David Headley a eu un rôle prépondérant. Le but visé était bien l’effondrement du pouvoir indien, miné par ses factions au sein même de ses services secrets défaillants. Jouer un pareil jeu dans cet endroit du monde est la preuve que la CIA est bien l’hydre incontrôlable que je vous décris ici depuis des semaines : l’éventualité d’un conflit nucléaire, ici entre l’Inde et le Pakistan ne l’effraie pas. Au contraire, elle en fomente les préparatifs. Jouer avec le feu, fut-ce t-il nucléaire ?

Cela fait plus de cinquante ans que la CIA applique les mêmes méthodes. L’islamiste de dernière minute David Headley est sacrifié sur l’autel des agents découverts et mis à l’abri des regards indiscrets, dans un deal ultime censé le faire échapper à la peine de mort. Il va rejoindre l’aide de camp de Ben Laden, Abdul Saoud Mohamed, condamné, emprisonné et depuis introuvable dans les prisons américaines. Une parodie de justice à grands renforts de dessins de prétoire où un Headley qui n’a jamais porté la barbe en porte une. Pour faire davantage islamiste, ce qu’il n’a jamais été de sa vie. De la privation de rasoir comme méthode médiatique. Les apparences sont sauves, la CIA peut continuer ses turpitudes dans le monde. A l’abri des regards indiscrets, d’autres Headley ont déjà pris la relève.

Le 19 mars, on avait en même temps l’épilogue et la conclusion de toute l’affaire. Finalement, la police indienne pourra bien lui poser quelques questions sur place, à notre prisonnier, mais ne pas l’extrader des Etats-Unis vers l’Inde : « la police indienne pourra interroger David Headley, un Américain de 49 ans inculpé aux Etats-Unis pour complicité dans les attentats de Bombay qui ont fait 166 morts en novembre 2008, a déclaré samedi à New Delhi le sous-secrétaire d’Etat américain Robert Blake. Il a en revanche jugé impossible d’extrader David Headley vers l’Inde en l’état actuel des charges retenues contre lui. Headley coopère avec les enquêteurs américains depuis son arrestation en octobre dernier ». Toute la duplicité des USA et de la CIA dans une seule déclaration : symptomatique de ce qui a été fait à Mumbaï. Sachant cela, on peut aussi, hélas, dans ce cas, repenser à ce qui s’est passé à l’hôtel Mariott, à propos duquel j’avais émis les plus vives réserves….


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Classé dans Stéphane Bouleaux

De Victor Jara à Guantanamo : la même CIA (51)

Qui dirige réellement les Etats-Unis, sommes nous tenté de dire à la fin de cette enquête : à voir en effet les louvoiements et les tergiversations de l’administration de Barack Obama, on est en droit de se poser la question. Et très vite, on va en trouver la réponse, en la personne de l’homme sans conteste le plus intelligent du lot. Et très certainement aussi le plus dangereux pour le pouvoir en place. Le secrétaire à la Défense, Robert Gates, qui a réussi à ce jour une rare prouesse, celle de réussir à travailler avec des présidents démocrates ou républicains, à force de s’être rendu indispensable aux deux. Gates est en effet incontournable depuis des années. Et pour une raison qui n’est pas due à ses seules capacités intellectuelles. Gates est tout simplement un ancien de la CIA, dont il a forgé depuis des années le portrait actuel : à savoir qu’il est particulièrement au courant de ses dérives récentes ou passées, et qu’il continue, aujourd’hui encore à en tirer les ficelles, en se heurtant chaque jour qui passe à celui nommé à la tête de l’organisation, Léon Panetta, dont on est en droit déjà de poser la question de sa place à ce poste, tant il paraît dépassé par l’ampleur de la tâche. Retour sur le deus ex machina de l’Amérique, l’homme qui possède un pouvoir immense et sait en jouer avec un réel talent, à vrai dire.

L’importance de Robert Gates se mesure à un exemple simple : lors du serment de prise de pouvoir de Barack Obama, le 20 janvier 2009, le Figaro nous ressort une énième histoire d’attentat possible, émanant de Somaliens cette fois. Une histoire plutôt vague, ressortie comme par hasard après la tentative abracadabrantesque de l’homme au slip piégé. Et au coin de cet article sentant fort le storyteller, une pépite : « Comme le veut le protocole, le remplacement du chef de l’Etat a été prévu en cas d’assassinat : le secrétaire à la Défense Robert Gates, nommé par George Bush et maintenu à son poste par Barack Obama, a été été mis à l’abri, dans un endroit tenu secret, pour succéder au président, au cas où ce dernier serait assassiné« . Le vice-président Joe Biden a dû apprécier : mais il est vrai qu’il devait aussi être sur place. Mais cette anecdote précise bien le fait indubitable que le vrai second personnage du pays, c’est bien lui. Biden, le roi de la gaffe, étant juste bon, on le sait, à poser avec des pique-assiettes ! Ce jour-là, l’homme le mieux caché des Etats-Unis était Gates ! Quant à Obama lui-même, laissons-lui le loisir au moins de découvrir les règles journalières de ce fichu protocole… En tout cas, on veille sur lui, semble-t-il… selon les infos du FSB (enfin, qui semblent en provenir !). Il est vrai qu’il vaut mieux se méfier de ce N46F.. sachant d’où il vient habituellement (« The Farm »). Ce jour-là sans trop prévenir…

Pour expliquer l’importance du personnage, il faut retourner en arrière. On a souvent historiquement relié le soutien aux Moudjahidine afghans à une date ultérieure à l’invasion russe, dont la date exacte est le 24 décembre 1979. « C’est faux« , nous apprend fort tardivement (en 2007) Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale du Président des États-Unis Jimmy Carter, de 1977 à 1981. Selon lui en effet, « c’est le 3 juillet 1979 que le président Jimmy Carter a ordonné les opérations clandestines aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul« . Selon Brzezinski toujours, et c’est plutôt une révélation, ce seraient mêmes ces actions de la CIA qui auraient déclenché l’invasion !

Historiquement, pourtant, tout le monde s’était engouffré dans ce qui était perçu comme un mensonge soviétique, qui affirmaient avoir dû intervenir en raison d’actions d’espionnage et de tentatives de déstabilisation américaine ! Il aura fallu plus de 29 ans pour que la vérité éclate ! Or qui va venir au secours de cette déclaration explosive ? Robert Gates, le « soviétologue » qui à la sortie de son livre de mémoires « From the Shadows : The Ultimate Insider’s Story of Five Presidents and How They Won the Cold War » , affirme bel et bien que « nous avons pensé à créer une légion arabe contre les Soviétiques ». L’armée de Ben Laden, chargée de saboter l’avancée russe ! En 1979, Gates est déjà la CIA depuis 13 années, et en qualité de grand spécialiste de L’URSS a été obligatoirement consulté sur la question. Cela, tous les faits le prouve, y compris notre phénomène qu’était Ali Abdul Saoud Mohamed, l’homme clé du système Ben Laden dont je vous ai conté l’incroyable histoire : un jour à Fort Bragg, le lendemain avec Ben Laden ! L’homme qui est bien une créature de la CIA (*1) !

Dans son livre, Gates prend la défense de manière inattendue de…. Jimmy Carter, affirmant qu’il avait trouvé le talon d’Achille des russes, qui n’était pas du tout d’ordre militaire : c’était la question des droits de l’homme dans le pays ! Et le magnifie, pour avoir provoqué par sa décision de les attirer par des provocations, dans le piège afghan. Automatiquement, il faut le reconnaître, cela remet doublement les pendules à l’heure : l’homme qui détient aujourd’hui les rênes du Pentagone affirme haut et clair que ce sont bien les USA qui sont à l’origine de Ben Laden, et que la guerre en Afghanistan est ingagnable, puisque c’était là, en tablant sur leur défaite, que la CIA avait attiré les russes !

Or cette opinion n’est pas du tout perçue de la même façon par Counter Punch et John Chuckman (*2) : « Si vous voulez une bouffée de la nature inévitablement bureaucratique et politique du « grand service intelligence’, allez donc chercher quelques un des mémos sur les interventions écrits par Robert Gates, qui a servi de directeur de 1991 à 1993 » écrit l’auteur. Selon le même, le gouvernement actuel de l’Irak est similaire à ceux que l’agence a installé dans les dictatures d’Amérique du Sud (on ne saurait lui donner tort à voir sa corruption endémique), et rien d’autre, et les troupes entraînées avec leur matériel fourni par les américains ont alimenté les terroristes à la base du 11 septembre, pas moins ! Et ça on ne peut le nier non plus, quand on connaît la saga d’Ali Mohamed par exemple ! Et tout cela avait un coût énorme. L’auteur finissant sa charge par un « avec tout l’argent dépensé dans la CIA pour les opérations spéciales on aurait pu rééquiper toutes les classes ou mis à jour en quelques années… » Robert Gates aurait-il une nature à tirer la couverture à lui et à s’attribuer des exploits qui n’en seraient pas ? Sans nul doute : sous des aspects charmants (c’est le préféré des journalistes car il ponctue tous ses interviews d’anecdotes et de vannes pendables), cet homme est un carnassier de grande envergure !

Car en Afghanistan, il y a une belle contradiction que relève CounterPunch : le calcul fait était biaisé, et Robert Gates, qui a participé à son élaboration s’était trompé. Les russes partis, le pays allait obligatoirement tomber dans le chaos des factions talibanes et des déchirements des chefs de guerre entre eux. C’était avoir vu à court terme, et l’auteur, John Chuckman n’est vraiment pas tendre avec Gates qu’il rend largement responsable de se fiasco. Et d’autres, qui avaient précédé. Selon Melvin Goodman qui fut membre de la CIA pendant 24 ans, Robert Gates a également fabriqué aux petits oignons une lutte reaganienne contre les russes digne de la guerre froide, avec assassinats ciblés ou opérations de contre-terrorisme. L’auteur cite la manipulation de l’auteur de la tentative d’assassinat de Jean Paul II (le 13 mai 1981) par les services secrets de l’Est (Bulgares) en exemple : c’est la digne poursuite de l’assassinat de Lumumba, et une continuité évidente chez la CIA. En 1991, lors de son audition au Senate Armed Services Committee, en qualité de DDI (« deputy director for intelligence ») 31 sénateurs démocrates lui avaient fait le reproche, comme ils avaient levé le lièvre de son implication directe dans l’Irangate. La CIA était alors sous la direction du faucon William Casey, mais Gates était là depuis longtemps. Melvin Goodman affirme surtout avoir intercepté un mémo signé Gates donnant des directives dans ce sens : or en 1983, Gates avait déclaré que les russes n’étaient absolument pas impliqués dans la tentative d’assassinat ! En citant une source de l’armée russe, alors que s’ils étaient intervenus, c’eut été via le KGB. Robert Gates en sait bien plus qu’il n’en dit dans ses mémoires ! Robert Gates a de lourds secrets derrière lui… et sa constance aux plus hautes fonctions de l’état ne peut qu’intriguer : serait-il un Hoover bis ?

Après huit mois d’attente et d’incertitudes, Obama le choisit au Pentagone, là où il est déjà depuis 2006, où il avait été nommé par G.W. Bush. Une nomination à la surprise générale ou faute de candidats compétents (ou qui ne sont pas rongés par l’ambition comme Petraeus (*3), se mettant à dos ceux qui s’y croyaient déjà, dont Petraeus, chez qui on découvrait récemment un cancer de la prostate, et qui continue à rêver de Maison Blanche, et ce, même au plus haut niveau. L’homme avait travaillé avec quatre présidents, chacun ayant loué sa malléabilité et son sens de la négociation. Le choix surprend, donc, mais on le comprend très vite : Robert Gates s’était déjà montré chaud partisan d’un changement de doctrine en armements : selon lui, les projets démarrés il y a vingt ans ne correspondaient plus aux guerres modernes. Et on ne peut que constater la chose : il a entièrement raison.

Pour le F-22 dont le premier prototype remonte à 1990, ça sonnait le glas de ses espérances….. Gates est surtout le seul à pouvoir faire passer une énorme pilule aux militaires, spécialement dans l’US Air Force ou il va se permettre de sabrer dans les grandes largeurs le programme F-22 et mettre au rencart des projets dispendieux, au grand dam de ce surpuissant lobby militaire. L’Amérique a besoin de piétaille, de drones pour assassinats ciblés, pas de merveilles technologiques inadaptées aux guerres modernes, martèle Gates depuis des années maintenant. Des avions parfois particulièrement mal pensés : le F-22 consomme trop, ne communique ni avec le sol ni avec les autres avions, ses trappes de largage sont trop petites et il faut donc créer de nouvelles bombes et de nouveaux missiles (un super plan pour vendre du matos qu’il faut construire spécialement !), des trappes se corrodent, son cockpit coince, etc. L’Air Force en demandait 482, Gates en accordera 187… et en traînant des pieds ! La Navy voulait des destroyers DDG-1000 Zumwalt partout, elle en aura 3 seulement ! Les joujoux de l’armée ne seront pas livrés aux militaires.

Or, malgré les réticences, le discours de Gates passe ! Pour quelle raison ? L’homme est fort adroit : il sabre le F-22 mais conserve le F-35 dont le programme est en train de partir en quenouille avec des prix qui grimpent et des délais qui ne pourront plus être respectés : à chacun son A-400M ! Car Robert Gates, contrairement aux apparences, doit sa place au lobby industriel lié aux armements et aux militaires. Ce qu’il reste en effet en travers de la gorge des généraux US, c’est la décision de Rumsfled de privatiser la guerre. Les mercenaires coûtent moins cher en assurance-décès, certes, mais les mercenaires sont payés des fortunes : les généraux US ont abreuvé pendant des années le Pentagone de mémos sur les énormes disparités qui fabriquent des vases communicants ne fonctionnant que dans un seul sens (les anciens militaires passent chez Blackwater en masse), où évoquent l’indiscipline chez les contractuels. Les mercenaires sont par définition incontrôlables. La base râle, et cela n’est pas bon. Or les généraux US sont aussi fidèles à leurs troupes, qu’elles défendent, ce qui n’aura jamais été le cas de Donald Rumsfeld. Qui avait aussi demandé l’abandon de l’Osprey, dont le coût faramineux de développement à nourri des milliers de familles ! Mais dont la finalité est toujours douteuse et le coût d’exploitation une tare fondamentale. Le V-22 est à lui seul un scandale.

Car Gates est surtout l’anti-Rumsfeld : les soldats américains n’avaient pas du tout apprécié ses réponses évasives et dédaigneuses sur l’équipement déplorable dont ils disposaient aux premières heures du conflit, notamment l’envoi de « kits » ridicules d’améliorations véritables galères à monter malgré la propagande officielle qui en montrait l’installation : les soldats de Rumsfeld ont payé un lourd tribu à l’impréparation chronique de leur armée. Leur amélioration n’est que bricolage. Qui ne sert à rien. Inutile d’imaginer en faire un véhicule sûr. Les Humvees à fond plat se sont révélées de véritables tombeaux pour des centaines d’entre eux. La première décision de Gates et d’augmenter la cadence d’envoi des nouveaux véhicules à fond en V, et même de poser en photo fièrement devant. Celui-là à tout compris depuis longtemps. Cet homme gère parfaitement son image : dans les revues d’aviation il se fait photographier au bord du fameux Doomsday Aircraft… le Boeing E4-B, en affirmant qu’il s’y sent comme dans son bureau. Or cet appareil singulier n’est autre que celui qui faisait des cercles au dessus du Pentagone… en étant l’avion le plus susceptible d’intercepter ou de créer les communications téléphoniques au sol… l’avion qu’utilise le plus Robert Gates survolait le désastre le 11 septembre… avec qui à bord ce jour là ? Rumsfeld était dans l’aile opposée de l’impact, au Pentagone, Cheney resté à la Maison Blanche… et G.W. Bush perdu dans le ciel de Floride. En train de recevoir une menace « le prochain sera l’ange« , le code secret de l’avion présidentiel… provenant d’où ?

Politiquement, Gates assure donc une continuité : en 1989, Gates change à peine de chapeau, il est nommé conseiller adjoint du président George Herbert Walker Bush au sein du Conseil national de sécurité où il travaille avec Condoleezza Rice. Engagé sous Reagan, apprécié par Carter, promu par Bush père… il devient en 1991 le directeur de la CIA, jusque 1993 a-t-on déjà dit. L’année où il entre en fonction, justement, les télévisions montrent les prêches anti-américains d’un jeune barbu nommé Ben Laden. L’homme vient juste d’être expulsé d’Arabie Saoudite, suite à l’invasion du Koweit et du débarquement US qui suit. Deux avant, il a fondé son organisation et créé ses camps d’entraînement avec notre « ami » Ali Mohamed ... membre éminent de la CIA, proche d’Ayman Zawahiri. L’année suivante l’ambassade du Yemen explose, en 1993 le WTC subit sa première attaque : Robert Gates est aux premières loges.. son organisation a financé les troupes de Ben Laden jusqu’au départ des russes de 1989 et bien plus tard encore : elle soutenait l’Alliance du Nord de Massoud, certes, mais gardait aussi un œil sur les talibans. Ce n’est qu’en février 1996 que les américains s’aperçoivent que cela peut être gênant, et encore : à propos de la prise de Kaboul, Madeleine Albright déclare en effet à ce moment là que « c’est un pas positif » !!! Ben Laden fait sa première déclaration anti-américaine ce jour-là… en lançant son célèbre appel à « attaquer les intérêts américains partout dans le monde « Tim Osman« , le surnom qu’il avait eu de la CIA s’est bien moqué d’eux. Ou travaille davantage avec eux. Un Ben Laden totalement « made in USA« …

En résumé, durant toute la période où Robert Gates est directeur de la CIA, Ben Laden est un de ses employés… parmi les plus efficaces ! Et Robert Gates n’est pas le seul à provenir de ce sérail de dirigeants de la CIA, toujours en train de magouiller quelque part dans le monde : le conseiller Brent Scowcroft, cet autre faucon, l’accompagne, or lui aussi provient… de la CIA, ayant travaillé depuis 1980 sous les deux William, Casey et Webster… sous les auspices du père Bush. De tous, Robert Gates est celui qui aura duré aussi longtemps que … Dick Cheney. C’est un proche en fait de Rumsfeld, alors qu’il est tout son contraire : lors des bombardements des premières heures de la guerre en 2003, il raconte que la « Maison Blanche priait et brûlait des cierges pour que Saddam soit tué. » Or, ça, pour le savoir, il fallait être auprès de Marc Garlasco… toujours aux premières loges, Robert Gates.

Alors, quand le 6 décembre dernier Robert Gates vient annoncer devant les caméras que « cela fait plusieurs années que les USA ne savent pas où est Ben Laden« , on se dit qu’il est temps, maintenant d’abaisser les masques. Le pouvoir précédent en a fait un chiffon rouge à agiter quand il le fallait : or c’était déjà Robert Gates qui tenait le fanion, et qui nous disait que c’était pour bientôt, son arrestation, pour sûr. Aujourd’hui, on se prépare à expliquer aux gens qu’on ne sait pas où il est passé, exactement comme on ignore où est passé Mohamed Ali. Avec la téléphonie, les américains ont toujours su où il était, pourtant. Maintenant qu’ils disent ne plus savoir, il ne reste que deux solutions : où ils le protègent, ou il est mort. Et ça, celui qui suit toutes les opérations spéciales le sait. Mais peut-être pas son propre président. Barack Obama a nommé l’individu le plus dangereux pour lui en espérant le contrôler. Il faut se rendre aujourd’hui à l’évidence : on ne contrôle pas la CIA. Et aux dernières nouvelles, l’homme le plus puissant de la planète prendra sa retraite dès l’année prochaine (*4) : le casse-tête de sa succession va reprendre et mettre Obama dans l’embarras, sinon en grand danger. Des attentats tortueux, on risque d’en voir apparaître d’autres dans les mois à venir (*5).

(1) « Not only was the Soviet Union already beginning to unravel during those years—again, momentous developments of which the CIA as an institution remained ignorant—but the training, money, arms, and incitement the CIA contributed to Afghan rebels virtually created the groups associated with 9/11. The CIA’s practice of bringing shadowy characters back and forth by the hundreds to the United States on visas American embassies were forced to issue without examination unquestionably helps explain how nineteen suicide-bombers entered the country on legitimate visas. The shoulder-held anti-aircraft missiles the CIA supplied wild mountain men to shoot down Soviet helicopters found their way later to various places for attacks on civilian airliners. How’s that for a return on your tax dollar ? »

(2) « Many of the CIA’s most costly operations appear successful when viewed superficially. Its operation in Afghanistan during the 1980s, where it spent billions to help drive out the Soviets, is a good example. Eventually, the Soviets left and were embarrassed by their failure, but if you examine the operation over a longer time-horizon, you see that it was in fact a catastrophic failure. If you want a whiff of the unavoidably bureaucratic and political nature of Big Intelligence, go find some of the op-ed pieces written by Robert M. Gates who served as Director from 1991 to 1993. »

(3) « Gen Petraeus, head of Central Command or Centcom of the US Armed Forces,said on Sunday that Iran could « certainly be bombed » if necessary. « The level of effect would vary with who it is that carries it out, what ordnance they have, and what capability they can bring to bear, » he said in an interview with CNN. Most significantly, Washington has also revealed that the key « bunker-buster » weapon that would be needed to destroy all Iran’s nuclear facilities, some of which are buried underneath mountainsides and in tunnels, will not be ready until the end of this year ».

(4) « Le principal collaborateur de George W. Bush recyclé dans le gouvernement Obama, le secrétaire à la Défense Robert Gates, restera à son poste au moins une année de plus, a appris l’Associated Press. »

(5) Nor can we dismiss out of hand the analysis offered by the World Socialist Web Site that the failed Christmas Day airline plot was a maneuver by extreme right-wing elements deeply embedded in the U.S. National Security State « to destabilize and undermine the Obama administration. » To this can be added Richard Wolffe’s provocative statement that factions within the secret state may have had their own « alternative agenda, » and thus failed to act.

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Classé dans Six de l'Hexagone, Stéphane Bouleaux

De Victor Jara à Guantanamo : la même CIA (50)

Et puis il y en a un à part. Un ignoré, un que l’on a quasiment effacé du circuit quand c’est devenu trop chaud pour son grade. Un employé de la CIA ayant eu d’énormes responsabilités dans les années 80 et 90. Celle de faire monter en puissance l’organisation de Ben Laden. Celui qui lui a fourni les armes nécessaires et formé les hommes. Un employé lui aussi de Fort Bragg, puisqu’on y revient à chaque fois. Un égyptien d’origine devenu citoyen américain, et dont on a tout d’un coup effacé toute trace, à ne pas savoir ce qu’il est devenu depuis 2001. Bientôt neuf années de silence, neuf années pour faire oublier les quinze années à aider un dénommé Ben Laden, véritable créature lui-même à la Frankenstein de cette fameuse CIA. L’homme qui a longtemps tiré les ficelles. Ali Abdul Saoud Mohamed, devenu Ali Mohamed, ou « Ali l’américain », celui par qui tout est arrivé.

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L’homme est resté un inconnu depuis. Car cela fait près de dix ans qu’on a perdu sa trace. Or, de toute évidence, c’est lui la clé du système Ben Laden. Ali Abdul Saoud Mohamed, l’homme le plus mystérieux de la longue saga Ben Laden. Son histoire pourrait commencer le 16 juin 1993. Ce jour là, à l’aéroport, un individu attend le débarquement à Vancouver d’un autre, appelé Essam Marzouk, qui à lui l’habitude de se balader avec un large choix de faux papiers sur lui. L’homme vient de Damas, via Francfort, et possède sur lui deux faux passeports saoudiens : ça a l’air déjà d’être une belle salade, et ça en est une : on a les trois endroits fondamentaux de l’activité de la cellule terroriste qui deviendra plus tard célèbre (huit ans après !). La Syrie, l’Allemagne et l’Arabie Saoudite !

C’est la police montée canadienne (« Royal Canadian Mounted Police » ou RCMP) qui l’arrête lors d’un banal contrôle de douanes : très vite, elle découvre que le second, interpellé en même temps que l’homme aux deux passeports, celui qui l’attendait, tout bêtement appelé « Ali Mohamed », serait un des leaders d’une organisation terroriste récente, recherchée par les USA, et qui porte le nom étrange d’Al-Qaida. L’homme est égyptien d’origine, mais se dit californien : il résiderait depuis des années aux Etats-Unis. A peine arrêté, il ordonne aux policiers de téléphoner à un numéro du FBI, à un dénommé John Zent, dont il se réclame être l’adjoint. Arrêté en fin de mâtinée, il ressort à 16H30 complètement libre des locaux de la police. Entretemps, les canadiens ont fait quelques découvertes précieuses : leur homme est bien californien, a épousé une américaine de Santa Clara, où il habite, et … il est aussi militaire, travaillant au John F. Kennedy Special Warfare Center et à Fort Bragg, la base déjà connue à l’époque où s’entraînent les Forces Spéciales US. Fichtre, ce n’est pas n’importe qui ! Sans le savoir, ils viennent de mettre à jour une des plus grandes énigmes de ces vingt dernières années.

Les autorités canadiennes ne se font donc pas prier pour relâcher le (très) gros poisson. Mais retiennent une chose : l’organisation terroriste dont ils doivent surveiller les déplacement est déjà infiltrée par le FBI : l’homme serait l’adjoint du second personnage de l’organisation. On est en 1993, et Al-Qaida a déjà revendiqué plusieurs attentats. Ceux à Aden au Yemen. à l’hôtel Movenpick Hôtel celui sur le parking du Goldmohur Hôtel. Deux ratages monumentaux : les soldats US visés étaient… dans d’autres hôtels ! Le 26 février 1993, le WTC subit une attaque à la bombe, mais elle est signée de Ramzi Yousef avec ses co-auteurs Mahmud AbouhalimaMohammad Salameh, Nidal Ayyad, Abdul Rahman Yasin et Ahmad Ajaj. Al-Qaida n’est pas alors cité. L’attaque avait été financée par Khaled Shaikh Mohammed, qui n’est autre que l’oncle de Yousef. En fait d’explosifs, dans son interrogatoire, Essam Marzouk avouera avoir vu à plusieurs reprises Ali Mohamed en transporter, notamment vers l’Afghanistan où il se rend souvent : des explosifs classiques comme des explosifs miliaires. En Afghanistan ou au Kenya, à Nairobi, où auront lieu les attentats de 1998 qui seront beaucoup plus meurtriers. En résumé, Marzouk balance aux canadiens tout le système en place : en Afghanistan il existe des camps d’entraînement, tous fournis en matériel par le FBI ou la CIA, et où Ali Mohammed joue un grand rôle. Là-bas, il s’y fait appeler « Abu Mohamed al Amriki » (« Father Mohamed the American« ), ce qui est révélateur de ces liens étroits avec les services de renseignement US. Entre temps, il infiltre une mosquée californienne déjà citée ailleurs où seront vus deux des pirates de l’air du WTC. Notre homme est en fait sur tous les fronts à la fois. Il ne cesse de voyager, à grands frais, et Marzouk l’accompagne souvent.

Selon Marzouk, décidément bien bavard (et qui ne sera détenu qu’une année), Ali Mohamed a été recruté en Egypte même en 1984, alors qu’il était membre de la partie égyptienne du Jihad Islamique, fondée par un médecin extrémiste, Ayman Zawahiri, l’adjoint direct de Ben Laden. Selon des sources avisées, il aurait aussi été un membre des services secrets égyptiens (et Ayman Zawahiri émargerait à la CIA selon eux également !). Selon Marzouk toujours, la vie de Mohamed est assez mouvementée, il est constamment entre deux vols entre Fort Bragg, où il a le statut d’instructeur, et où il fait des conférences dont certaines enregistrées en vidéo avec des militaires et des conseillers de haut rang (voir l’image fournie en bas de cet article), et les camps afghans qui lui prennent beaucoup de temps. Bref, il existe donc un homme aux Etats-Unis, à cette époque, qui se dit membre d’une organisation terroriste, qui prend régulièrement l’avion, en emportant parfois des explosifs militaires… et tout cela serait normal pour les américains ? Tout en présentant extérieurement la vie paisible d’un père de famille californien, un militaire, qui de temps à autre se rend à l’étranger muni de puissants explosifs ? On écarquille les yeux, mais il va vivre plus de dix années ainsi. Quinze, selon les renseignements que l’on possède. Certains de ses voyages le mènent à Francfort (où il débute d’ailleurs), où une cellule bien organisée existerait. On y trouve d’ailleurs un dénommé Mohammed Atta. Tous ces déplacements doivent coûter un argent fou, songe notre homme. D’où lui vient l’argent ? Ce n’est pas sa solde de militaire qui les lui permet.

Quelques années auparavant, aux Etats-Unis, en 1986, à Secaucus dans le New Jersey, une société intitulée BMI inc est constituée. Selon les papiers officiels, c’est un organisme d’entraide pour musulmans et à la fois une sorte de banque pratiquant le système bien connu maintenant de l’hawala. Un système idéal, on l’a vu, pour blanchir l’argent sale. Toute la composition de l’organisme explique la mise en place d’un véritable système. Ben Laden n’a jamais eu de problèmes d’argent, on le sait. Et pas seulement en raison de sa fortune familiale. A sa tête, on trouve Soliman Biheiri, un des banquiers des Frères Musulmans (et l’un de ses dirigeants influents, Yousuf Abdullah Al-Qaradawi). L’homme est en liaison avec une banque, l’Al Taqwa Bank, dirigée par Ghaleb Himmat et Youssef Nada, qui seront accusés après le 11 septembre d’avoir financé le terrorisme. A côté de Soliman Biheiri, se trouve Abdullah Awad bin Laden, un neveu d’Osama bin Laden, qui investira 1/2 million de dollars dans BMI… Comme couverture dans le pays, il s’occupe officiellement de la World Assembly of Muslim Youth (WAMY) une organisation de jeunes musulmans. Il y aussi Nur et Iman bin Laden, deux jeunes femmes de la famille de Ben Laden. Et également Mousa Abu Marzouk, un des leaders du Hamas ! Il y a aussi inévitablement un saoudien… milliardaire : Yassin al-Qadi, qui soutient et finance alors une compagnie d’ordinateurs appelée Ptech. Ptech a été créée par Oussama Ziade, Hussein Ibrahim et James Cerrato. Hussein Ibrahim, le vice-président de Ptech est aussi vice président de BMI ! Les vues de Ptech du marché n’ont jamais été très claires… on sent bien que la vente d’ordinateur n’est pas le but de la société.

Mais figurent aussi à la tête de BMI Saleh Kamel, dirigeant du Dallah Al-Baraka, un conglomérat de banques : c’est lui qui paiera les fausses études de deux des pirates de l’air, inscrits à la Fac mais n’y allant jamais : Khalid Almihdhar et Nawaf Alhazmi. Malgré leur jeune âge, c’était déjà des « vétérans », étant allés tous deux en Bosnie et en Tchetchénie, entre 1996 et 1998. Les deux se faisaient appeler directement par le téléphone satellite d’Osama Ben Laden. Surveillé on le sait par la CIA qui le capte et le déchiffre. Une autre partenaire influente est la Kuwait Finance House. Il y a aussi Tarek Swaidan, un koweitien associé à al-Qadi, un des leaders de la branche koweiti des Frères Musulmans. Il y a également Abdurahman Alamoudi, le dirigeant de l’American Muslim Council, qui mènera longtemps Bill Clinton en bateau avant d’avouer faire partie du Hamas (en 2004, il écopera de 23 ans de prison !). En 1994, il affirmait « non le hamas n’est pas une organisation terroriste« … ce que l’administration Clinton a cru pendant des années.

Mais aussi deux autres organisations, « The International Islamic Relief Organization » (IIRO) et la »Muslim World League », qui collectent l’argent d’organismes de charité pour le transformer en argent pour terrorisme selon la CIA. Du blanchiment d’argent pur et simple ! Selon le Financial Times, la première est en tout cas entièrement financée par le gouvernement saoudien. La banque BMI fonctionne bien : en 1992, elle dégage un chiffre de 25 millions de dollars. L’argent est brassé, mais quand elle va s’effondrer, en 1998, des gigantesques trous vont apparaître dans sa gestion. Beaucoup d’argent s’est évaporé. Comme Ben Laden, parti alors au Soudan ! Ou avec Ben Laden ? Ou via Mohamed Ali ?

En 1993 était resurgi notre phénomène : il accompagnait le très étrange périple d’Ayman al-Zawahiri aux USA (*1), alors que l’homme était recherché… sans l’être vraiment : une tournée pour rassembler des fonds pour Al-Qaida. Au vu de tous. Al-Zawahiri dormira dans la maison californienne de Mohamed, qui l’introduit partout aux USA. Selon le New-Yorker, cette visite a lieu juste après le premier attentat contre le WTC.. et personne à la CIA ou au FBI ne songera à aller arrêter le leader du Jihad Islamique en tournée professionnelle aux USA ! Aberrant ! Mieux encore : une scène assez extraordinaire va se passer.

Tout d’abord, un fait incroyable : lors de l’arrestation d’El Sayyid Nosair, un des poseurs de bombe du WTC en 1993, les inspecteurs découvrent les plans de l’immeuble chez lui. Oui, mais pas n’importe lesquels : ceux volés quelques semaines auparavant par Ali Mohamed à Fort Bragg (*2) ! L’affaire avait secoué la base en effet quelque temps avant : toute l’enquête interne avait convergé vers Mohamed… et toutes les charges avaient disparu quelques jours après, Ali ayant été totalement blanchi par un coup de baguette magique et trois coups de fil venu d’en haut. Et ce n’est pas tout : Nosair, avant de dynamiter le WTC avait été impliqué dans un autre acte grave : l’assassinat en novembre 1990 du rabbin extrémiste Martin David Kahane, plus connu sous le nom de Meir Kahane, à l’hôtel Mariott, à Manhattan. Or, quelques heures à peine auparavant, Meir Kahane discutait tranquillement avec…. Ali Mohamed ! Non, décidément, ce Mohamed-là n’est pas un gars ordinaire !

Le 14 août 1996 est une date à retenir dans cette longue naissance d’Al-Qaida : c’est le Département d’Etat US lui-même qui l’annonce : selon lui, Osama Ben Ladin, sa famille et des familles de « marchands sympathisants de le région du Golfe » ont mis sur pied parait-il « l’Islamic Salvation Foundation », ou « al-Qaida ». La première fois que le pouvoir en parle, c’est pour en faire une organisation classique appelée « La Base » !!! Le groupe, ajoute le département d’état, « a fait des centres de recrutement en Egypte, en Arabie Saoudite, pour enrôler et héberger des centaines d’arabes pour aller combattre les soviétiques. »Ce réseau est resté actif » précise la note…. qui démontre un certain embarras : Al-Qaida nous a bien aidé à lutter contre les russes, mais il a créé un « réseau » qui est resté « actif » après le départ des russes ? Ne serait-ce pas plutôt le premier texte pour préparer le public à une… trahison ??? Effectivement : dans l’original, c’est une charge très sévère contre ce réseau devenu soudainement extrémiste ! Voilà même Ben Laden bombardé du jour au lendemain dans ce texte financier de toutes les actions extrémistes ? En 1996, la première fois que les américains entendent parler de Ben Laden, c’est DEJA un monstre !

Un monstre qui a comme adjoint Ayman Zawahir, qui a pour ami « Al-Amriki, the American » ? non, là ça ne va plus du tout ! Si le public apprenait ça. Jusqu’ici, le public, malgré le WTC, dont il n’a rien su qui avait refilé les plans, n’a pas été un attentat majeur : un symbole certes, mais au nombre de victimes limités. Beaucoup de blessés (1042) mais seulement 6 tués. Avec les attentats de 1998 contre les ambassades US, on est passé à une autre dimension. 223 morts pour les deux, le public commence à réagir. Il est temps de sortir Ali Mohammed du jeu : on a découvert qu’il avait fait les repérages des deux ambassades US (*3). Ben Laden est assez détesté désormais, il est temps de rentrer les meubles… devenus trop encombrants. Il ne faut pas qu’on le trouve dans le décor, celui-là.

Le 10 Septembre 1998, en montant dans un avion pour un vol vers l’Egypte, comme d’ordinaire, dirions-nous, il est arrêté. Il est emprisonné 8 mois et passe en jugement en 1999. Selon la presse et CBS news, il avait plaidé coupable et sa sentence n’a jamais été prononcée. En prison, mais sans condamnation ? Et depuis, plus personne ne sait ce qu’il est advenu de lui. Pas un journaliste non plus pour retrouver sa famille en Californie : ce doit être loin la Californie, sans doute…aussi loin que l’Egypte ? Un an, en gros, avant le 11 septembre, où l’on va désigner Ben Laden comme auteur de tout et monstre en chef des horreurs des attentats, un de ses principaux adjoints, qui l’a aidé à devenir ce qu’il est, ou plutôt ce qu’on a fait de lui, disparaît corps et biens dans un océan de mensonges. Selon l’ agent du FBI Jack Cloonan, il était encore en prison après le 11 septembre. Selon l’auteur, qui l’aurait alors rencontré, il connaissait déjà tous les détails des attentats… Comment savait-il, Cloonan ne peut l’expliquer… Selon le procureur qui s’occupe de son inculpation, il serait « l’homme le plus dangereux qu’il m’ait été donné de rencontrer » (*4). Selon  Benjamin Weiser du New York Times il a littéralement été enterré vivant au fond d’une prison, ce que j’ai beaucoup de mal à croire (*5)…

Au même moment, en août 1998, le mossad téléphone à la CIA. Il vient d’arrêter Ihab Saqr, à la suite d’un appel téléphonique écouté de ce dernier à un iranien, qu’il doit rencontrer à Bakou. Selon leurs informations, Saqr serait l’aide de camp ou le responsable du bureau d’Ayman al-Zawahiri. Grosse prise en vue. La CIA se charge de l’arrestation. A la place de l’iranien prévu, ils tombent sur… Essam Marzouk et Ahmad Salama Mabruk. Marzouk, présenté comme l’entraîneur aux explosifs des poseurs de bombes des deux ambassades US volatilisées. Tous trois sont condamnés… en Egypte : Marzouk hérite de 15 ans de prison, Mabruk de la prison à vie, et Ihab Saqr se volatilise…. comme Mohamed Ali ! Selon la presse, l’ordinateur de Mabruk regorge d’informations sur Al-Qaida : on n’en doute pas une minute… toute l’histoire est racontée par Michael Ross dans  » The Volunteer : The Incredible True Story of an Israeli Spy on the Trail of International Terrorists » ». Les deux hommes sont bien les hommes clés (*6) de la saga Ben Laden.

J’ai comme d’avis, moi, plutôt, qu’il doit y en avoir deux, avec un nouveau visage, un surtout, en tout cas, qui se la coulent douce quelque part… loin de leur prison supposée.

(1) « He was so trusted by bin Laden that Ali was given the job of moving the Saudi “Emir” from Afghanistan to Khartoum in 1991 and then back to Jalalabad in 1996—much of that time maintaining his status as an FBI informant who worked his Bureau control agent like a mole. Mohamed twice played host to al Qaeda’s second-in-command, Dr. Ayman al-Zawahiri, who traveled to the U.S. in the 1990s to raise money for the Jihad. He used his Army vacation to hunt down elite Soviet Spetsnaz commandos in Afghanistan, and later toyed with gullible special agents in New York and San Francisco while he learned the inner workings of the FBI’s al Qaeda playbook ».

(2) « By the time this interview takes place, investigators looking into the World Trade Center bombing earlier in the year have already determined that top secret US military training manuals found in the possession of assassin El-Sayyid Nosair (see November 5, 1990) must have been stolen by Mohamed from the US army base where he had been stationed (see Spring 1993) ».

(3) « He went on to train Osama bin Laden’s personal bodyguard, and photographed the U.S. embassy in Kenya taking the surveillance pictures bin Laden himself used to target the suicide truck bomb that killed 224 and injured thousands in 1998 ».

(4) « For more than a decade and half — from the early 1980s to the late 1990s — Ali Abdelsaoud Mohamed served Osama bin Laden and Ayman al-Zawahiri as one of their highest (if not the highest) al-Qaeda operatives in the United States. During that same time period, Ali Mohamed traveled to Afghanistan, Pakistan, Sudan, and other parts of the world to provide al-Qaeda with top-level intelligence, plan terrorist events, set up liaison with the Hezbollah terrorist organization, assist in fundraising, and train al-Qaeda terrorists — including bin Laden’s personal bodyguards and even bin Laden himself. U.S. Attorney Patrick Fitzgerald, prosecutor of some of the biggest terrorist and organized-crime cases, once said of him : “This is the most dangerous man I’ve ever met.”

(5) « Next to Ramzi Yousef, the bomb maker who plotted both attacks on The Twin Towers, Mohamed remains the greatest enigma in the war on terror. Brazenly slipping past watch lists, he moved in and out of the U.S. with impunity for years, marrying an American woman, becoming a naturalized citizen, seeking top secret security clearance from a Silicon Valley defense contractor and working for the FBI while servicing the top echelons of al Qaeda. »

(*6) « The story of Ali Mohamed holds the key to the full truth about how bin Laden planned, financed, and executed the 9/11 attacks. He’s also a living witness to how the best and the brightest in the U.S. intelligence community were repeatedly outflanked for two decades, from the death of Egyptian president Anwar Sadat in 1981 through the attacks of September 11, 2001.« 

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De Victor Jara à Guantanamo : la même CIA (49)

Le grand grief fait à la CIA ces dernières années est celui de la faillite de la traque de Ben Laden. Or, à ce propos, un individu détient l’explication depuis huit ans maintenant. Dans cette saga, au milieu des cow-boys du type Philip Sessarego ou Jack Idema, mercenaires manipulés et non membres de la CIA, un homme en effet émerge : Gary Berntsen, dont l’appartenance à l’organisation de renseignement est indubitable. Et un homme qui ne raconte pas le même discours, justement, que les pantins dressés à dire la même chose que l’administration Bush. La crédibilité de Berntsen ne fait aucun doute, et ce qu’il raconte résume toute l’affaire depuis décembre 2001. La CIA, depuis le 11 septembre, a exercé l’essentiel de ses efforts à traquer un fantôme, celui de Ben Laden, qu’elle aurait très bien pu arrêter dès 2001, lors de sa fuite de Tora Bora. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait, c’est bien là tout le nœud du problème. Quel intérêt à maintenir le mythe d’un Ben Laden dirigeant le monde par bouts de papiers, privé de téléphone repérable par satellite ou Awacs selon la légende entretenue ? A quoi donc était destinée l’opération Jailbraker (les opérations, il y en a eu cinq consécutives) destinée à le capturer exactement, et quelle est la part de responsabilité de Cofer Black dans son échec ? Berntsen a un avis avisé sur le sujet, et je vous propose d’en découvrir le détail.

Tout repose en effet, à propos de Ben Laden, sur les capacités qu’avaient les services de renseignement à retrouver sa trace. Or, il est de notoriété publique aujourd’hui qu’à Tora Bora où se cachait le fugitif le plus recherché au monde (*1), il s’est bien passé d’étranges choses. On a failli l’attraper, mais failli seulement. Je vous avais même montré les clichés des recherches menées quelques temps après par des médecins légistes au cimetière jouxtant Tora Bora (il y a trois clichés en bas de cet article sur le sujet). On y avait prélevé des doigts, parait-il, sur des cadavres. Mort ou pas, Ben Laden n’était plus là en tout cas, c’était la seule constatation à faire. L’homme avait échappé à l’armée la plus puissante du monde, et aux meilleurs services de renseignement : c’était assez incompréhensible.

Selon le rapport Kerry, un document indispensable désormais, paru il y quelques semaines seulement (le 30 novembre 2009) lorsque les forces spéciales se sont approchées de Ben Laden, à Tora Bora, elles ont contacté deux personnes sur place, près de Jalalabad (*2). Haji Hazarat Ali, un chef de guerre présenté comme un despote local, ayant combattu fort jeune les soviétiques avant de rejoindre les talibans. Et de devenir lui aussi trafiquant de drogue. « Aujourd’hui, Hazrat Ali est redevenu un baron de la drogue grâce à la mansuétude des Etats-Unis, dont les soldats sont stationnés sur l’aéroport de Djalâlâbâd. Selon Françoise Chipeaux, ses diverses activités de contrebande (drogue et bois notamment) lui rapportent 60 000 € par jour » indique le Monde du 11 septembre 2003.

Le second était un autre trafiquant de drogue connu, Haji Zaman Ghamsharik, qui s’était lui exilé en France à l’arrivée des talibans, selon les ordres reçus par la CIA avec laquelle il travaillait déjà. Les deux réunissaient environ 2000 mercenaires locaux… mais ne travaillaient pas ensemble, et visiblement passaient leur temps à annoncer la présence de Ben Laden à tel ou tel endroit contre rétribution. Un système lucratif, mais qui a enlisé la traque pendant des mois. A force, les américains les ont laissé tomber tous deux : aucun n’était en fait fiable. Ils recevront cependant 4 millions de dollars pour Hazrat Ali et 2 pour Ghamsharik , nous affirme aujourd’hui la BBC. En pure perte ! (*3)

D’où provenait la certitude de la présence de Ben Laden à cet endroit ? Des prisonniers de Guantanamo, dont Awal Gul, qui s’était entraîné à l »usage des missiles Stinger US, dirigeant 10 ans de la base arrière de Jalalabad, celui qui contrôlait de fait la route désertique entre Jalalabad et Tora Bora dans les montagnes du Spinghar. Grâce à 250 hommes, appelés la « Taliban Unit Four« par les américains. Une opinion corroborée par son adjoint soudanais, Haji Jamal, qui se chargeait du ravitaillement de Ben Laden. Selon eux, une réunion s’était tenue à la mi-novembre 2001 à Jalalabad avec Ben Laden, Awal Gul et Younus Khalis (ici en 1985) et son fils Mujahid, l’ancien directeur de l’Islamic institute, siège officiel des talibans. Un ancien allié des USA pendant la guerre contre les soviétiques. On possède un superbe cliché de Younus Khalis, reconnaissable à sa barbe rousse, avec Ronald Reagan montrant que pendant longtemps il a été l’allié du système. Pris à la Maison Blanche elle-même ! Les 12 et 13 novembre, ce sont les membres de la famille Khalis qui auraient organisé la première fuite de Ben Laden vers Tora Bora. Selon l’intelligence US, 100 000 dollars auraient été versés par Ben Laden pour son « déménagement » et sa sécurité : pour l’apprendre il fallait des fuites, prouvant que la famille Khalis était toujours en contact direct avec l’organisation. Selon Peter Bergen, le dernier américain à avoir interrogé Ben Laden, ce dernier avait avec lui entre 1 000 et 1 500 soldats ou gardes du corps avec lui. Selon le yéménite Ayman Saeed Abdullah Batarfi, ils n’auraient été que 200, pas plus.

On peut raisonnablement penser que le moindre des satellites a dû voir ce mouvement de troupes, petite ou importante, même de nuit… une opinion confirmée par l’ambassadeur Crumpton, qui fera un rapport détaillé, images satellites à l’appui, sur l’arrivée de Ben Laden à Tora Bora à la Maison Blanche. Selon l’auteur Peter Suskind, lors de l’entretien, Bush aurait demandé  » peut-on avoir confiance dans les troupes afghanes sur place » ? Et Crumpton lui aurait répondu « en aucun cas, Mr le président, en aucun cas » (*4). Selon Suskind toujours, derrière eux se tenait un Dick Cheney étrangement silencieux, qui ne posera aucune question à Crumpton. Quand CNN fera en 2006 une émission sur la traque de Ben Laden... elle omettra de préciser que les USA avaient refusé d’envoyer davantage de troupes pour le capturer…. la propagande Bushienne avait alors fait son travail de sape.

Il n’y a donc que le général Tommy Franks, alors, pour ne pas savoir où se cache Ben Laden ! Alors que son plus proche adjoint, le Général DeLong, est persuadé de savoir où (*5) ! A peine arrivé sur place en décembre, les hommes de Gary Berntsen, très bien renseignés par la CIA, qui sait où se cache le fugitif, convergent tout de suite vers Tora Bora. Mais atterrissent à Kandahar d’abord, à la surprise générale. Pourquoi, nul ne le sait à ce jour. En demandant cependant le maximum d’hommes disponibles, à Kaboul, au Major Général Dell Dailey, le commandant des forces spéciales en Afghanistan à ce moment-là. Berntsen a reçu l’ordre de sa hiérarchie à la CIA (Cofer Black) de supprimer Ben Laden, et de ne pas même chercher à le capturer. Selon lui, c’est plutôt Haji Zaman Ghamsharik qui trahira leur confiance en laissant échapper Ben Laden entre deux bombardements intensifs, pendant un cessez-le-feu négocié par Ghamsharik en personne. Selon la BBC, c’est fort récent, Ghamsharik était aussi un agent du MI6, payé également par les anglais, ce qui peut s’entendre, l’homme ayant séjourné en France dans les années qui avaient précédées.

Selon le rapport Kerry, c’est bien Haji Zaman Ghamsharik en effet qui aurait laissé entendre un faux cessez-le-feu pendant lequel Ben Laden se serait échappé. Un appel radio datant du 11 décembre de Ben Laden aurait été intercepté par Ghamsharik donnant l’ordre à ses hommes de se rendre… un appel indiqué avoir été entendu également par Dalton Fury (un pseudo d’un responsable des forces spéciales), un autre homme de l’ombre interviewé par 60 minutes. Deux jours avant, les américains avaient lancé une des dernières Daisy Cutter qui leur restait au dessus de Tora Bora… enfin, juste à côté. L’explosion avait été abondamment filmée, et avait fait à vrai dire dans le démonstratif. Des mines Gator avaient été prévues mais ne furent pas utilisées. Or elles auraient été bien plus efficaces pour empêcher Ben Laden de s’échapper (*6) ! Quelque chose cloche dans le scénario, et dans l’attitude de Ghamsharik…

Car je vous ai déjà dit ici comment les bombardiers américains avaient signalé qu’ils ne bombarderaient pas durant la période : en traçant des huit dans le ciel au lieu de leurs ronds habituels, Ils indiqueraient la reprise des bombardements. Alors que les commandos de Berntsen ne demandent qu’ à se mettre en mouvement pour saisir Ben Laden.. le huit va apparaître dans le ciel, et Franks téléphoner juste avant à Berntsen pour lui dire d’annuler l’opération : l’ordre vient de Donald Rumsfeld en personne, via Cofer Black. Selon la BBC, c’est une révélation du jour, l’ensemble des opérations de Tora Bora était aussi supervisée par le chef des opérations de la CIA en afghanistan… or la BBC, sans hésiter, le désigne comme étant l’ambassadeur itinérant en Afghanistan Hank Crumpton ! Je vous ai toujours dit ici que les ambassadeurs US ne servent qu’à cela ! Encore une fois, comme en Albanie avec le dépôt d’armes de Gerdec où se servait le jeune Diveroli, et où l’ambassadeur avait été pris la main dans le sac, ça se confirme ! « Ambassadeur de la mort », titre à son propos un blog, en fournissant un très intéressant cliché qui ouvre ce dossier : celle du fameux Crumpton… posant dans une tenue plus décontracté que le costume habituel d’ambassadeur devant un superbe Mil-Mi8, un de ces fameux hélicoptères servant aux opérations douteuses… visiblement dénué de toute marque de reconnaissance. L’appareil qui venait de débarquer de Russie en décembre 2001… et dont je vous avais parlé ici-même en détail. Qu’est-il allé exactement faire à bord de cet appareil discret s’il en est ? Apporter les habituels dollars ? Et repartir avec l’opium ?

Un mensonge est en marche donc. Quelqu’un n’a pas voulu qu’on se saisisse de Ben Laden à ce moment là. Le sachant condamné médicalement, peut-être, ou pouvant aider la campagne électorale de 2004 s’il était encore vivant. Et c’est justement à quoi va s’occuper le général Tommy Franks, justement ! Le 14 juillet 2004, en pleine campagne électorale, en effet une fuite du New-York-Times risque d’embarrasser G.W. Bush. Elle affirme qu’un prisonnier de Guantanamo a vu partir en catimini Ben Laden de Tora Bora : c’est bien entendu Awal Gul qui le dit. Et ses précisions sont telles qu’il est estimé fort crédible. L’effet risque d’être désastreux pour Bush… si on apprend qu’on a sciemment laissé partir Ben Laden, alors que depuis trois ans, les américains en mangent, du Ben Laden, matin, midi et soir, et que leur bon président a même affirmé devant les caméras le ramener « mort ou vif’. C’est donc Tommy Franks qui est envoyé au créneau, pour débiter un énorme mensonge de plus. « Nous ne savions pas si Mr Ben Laden était oui ou non à Tora Bora en décembre 2001. Selon certaines sources de renseignements, il était indiqué qu’il était au Pakistan à ce moment là », énonce sans broncher le général fantôche, toujours aux ordres de ses anciens supérieurs (il a à ce moment là quitté l’armée pour faire campagne pour G.W.Bush). L’honneur du président est sauf, et personne n’aura connaissance de l’ordre reçu par Berntsen de ne pas intervenir. Un ordre venu via Cofer Black, le responsable de l’opération appelée JailBraker, qui consistait carrément à assassiner Ben Laden à Tora Bora.

Crumpton a joué bien d’autres rôles (*7 ) : au sein de la commission du 11 septembre, c’est lui le fameux « Mr Henry » qui pressait tant parait-il le gouvernement d’intervenir en Afghanistan avant que ce ne se produise le 11 septembre ! incroyable aveu du Washington Post du 12 septembre 2005 ! L’homme qui aurait « traqué » Ben Laden à Tora Bora (et le laisser fuir !) aurait été celui dont les rapports alarmants n’auraient pas été écoutés ? Quelque chose cloche là ! L’homme aurait joint la CIA dès 1981, un « vieux rêve d’enfant accompli » selon lui, et aurait plongé très vite en 1988 dans le contre-terrorisme en étudiant les attaques contre les ambassades US cette année-là, aurait donc découvert très vite à qui il avait affaire… et l’aurait laissé filé lui aussi ?

Dans un bon nombre d’articles, il était celui qui montrait la stratégie à suivre pour capturer Ben Laden, souvent de façon assez directive, sur et certain de l’attraper un jour. A chaque fois en présence de G.W. Bush et de l’inévitable Dick Cheney. Qui a bien pu prévenir Rumsfeld et Cofer Black que Ben Laden, qui était sur le point d’être rejoint, ne devait pas être arrêté ou tué ? On sait que c’est Cofer Black en personne qui avait poussé à l’assassinat ciblé, comme une rodomontade. Qui a fait d’un agent de la CIA faisant des rapports de la plus haute importance question sécurité, au président des Etats-Unis, son véritable jouet ? En lui laissant dire tout ce qu’il pouvait savoir sur la position du fugitif le plus recherché au monde ?

Personnellement je ne me pose plus trop de questions sur celui qui alimentait ou induisait en erreur la CIA dans ce pays, ou qui la manipulait ouvertement. On peut reprendre le problème par n’importe quel bout, on retombe toujours sur le même. Celui qui a utilisé les dires d’un prisonnier devenu fou à force de tortures pour arriver à ses fins . Le cas d’Abu Zubaydah est très significatif de la duplicité de Dick Cheney, prêt à tout pour arriver à ses fins : présenté comme un « top leader » d’Al-Quaida, ce n’était qu’un pâle lampiste, affirme Suskind. Rendu complètement fou, de surcroît. C’est aussi semble-t-il l’avis de Michael Scheuer, chef à la CIA de 1995 à 1999 et qui parle d’un vice-président « invisible », mais venant très régulièrement glaner des informations au sein de la CIA. Pour en faire quoi, sinon à sa guise, avec les éléments de la CIA qui lui étaient restés fidèles ? Qui a tiré les (grosses) ficelles à Tora Bora ? Qui a mené tout le monde en bateau en plein désert ? Un seul nom vient sur les lèvres. celui de Dick Cheney.

(1) « In the concluding passage assessing the battle of Tora Bora, the historians from the Special Operations Command wrote : ‘‘What has since been determined with reasonable certainty was that UBL was indeed at Tora Bora in December 2001. All source reporting cor- roborated his presence on several days from 9-14 December. The fact that SOF (special operations forces) came as close to capture or killing UBL as U.S. forces have to date makes Tora Bora a con- troversial fight. Given the commitment of fewer than 100 American personnel, U.S. forces provide unable to block egress routes from Tora Bora south into Pakistan, the route that UBL most likely took.’’

(2) « In the aftermath of bin Laden’s escape, there were accusations that militiamen working for the two warlords hired by the CIA to get him had helped the Al Qaeda leader cross into Pakistan. Mi- chael Scheuer, who spent 15 years working on Afghanistan at the CIA and at one point headed the agency’s bin Laden task force, was sharply critical of the war plan from the start because of its reliance on Afghan allies of dubious loyalty. ‘‘Everyone who was cognizant of how Afghan operations worked would have told Mr. Tenet that he was nuts,’’ Scheuer said later. ‘‘And as it turned out, he was. … The people we bought, the people Mr. Tenet said we would own, let Osama bin Laden escape from Tora Bora in eastern Afghanistan into Pakistan.’’

 » Military and intelligence officers at Tora Bora have provided ample evidence that bin Laden was there. Al Qaeda detainees have maintained that he was there. And the Pentagon’s own summary of evidence in the case against a former senior jihadi commander at Guantanamo Bay concluded the detainee helped bin Laden es- cape. But the most authoritative and definitive unclassified govern- ment document on bin Laden’s location in December 2001 is the of- ficial history of the United States Special Operations Command. »

(3) « Bin Laden himself later acknowledged that he was at Tora Bora, boasting about how he and Zawahiri survived the heavy bombing along with 300 fighters before escaping. ‘‘The bombardment was round-the-clock and the warplanes continued to fly over us day and night,’’ he said in an audio tape released on February 11, 2003. ‘‘Planes poured their lava on us, particularly after accomplishing their main missions in Afghanistan.’’

(4) « In the aftermath of bin Laden’s escape, there were accusations that militiamen working for the two warlords hired by the CIA to get him had helped the Al Qaeda leader cross into Pakistan. Mi- chael Scheuer, who spent 15 years working on Afghanistan at the CIA and at one point headed the agency’s bin Laden task force, was sharply critical of the war plan from the start because of its reliance on Afghan allies of dubious loyalty. ‘‘Everyone who was cognizant of how Afghan operations worked would have told Mr. Tenet that he was nuts,’’ Scheuer said later. ‘‘And as it turned out, he was. … The people we bought, the people Mr. Tenet said we would own, let Osama bin Laden escape from Tora Bora in eastern Afghanistan into Pakistan.’’

(5 ) « Franks’ second-in-command during the war, General DeLong, was convinced that bin Laden was at Tora Bora. In his memoir, In- side CentCom, DeLong described the massive, three-week bombing campaign aimed at killing Al Qaeda fighters in their caves at Tora Bora. ‘‘We were hot on Osama bin Laden’s trail,’’ he wrote. ‘‘He was definitely there when we hit the caves. Every day during the bomb- ing, Rumsfeld asked me, ‘Did we get him ? Did we get him ?’ I would have to answer that we didn’t know.’’ The retired general said that intelligence suggested bin Laden had been wounded during the bombings before he escaped to Pakistan, a conclusion reached by numerous journalists, too (…) DeLong amplified the reasons for not sending American troops after bin Laden. ‘‘The real reason we didn’t go in with U.S. troops was that we hadn’t had the election yet,’’ he said in the staff inter- view, a reference to the installation of Hamid Karzai as the interim leader of Afghanistan. ‘‘We didn’t want to have U.S. forces fighting before Karzai was in power. We wanted to create a stable country and that was more important than going after bin Laden at the time.’’

(6) « In his memoir, At the Center of the Storm, former CIA Director Tenet said it was evident from the start that aerial bombing would not be enough to get bin Laden at Tora Bora. Troops needed to be in the caves themselves, he wrote, but the Afghan militiamen were ‘‘distinctly reluctant’’ to put themselves in harm’s way and there were not enough Americans on the scene. He said that senior CIA officials lobbied hard for inserting U.S. troops. Henry Crumpton, the head of special operations for the CIA’s counterterrorism oper- ation and chief of its Afghan strategy, made direct requests to Franks. Crumpton had told him that the back door to Pakistan was open and urged Franks to move more than 1,000 Marines who had set up a base near Kandahar to Tora Bora to block escape routes. But the CentCom commander rejected the idea, saying it would take weeks to get a large enough U.S. contingent on the scene and bin Laden might disappear in the meantime. »

(*7) « He is the mysterious « Henry » in the Sept. 11 commission report, which notes he persistently pressed the CIA to do more in Afghanistan before Osama bin Laden’s terrorist spectaculars. Two key proposals to track al Qaeda were turned down. »

le document indispensable, dont je recommande fortement la lecture est ici :

http://foreign.senate.gov/imo/media…

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De Victor Jara à Guantanamo : la même CIA (48)

Quand on pense CIA, on pense un peu trop opérations spéciales et armes du même acabit. C’est la vision James Bond de la chose. En réalité, l’essentiel du travail de la CIA repose au départ, historiquement, dans la recherche du renseignement…. et dans sa fabrication, au cas où le discours gouvernemental n’arriverait pas à convaincre. Or, dans le genre, le gouvernement de G.W.Bush est celui qui a fait le plus fort, en arrosant les médias de fausses informations et en faisant envahir les plateaux télévisions par certains de ses envoyés, pour la plupart recrutés chez les militaires en retraite. La plupart des fuites provenant de la CIA. Un ouvrage fondamental a exposé les divers exemples de cette emprise des esprits que n’aurait pas renié un Richard Nixon. Un journaliste, à l’époque, déjà, avait révélé que la CIA avait envahi plus de 400 publications papier pour rendre une guerre du Viet-Nam présentable à ses concitoyens. Depuis, le phénomène a tout simplement empiré, avec la création d’une chaîne de télévision comme relais direct de la parole bushienne : Fox News, bien entendu, et ses présentateurs aux propos eugénistes

L’ouvrage de référence sur les manipulations médiatiques de W.Bush est « Une arme de dissuasion massive« , de Sheldon Rampton et John Stauber, paru en France chez Le Pré aux Clercs, en février 2004 (qui ont aussi écrit le remarquable « ’Industrie du mensonge : Lobbying, communication, publicité et médias « ). Un ouvrage fondamental (intitulé « Weapons of mass deception » aux USA) pour comprendre et évaluer le degré de manipulation des médias US obtenu par l’équipe de G.W.Bush. Des « experts », tous anciens militaires républicains invités à outrance par Fox News en passant par des furies d’extrême droite telle qu’Ann Coulter, (pour qui Obama est à « demi-noir » et qui ne mérite que des tartes) toutes les manigances y sont décrites. Un détournement tel qu’on ne s’étonne pas d’y voir des fêlés notoires comme Jack Idema ou Cafasso (voir épisodes précédents) venir des soirées entières tenir le micro pour y raconter mensonge sur mensonge avec un aplomb incroyable. Que ce soit pour les thèmes abordés ou la nature même des invités, la CIA s’est beaucoup activée derrière avec ses équipes spécialisées de désinformation. Les médias on été littéralement pris d’assaut par le pouvoir, notamment pendant les années 2001 et 2002, ou malgré les évidences apparues très vite, on a continué à vendre pendant des années la théorie des armes de destruction massives, sans jamais bien entendu apporter de démenti ou faire de mea culpa après.

Historiquement, les manipulations ont démarré avec l’opération Mockingbird (*1) qui a duré de 1950 à 1970, et dans laquelle la CIA a payé des journalistes du Time, du Washington Post, du New York Times, de CBS pour publier sa propagande. Une opération dénoncée tardivement par un des plombiers du Wategate, E. Howard Hunt et par des livres dont l’excellent « The Mighty Wurlitzer : How the CIA Played America » signé Hugh Wilford, sorti en 2008. La CIA vie comme un « jukebox » de l’ère Presley, délivrant ses chansonnettes à la population, excellente image ! A la même époque, la CIA va aussi permettre la réalisation du dessin animé « Animal Farm » basé sur le texte de Gerorges Orwell ! Et cette fois encore, on va l’apprendre pendant les auditions du rapport Church en 1976, très certainement le plus grand événement de l’histoire de la CIA, la première fois où les américains voient ses turpitudes exposées.

A peine le rapport Church rédigé et imprimé… elle recommence, ce qui aboutit d’une certaine manière au concept de « guerre vendue« , ou plutôt fourguée, comme on vend des savonnettes avec un « teasing » préalable à la télévision. Cette fois, ce sera un teasing anti-Saddam, savamment orchestré. Selon William Colby, ancien directeur de la CIA, c’était donc simple, car en effet : « la CIA contrôle tous ceux qui ont une importance dans les principaux médias. » Quitte à en devenir même franchement cynique : en 1981 ; William Casey dira sans même sourciller que « nous savons quand notre programme de désinformation est complet : quand tout ce que croit le public américain est faux ».’ Selon Deborah Davis encore, dans son ouvrage « Katherine The Great »(Sheridan Square Press, 1991) un agent de la CIA aurait résumé ainsi la situation il y a vingt ans environ : à l’époque, parait-il, « on trouvait des journalistes pour moins cher qu’une bonne call-girl, pour deux cents dollars par mois. » Vingt ans plus tard les tarifs ont augmenté , mais le principe est toujours le même : certains jouent effectivement les prostitués de l’information.

Pour « vendre au grand public » le renversement de Saddam Hussein, la CIA va tout d’abord s’approprier les services d’une agence de communication, le Rendon Group, l’officine des coups douteux de John Rendon, payée à prix d’or (un des employés touchera jusqu’à 22000 dollars par mois et la firme y gagnera 23 millions de dollars !), dont le rôle consistera à raconter des histoires fausses dans la presse. C’est un des fameux « storytellers ». La plus belle en 1990 déjà, lors de la guerre du Golfe, avec l’histoire larmoyante de la pauvre Nayirah, 15 ans, qui témoignera avoir vu des bébés koweitiens jetés en bas de leur couveuses dans un hôpital, lors de l’invasion irakienne : un énorme bobard, élaboré par l’agence Hill & Knowlton, employée par l’association « Citizens for a Free Kuwait » dirigée en sous-main par la CIA. La pauvre petite Nayirah, cette « inconnue », qui avait tant fait pleurer dans les chaumières, était en réalité Nayirah al-Sabah, la fille de Saud bin Nasir Al-Sabah, l’ambassadeur du Kuwait aux USA !

Ça ou présenter les choses avec emphase, comme ces petits koweitis si heureux d’être délivrés, agitant des petits drapeaux à l’arrivée des américains… lors de la première guerre du Golfe, « spontanément » et distribués par les hommes de la CIA dix minutes avant l’arrivée des caméras. Le Rendon Group financera aussi une radio anti-saddam, qui ne fera pas dans la dentelle, en se moquant de sa moustache…alors que la majorité des hommes, en irak, en portent une ! En 2004, le Rendon Group sera chargé en Afghanistan de redorer l’image de marque d’Amid Karzaï. Au vu de ses résultats, on peut dire que les 3,9 millions de dollars qui ont été investis n’ont pas servi à grand-chose, car Karzaï porte toujours un sacré bonnet de corrompu !

Pour s’apercevoir de la présence des sbires de Rendon, il faudra attendre un évènement fortuit : le décès d’un… cameraman, envoyé en Irak. Mais pas pour filmer nécessairement, nous rappellent Rampton et Stauber dans le livre cité : : »Le 23 mars 2003, Paul Moran, un cameraman travaillant pour la chaîne Australian Broadcasting Corporation (ABC), est tué dans l’explosion d’un taxi piégé au Kurdistan irakien (nord de l’Irak). Sa nécrologie, publiée dans sa ville natale d’Adélaïde, dévoila que les activités de Moran « nécessitaient aussi un travail pour une société de relations publiques américaine engagée par la CIA afin de diriger des campagnes de propagande contre la dictature en place. (…) Le fondateur de la société, John Rendon, a pris un avion en provenance des Etats‑Unis pour assister aux obsèques de M. Moran à Adélaïde, mercredi. Un ami proche, Rob Buchan, a souligné que la présence de M. Rendon ‑ un conseiller de l’US National Security Council ‑témoignait du respect dans lequel M. Moran était tenu dans les cercles politiques américains, y compris au Congres ». Les fameux journalistes « embedded » prennent une autre tournure avec cet exemple !

L’histoire va devenir un peu plus élaborée, et le rôle de Rendon s’affirmer davantage quand on va enrôler un individu qui sera vite autoproclamé futur président ou premier ministre d’un Irak « de-saddamisé ». Ahmed Chalabi, ce Le « Janos Kadar de l’Irak » (« Qui n’est pas contre nous est avec nous » avait dit un jour Kadar), l’homme qui va vendre le concept de guerre obligatoire, comme l’a si bien décrit Aram Roston dans son pamphlet « The Man Who Pushed America to War« . Chalabi, un fat intriguant manipulé par Richard Pearle, rencontré en 1985 (un autre intriguant que ce « fouteur de guerre »), Chalabi, celui qui avait volé 70 millions de dollars à sa propre banque jordanienne (la Banque Petra). Un escroc arriviste (*2), tout simplement, devenu dans la bouche des complotistes de l’équipe Bush (et de la CIA) le meilleur candidat à la succession de Saddam ! Après la Banque Pétra, on le retrouvera au sein de la non moins fameuse BCCI. C’est dire ses penchants naturels ! Protégé déjà sous l’ère Clinton par James Woolsey, directeur de la CIA à cette époque, Chalabi a bénéficié très tôt d’entrées à la Maison Blanche. Des entrées qu’il possède grâce à sa vieille amitié avec Albert Wohlstetter (le premier des néo-cons ?), l’un des grands théoriciens de la bombe atomique US, au sein de la fameuse Rand Corporation… et un ultra-conservateur comme on n’en fait plus. Lors de son échappée rocambolesque de Jordanie (dans un coffre de voiture !), Chalabi avait confié son cas à un avocat un peu spécial : c’était Casper Weinberger, conseiller à la présidence, celui qui influencera Reagan sur le concept de « guerre des étoiles »… et se mouillera jusqu’au coup dans « l’iran-contra affair ». Pour rendre sa candidature un peu plus crédible, la CIA va lui fabriquer un « Conseil National Irakien« , une réunion d’expatriés autoproclamés gouvernement en exil, qui recevra pas moins de 12 millions de dollars de la part de CIA entre 1992 et 1996.

Chalabi sera perçu comme un investissement à long terme par la CIA. Résultat, au total, on pense qu’elle a investi pas loin de 100 millions de dollars dans le personnage. Pour convaincre, il voyage beaucoup et va même vendre son rôle de futur interlocuteur à Tel -Aviv, où il effectue devant le « Jewish Institute for National Security Affairs » (JINSA), le Le 2 juin 1997 un discours fort remarqué sur « l’après saddam« … qui ne sera renversé que 6 années plus tard ! Chalabi, surtout prend vite l’habitude de mentir effrontément, en présentant le pays d’une façon particulière ou en inventant surtout le concept d’armes de destructions massives (et en proposant le premier le nom surtout !), ou encore en faisant de l’armée de Saddam la troisième du monde, juste après la Russie, ce qui est complètement faux. Il inventera aussi à partir de 2002 un terrain d’essai pour pirates de l’air, près de Bagdad où se seraient entraînés les auteur des attentats du WTC ! Ses mensonges seront tels, qu’un jour, Vincent Cannistraro, Ancien Directeur du département Intelligence du National Security Council (de 1984 à 1987) et responsable de la CIA viendra lui demander d’y mettre une sourdine. Le même finira par avouer que les fameux documents sur l’uranium nigérian de Saddam étaient des faux manifestes.

Il n’empêche, Chalabi fera bien partie des bagages de l’armée américaine en 2003, espérant toujours devenir le nouveau maître de l’Irak. A peine arrivé avec les vainqueurs, il s’emparera des fichiers de la police secrète de Saddam : l’homme est bien un calculateur avant tout, qui cherche des appuis sur place. Une rapide cabale montée contre lui par la CIA, qui en a assez de ses frasques, le verra quitter promptement le pays. On l’accusera d’être au service de l’Iran, pour l’évincer : une solution radicale ! Et on révèlera en même temps ses premières nouvelles compromissions : l’attribution sous sa pression d’un énorme contrat de surveillance de puits de pétrole à un vieil ami, Abdul Huda Farouki. En fait, la presse venait surtout de re-découvrir le dossier de la banque Petra (un « hasard » venu de la CIA sans nul doute, qui avait trouvé là l’occasion de s’en débarrasser !), son boulet personnel qui le rendait littéralement in-présidentiable : la Jordanie l’avait condamné par contumace à 22 ans de prison… ce que tout le monde avait oublié depuis !

Comme premier ministre par intérim, l’Irak se retrouva avec Iyad Allaoui, un proche … de la CIA, arrivé chez elle vai le MI6 anglais ( » Nous ne le connaissions pas jusqu’à ce que les Britanniques nous l’offrent  » dira un jour le responsable Warren Marik !) ! L’homme a bénéficié d’un budget de 40 millions de dollars par an pour préparer l’opinion contre le régime irakien, versé par le Rendon Group. Y compris en organisant… des attentats ! Pour beaucoup, si Chalabi, payé 340 000 dollars par mois par la CIA, avait fait partie du voyage d’invasion, c’était parce que ce voyage était celui d’une « bande de criminels » ! Sans aller jusque là nous dirons qu’un mensonge en appelle de plus gros ! Et le roi du mensonge irakien, ça a bien été Chalabi, le « protégé de la CIA » et l’homme tant vanté chez Fox News ! Le messie de l’Irak ! Chez Fox News, son éviction express en fait pas une ligne ou presque… en fait, Chalabi était bien lui-même un véritable manipulateur.

Le résultat de ce « décervelage » de Fox News a été démontré par une étude de fond, menée par l’University of Maryland Program on International Policy Attitudes (PIPA) Research Center. Réalisée en 2003 et intitulée « Misperceptions, The Media and The Iraq War, » auprès de 10 000 individus elle démontre comment le concept de guerre nécessaire sinon obligatoire a été fourgué par les présentateurs et présentatrices de Fox, où bizarrement ne règne que des blondes. Selon l’enquête, 68% des sondés pensaient par exemple que l’Irak y était pour quelque chose dans le 11 septembre. Plus on allait chez les téléspectateurs de Fox et plus cette part augmentait fortement. Selon l’enquête toujours, les spectateurs de Fox croyaient en un lien entre a-Al-Quaida et le 11 septembre à 80%, pour à peine 55% chez CNN. L’auteur du rapport faisant remarquer que l’intégralité des fameux « consultants » choisis par Fox étaient tous républicains ! Le petit drapeau US qui flottait à chacune de leurs interventions reliait leur propos à la notion de patriotisme. Du décervelage pur et simple ! L’enquête, géniale, démontre aussi l’usage d’un vocabulaire précis pour faire passer les idées : des reportages sur le réchauffement climatique sont présentés par exemple dans une série intitulée « junk science » !!! La façon de présenter les choses aussi, comme celle d’annoncer que statistiquement il y a moins de soldats tués que de meurtres par balles en Californie chaque mois… (faut oser !) sans oublier les « belles » histoires montées de toutes pièces par les « story tellers » du Pentagone : la célèbre soldate Jessica Lynch prisonnière sauvée des griffes des talibans à Nassiriya , le célèbre joueur de football américain véritable héros mort en combattant, etc, toutes des bobards montés de toutes pièces. Dès avril 2003, l’ancien dirigeant de la BBC Greg Dyke avait tiré à boulets rouges sur les méthodes de Fox News. Affirmant haut et clair que la façon de présenter les choses sur la chaîne américaine était « choquant ». C’est le mot, pour le moins : le « sauvetage » de Lynch, au moyen de balles à blanc avait été tourné par une caméra à vision nocturne et par un ancien assistant de Ridley Scott (celui de la « La Chute du faucon noir » de 2001). Opération de com montée de A à Z par la CIA. Le Washington Post en avait beaucoup trop fait : « mission incroyable mais vraie » dira aussi plus tard NBC… Or tout était faux : Lynch avait été soignée par des médecins irakiens, elle s’était cassée la jambe avec son camion retourné. Pour Pat Tillman, cette star tuée en 2004, il avait fallu attendre cinq années pour que l’armée reconnaisse sa mort par un tir ami : une bavure lamentable déguisée en acte de bravoure par la propagande du pouvoir et la CIA encore une fois. Qui en a trop fait, à de multiples occasions. Au point d’irriter tout le monde.

Le point culminant sera atteint le jour où les éléments les plus conservateurs de Fox iront jusqu’à dire que la CIA en faisait effectivement trop et « détruisait notre vision de la guerre »… l’invité du jour, ce jour là étant Rowan Scarborough, auteur de « Sabotage : America’s Enemies Within the CIA »... « notre » vision étant le mot qu’il ne fallait peut-être pas dire… parmi les points soulevés par Scarborough, on relevait de très intéressantes pistes en fait :

– les fuites orchestrées par la CIA visant en premier à affaiblir Bush.

– le cas Valerie Plame, agent de la CIA et épouse d’ambassadeur, et les faux dossiers nigérians.

– l’opposition forte de la CIA à la nomination de Porter Goss.

– la CIA en Irak, littéralement « sous développée » selon l’auteur.

– la fermeture de bureaux de la CIA, notamment celui d’Hambourg au temps de Clinton : là où Mohammed Atta sévira librement, comme par hasard.

– les fausses révélations au New York Times qui ont trompé les responsables du Congrès.

– la non révélation par la NSA de la découverte d’écoles au Pakistan devenus des centres d’entraînement terroristes (qui marque le lien évident entre la CIA et l’ISI).

– les cafés Internet en Iraq suivis par la CIA pour traquer Abu Musab Zarqawi.

– l’avis d’un officier de haut rang à Rumsfeld en 2004 indiquant que l’Irak « était perdue ».

– une opinion sur Karl Rove parlant de Richard Armitage comme d’un pleutre dans le cas de Plame.

– comment J.Bolton aurait été viré de son poste à l’ONU grâce à une association CIA-démocrates.

– le fait que la CIA elle-même aurait initié l’idée du complot du WTC contre G.W.Bush afin de brouiller davantage les pistes encore !

On le voit, l’étendue des nuisances a été important : la CIA s’est comportée en administration au-dessus du président à plusieurs reprises : mais de cela, on se doutait depuis longtemps. On savait le président fantôche…. c’était confirmé par son propre clan !

Manipulation des médias d’un côté, et condamnation de ceux qui font un réel travail d’information. Le point ultime sera franchi par Ralph Peters, du Journal of International Security Affairs qui demandera à tuer les journalistes rendant compte de faits de guerre en mais 2009 encore… tout en tentant de vendre encore la théorie usée de la guerre des civilisations et une islamophobie maladive part la même occasion. Les journalistes, selon lui, en ne suivant pas les notions de patriotisme devenant des « tueurs sans armes ». Bref, des traîtres à leur pays ! Les gens les plus dangereux selon lui n’étant pas les talibans… mais les journalistes ! Le degré zéro a été atteint ce jour là, je pense ! Ces derniers jours également, Fox News orientait fortement son propos vers une confrontation entre Barack Obama… et la CIA. Nul doute que l’épreuve de force a été engagée… mais pas par celui que l’on croit : la CIA, qui se sent visée, à tout intérêt à jouer aujourd’hui les martyrs persécutée par ce vilain président… pour ce qui est des liens entre la CIA et Fox News, pour ceux qui en douteraient encore, il suffit d’aller sur Wikipedia pour s’en rendre compte : les deux plus gros modificateurs se sont eux.

Car il n’y a pas que la télévision qui est en jeu désormais, et à laquelle s’intéresse de près la CIA pour favoriser l’opinion gouvernementale. Des consultants, on en trouve partout dans le monde industriel. J’avais déjà évoqué ici le problème à la mort de l’acteur Patrick McGohan, en expliquant que du renseignement à un Etat à l’espionnage industriel il y a fort peu. On s’en était rendu compte, en France, avec l’incroyable histoire de ce banquier ayant joué à la taupe pendant des années à la Société Générale. Robert A. Day, de son vrai nom Robert Addison Day « membre depuis 2001 du President’s Foreign Intelligence Advisory Board (ou Piffiab), créé en 1956 par Eisenhower, un groupe de patrons de divers horizons offrant leurs services dans le domaine de… l’espionnage et les services secrets, pas moins » vous disais-je déjà il y quelques mois. Siégeant au milieu conseil d’administration d’une des plus grandes banques françaises ! Car la CIA a changé, il est vrai.. et s’est affublé de bien d’autres déguisements que ceux qu’on lui connaissait jusqu’à la fin des années 70. La CIA, s’est d’une certaine manière fondue dans le privé via un organisme aussi incroyable qu’elle même. Une officine, connue sous le nom de Kroll-O’Gara Associates, débarquée en France en 1990.

Sous Bush père, à peine l’invasion du Koweit débutée, ce pays a sélectionné cette agence pour « expliquer » qui est Saddam Hussein et le diaboliser. « Le dimanche 24 mars au soir, dans son émission « Sixty Minutes », en « prime time », CBS dévoile les avoirs de Saddam Hussein, détaillés dans une interview exclusive de Jules Kroll, patron de la célèbre agence de renseignement. Les bandes-annonces alléchantes attirent une audience nombreuse » nous dit Guillaume Dasquié. Voilà qui marque la date de naissance d’une nouvelle version de la CIA, ou d’un nouvel avatar : le renseignement économique, pour exercer une influence politique. Ça, est les fameux NOCs, déjà évoqués aussi ici… « Selon l’article (de Mother Jones), de la plus grosse à la plus petite entreprise tout le monde a été touché et toutes ont accepté de collaborer en engageant des NOCs (un agent « non official cover ») . Le ver était dans le fruit depuis longtemps donc. La CIA new style a tout envahi : les métastases de ce cancer véritable ont été nombreuses, car dès le départ on a recruté… n’importe qui », disais-je.

A la fin de l’interview, Saddam est encore plus odieux : c’est un détourneur de dolllars, et ça, aux Etats-Unis, c’est pire que de torturer sa population ! Pour sa démonstration, le patron de Kroll ne va prendre que des exemples français d’investissements de Saddam. Une heure après, voilà un fort ressentiment anti-français de fabriqué ! La France, contre l’invasion de l’Irak en 2003, rappelons-le aussi à l’occasion… Kroll vise alors Lagardère, à savoir Matra, qui a fourni abondamment Saddam en armes, lors de la guerre Iran-Irak des années 80 : Des Mirages F1 de Dassault, équipés de missiles air-air super 530 de chez Matra, ou de bombes Martel qui détruisent les pistes de décollage de l’adversaire, des canons de 155 mm pour chars AMX-30, et fin du fin, cinq Super- Étendard munis de redoutables Exocet : la guerre contre l’Irak demandait des nouveaux engins, et la France en a vendu à la pelle. En résumé, selon Kroll, les soldats américains allaient se heurter à du matériel français ! Haro sur la France ! Ou comment manipuler une opinion, pour au bout… tuer commercialement le concurrent vendeur d’armes !

Le groupe Kroll continuera dans la foulée en tentant de discréditer Didier Pineau-Valencienne, nouveau patron de Schneider à l’époque, mais en en faisant trop (et en recrutant un des patrons du renseignement français à coups de dollars !) ce qui attirera les foudres de la DST… qui découvrira que derrière l’agence d’intelligence économique se cache bien les renseignements US ! En cherchant un peu, les limiers parisiens découvriront aussi que le groupe, qui fabriquait au départ des plaques de blindage, vivait grassement, avant tout, de contrats militaires : c’est lui qui fabriquait les Humvees ! Il travaillait aussi pour Lockheed Martin ! Et comme le note Dasquié, à la tête de l’entreprise, logique de retrouver des têtes connues : « L’examen du passé des dirigeants confirme ce sentiment. Sur les différents continents, les chefs opérationnels provien- nent majoritairement des services américains, CIA, NSA, FBI, de la justice américaine et des services britanniques, MIS et M16. Ces choix obéissent à une logique élémentaire : pour mener à bien des activités de renseignement, autant les confier à des spécialistes.  » Et cite même des noms : »Earl Norbett Garrett coiffe toutes les opérations de la zone Europe 2 et l’Amérique pour Kroll. Son passé ? Chef de station de la CIA en poste au Pakistan, en Jordanie, en Égypte, en Inde, au Koweit et aux Philippines.  » Et d’autres encore : « Hugh E. Priee, soixante et un ans, employé de la CIA de 1964 à 1995, notamment aux postes de responsable du contre-espionnage et de directeur adjoint des opérations, WilliamS. Sessions, soixante-sept ans, directeur du FBI de 1987 à 1993. »

Pour vendre la guerre dans l’opinion américaine, Fox va également inventer les « commentateurs ». Des invités de tous les plateaux évoquant la guerre, tous généraux en retraite et tous… favorables à G.W.Bush, quelle coïncidence. Une opération évidemment menée en quelques semaines de recrutement intensif par la CIA. Le New-York Times en fera le décompte en avril 2008 seulement, en titrant « Derrière les consultants de la télévision, la main cachée du Pentagone« . Tous avaient bénéficié de largesses inespérées : des séjours sur place en Irak, tous frais payés (par l’Etat et non par Fox News !), des rencontres avec des généraux en activité, et des hommes surtout sérieusement « brieffés » avant chaque prestation par Dick Cheney, Alberto R.Gonzales ou Stephen J. Hadley. Au total, plus de 75 généraux en retraite sont venus vendre la guerre de G.W.Bush sur les plateaux de Fox News, mais aussi de NBC et de CNN, les deux autres réseaux émettant sur le câble 24 H sur 24. Parmi eux, Barry R. McCaffrey et Wayne A. Downing, qui émargeaient au Committee for the Liberation of Iraq, un groupe de pression formé uniquement dans le but d’obtenir l’éviction de Saddam Hussein ! Mieux encore : parmi les plus appelés par Fox News, William V. Cowan, également PDG de wvc3 Group, fondé par lui-même, Robert L. Maginnis et Robert S. Bevelacqua (qui aussi un fameux CV (*3)), qui fournit l’armée en gilets pare-balles et en mercenaires anti-terroristes. En 2003, le journal Nation avait déjà dénoncé ce genre de conflit d’intérêts évident, cinq ans avant le New-York-Times. Mettant l’accent sur le Lieutenant General Barry McCaffrey, employé de Mitretek, Veritas Capital, Raytheon Aerospace, et Integrated Defense Technologies (IDT), ou sur le Colonel Wayne Downing, membre de la direction de Metal Storm Ltd, toutes firmes ayant de nombreux contrats avec le Pentagone. Quant au New-York Times, il a assez longtemps joué le rôle de tambour de résonance pour les thèses bushiennes pour les dénoncer après coup (*4), selon Carl Bernstein.

Les liens entre Pentagone et consultants sont en effet étroits, car ces derniers, en investissant les médias, peuvent vendre des idées aux médias qui serviront les intérêts de l’industrie militaire. Un scandale énorme, révélé ce 30 décembre 2009 par USA Today confirme ces craintes. C’est celui d’une firme, le Durango Group, fort d’une cinquantaine d’individus dont une bonne quinzaine à double casquette : militaires retraités et consultants grassement payés. La société a été créée par un ancien général de l’Air Force, Ronald Fogleman, qui a lui-même à de belles casquettes : consultant chez le fabricant de bombes ATK, à 180 000 dollars/an, conseiller chez AAR Corp, fournisseur de l’Air Force pour 127 000 dollars, membre des conseils d’administration de Projects International, et de J.F. Lehman, qui vend ou achète des usines liées à l’armement, et consultant chez les trois plus gros fournisseurs de l’Air Force : Boeing, Northrop Grumman et Raytheon, l’homme est fort représentatif de ce mélange de genre typique de ce que dénonçait Eisenhower. Les quinze généraux de sa firme nagent en plein conflit d’intérêt : ils proposent et soutiennent dans la presse des projets, dont ils ont parfois été autrefois les sélectionneurs au Pentagone ! Telle la société Tracking Innovations, fournisseur du Pentagone, qui a recruté chez Durango Robert Bishop, un ancien lieutenant de l’Air Force touchant toujours sa retraite de 220 000 dollars /an . Il est payé 1600 dollars/jour pour ses vacations chez Durango ! Un autre, le Lt. Gen. Gary McKissock qui gagne 119 000 dollars de pension depuis sa retraite en 2005 à engrangé pour 1,2 million de dollars de paiement par Durango depuis 2005. Sur les 158 gradés servant de consultant au Pentagone, 29 travaillent au conseil d’administration de compagnies d’armement : travailler plus, pour gagner plus, version américaine ! En France, remarquez, on a aussi des lobbyistes de l’atlantisme, les deux plus évidents étant Madelin et Lelouche... mais là on ne sait pas combien ça rapporte…

Après avoir envahi successivement la presse papier, la radio et la télévision, la CIA s’est intéressée depuis quelques mois aux réseaux sociaux : c’est obligatoirement en effet dans son domaine de prédilection : « Lorsque vous posterez un commentaire sur un blog, sur Twitter ou sur un forum, ne vous étonnez pas qu’il parvienne jusqu’aux grandes oreilles de la CIA. L’agence d’espionnage américaine a récemment investi, via le fonds d’investissement spécialisé In-Q-Tel, dans Visible Technologies, une start-up spécialisée dans la veille des médias sociaux publics tels que les blogs, Twitter, Flickr, Amazon ou MySpace », rapporte le site du magazine Wired. On l’a vu clairement ici, déjà, pour la Slovénie et pour l’Iran, avec le rôle trouble joué par Georges Soros, et sa « plume », Evgeny Morozov.

La technique est simple : un logiciel d’analyse sémantique balaie le net, prépare un rapport sur les thèmes réccurrents des groupes de discussion et quand un sujet important apparaît, il alerte la cellule de veille chargée d’entrer dans le réseau pour attiser les confidences. En résumé, on enlève les gens, on les interroge… mais sans les bouger de leur chaise ! Ça évite de les tuer, aussi, au cas où ils auraient vu des choses qu’ils n’auraient pas dû voir « Visible Technologies » a développé un logiciel passant au crible les discussions animant 500 000 sites Internet participatifs. Les clients de la start-up reçoivent ensuite un résumé adapté à leurs demandes de ce qui se dit sur le web. Ils peuvent ensuite participer à la discussion globale via un logiciel maison. Ce produit a déjà séduit Microsoft, notamment, qui s’en sert pour surveiller le buzz autour du lancement de Windows 7. » On retombe sur les mêmes, et le Homeland Security universel inclus dans Windows ! Tout cela je l’avais indiqué ici… pour la France, avec les retombées d’un logiciel d’analyse sémantique utilisé dans tous les réseaux sociaux : entre autre, c’est celui-là qui relie les textes proposés à des publicités, selon une analyse des contenus… que d’aucuns, ici, n’ont même pas encore perçu… faute d’être vigilants.

Vigilants, et dire comme Stephen Hawking que « le plus grand ennemi de la connaissance n’est pas l’ignorance, mais bien l’illusion d’avoir la connaissance »… (*5)

(1) « Journalism is a perfect cover for CIA agents. People talk freely to journalists, and few think suspiciously of a journalist aggressively searching for information. Journalists also have power, influence and clout. Not surprisingly, the CIA began a mission in the late 1940s to recruit American journalists on a wide scale, a mission it dubbed Operation MOCKINGBIRD. The agency wanted these journalists not only to relay any sensitive information they discovered, but also to write anti-communist, pro-capitalist propaganda when needed. The instigators of MOCKINGBIRD were Frank Wisner, Allan Dulles, Richard Helms and Philip Graham. Graham was the husband of Katherine Graham, today’s publisher of the Washington Post. In fact, it was the Post’s ties to the CIA that allowed it to grow so quickly after the war, both in readership and influence. MOCKINGBIRD was extraordinarily successful. In no time, the agency had recruited at least 25 media organizations to disseminate CIA propaganda. At least 400 journalists would eventually join the CIA payroll, according to the CIA’s testimony before a stunned Church Committee in 1975. (The committee felt the true number was considerably higher.) The names of those recruited reads like a Who’s Who of journalism.

(*2) « Not surprisingly, evidence has begun to emerge that Chalabi is, once again, involved in corrupt activity. Two contracts worth a total of $400 million have recently been awarded to a start-up company run by Chalabi’s old friend and business partner, Abdul Huda Farouki. One of the contracts was for securing Iraq’s oil infrastructure. Members of Chalabi’s militia now staff Farouki’s security force, which guards a number of oil installations and pipelines.Newsday cited an “industry source” who claimed that Chalabi received a $2 million kickback for ensuring that his friend won the contract. »

(3) « The Agency’s relationship with [The New York] Times was by far its most valuable among newspapers, according to CIA officials. [It was] general Times policy … to provide assistance to the CIA whenever possible. » —The CIA and the Media, by Carl Bernstein.

(4) « Bevelacqua has a 17-year history of worldwide military experience, including combat in the Gulf War ; riot control during the L.A. riots ; a peacekeeping mission in Haiti, security assistance missions in West African countries ; and numerous anti-drug missions on the U.S. border with Mexico ».

(5) « The Greatest Enemy Of Knowledge Is Not Ignorance… …It Is The Illusion Of Knowledge » — Stephen Hawking

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Classé dans Six de l'Hexagone, Stéphane Bouleaux

De Victor Jara à Guantanamo, la même CIA (47)

Hier, nous avons vu que l’homme qui a berné la CIA était un simple escroc, pour qui la CIA représentait une proie supplémentaire, visée en raison de la pression d’une faillite annoncée. Certainement émoustillé par sa réussite, notre homme s’est enhardi, alléché par les mirobolants contrats du Pentagone. Mais pour y entrer, il lui fallait d’autres soutiens. Celui d’un gouverneur du Nevada, ayant des responsabilités dans les attributions de marchés d’armement, qu’il va tenter de soudoyer. Et réussir à le faire, avec une facilité déconcertante, selon une méthode bien traditionnelle : l’attrait d’une croisière gratuite, pendant laquelle sera scellé le pacte de corruption entre les deux hommes. Il lui en coûtera 100 000 dollars, mais lui permettra de viser encore plus haut, avec l’octroi d’autres contrats encore plus étonnants encore. Plongée au sein du système purement mafieux d’attribution des contrats les plus juteux, protégés par le bouclier du secret défense, qui permet, on le sait, toutes les manigances financières et politiques (en France, patrie des Frégates de Taïwan et des sous-marins pakistanais, on en sait quelque chose en effet !). Avec au final le retour à l’écran d’un personnage politique dont nous avons déjà parlé ici, un des plus… véreux, et très certainement le plus corrompu du petit monde de la famille Bush : John Negroponte.

L’homme en cause était bien plus tortueux encore ! Une photo résume cette incroyable façon d’être et de faire : celle d’un Montgomery orné d’une serviette de table sur la tête, en pleine croisière dans les caraïbes en 2004, en train de lever un toast à bord du Seven Seas Navigator. A ses côtés, le nouveau gouverneur républicain du Nevada… Jim Gibbons… dans la même tenue. Gibbons, un ancien pilote de chasse, membre à part entière du comité « Intelligence and Armed Services », à savoir parmi ceux qui choisissent l’équipement de l’armée US. Un poste stratégique pour qui veut bénéficier de contrats juteux… si l’homme est corruptible. Ce qui est le cas de Gibbons, empêtré depuis 2006 dans la révélation de cette très sombre histoire de marché militaire désastreux. Tous deux, en tout cas, visiblement bien avinés, et bien entourés de filles et de femmes…

A 20 000 dollars la croisière, on aurait pu s’attendre pourtant à un peu plus de retenue. Non, ses deux beaufs en goguette fêtaient ce jour là leur association avec un troisième individu : Warren Trepp, qui les invitait , justement, sur le paquebot. Un autre escroc, tout simplement, le patron du premier cité, et le possesseur en réalité du logiciel soi-disant décodeur des messages d’Al-Jazeera cité dans notre épisode précédent ! A bord du navire, il y avait aussi Patrick Swayze (alors encore en bonne santé !) et John O’Hurley, celui qui jouait J. Peterman dans la série des « Seinfeld » à la TV US, venus faire de la figuration, dûment appointée comme il se doit… un monde de frime, de strass et de paillettes… et de compromissions incroyables (*1). La croisière s’amuse, comme on n’imagine même plus de nos jours !!!

Pour la soirée sur le paquebot, Warren Trepp avait en effet sorti le grand jeu : les invités avaient été cueillis à leur arrivée dans le Nevada et conduits à Miami via Carnival Air Lines, à bord d’un des 7 Boeing 727 de sa flotte. Et raccompagnés de même à la fin de la croisière. La totale, quoi ! Le grand jeu ! Trepp, entrepreneur plutôt douteux, également en cheville avec Michael Milken un « junk-bond trader » de chez Drexel Burnham Lambert, accusé en 1990 d’avoir fraudé le fisc pour 900 millions de dollars .. et ayant hérité pour ça de 10 années de prison (il n’en n’avait fait que deux !). Mais un fin négociateur, capable d’embobiner la CIA (on l’a vu) et le premier gouverneur venu. Tel Gibbons, qui va finir par y perdre sa carrière politique…

Une soirée fructueuse, à bord du paquebot, en fait pour lui : une dépense en forme d’investissement pur et simple, à fort court terme, pour l’ineffable Trepp. La même année, en effet, sa société logicielle, baptisée logiquement « eTreppid » héritait fortuitement d’un contrat mirobolant de 30 millions de dollars sur 5 ans accordé par le U.S. Special Operations Command (USSOCOM). C’était le 16 eme rang des contrats du Pentagone, cette année là : il n’y avait pas eu de concurrence pour l’offre, car c’était un de ces fameux « no bid contracts » si décriés aujourd’hui. Pour tout le monde, un cadeau signé Gibbons, bien entendu. Apporté sur un plateau. Le sujet du contrat était d’un flou extraordinaire : il consistait en la fourniture, paraît-il, au Pentagone, d’un « logiciel de reconnaissance d’objectifs, de compression et de transmission d’images ou de données via satellite » … dont personne n’a encore vu la couleur au moment de la signature, ni la moindre démonstration. Un « vaporware » complet, comme on dit en informatique. Sachant l’origine, on songe aussitôt à une resucée complète du coup des vidéos trafiquées d’Al-Jazzerah, cette nouvelle histoire de « reconnaissance » replacée encore une fois ? Pas loin de ça en effet : sur les 30 millions versés, la firme avouera en avoir dépensé 12 en recherches… sans déboucher sur la moindre application concrète.

Les croisières et les voyages en 727 offerts par Trepp ont du bon… elles ont réussi à faire acheter 30 millions de dollars du vent… complet. Trepp se vante partout que son logiciel miracle est destiné à être utilisé sur les drones Predator, alors en pleine montée en puissance au Pakistan… alors qu’il ne les équipera jamais. Son soft ne marche pas, et certains le savent depuis longtemps déjà… mais d’autres semblent ignorer totalement que c’est le même que celui permettant soi-disant de lire les messages secrets d’Al-Jazeera : normal, le contrat passé pour le pseudo-décryptage des vidéos était resté du domaine du secret défense ! De peur du ridicule, diraient les mauvaises langues, habitués aux avions renifleurs et à un Giscard d’Estaing berné.

Aujourd’hui que le scandale est apparu au grand jour, on a une bien meilleure vision de la transaction passée, via les emails présentés par les avocats respectifs….des deux partis en conflit : celui de notre incroyable Montgomery et ceux du gouverneur véreux du Nevada… le premier accusant le second d’avoir reçu deux liasses de 50 000 dollars, le soir même, sur le paquebot, en échange du marché militaire promis. Un autre email de la femme du gouverneur rappelant Montgomery « de ne pas oublier l’argent promis« … on nage en plein contrat sordide, en pleine transaction mafieuse. Ce ne fut pas hélas le seul contrat passé de la sorte. Il y en a eu d’autres, dont un très particulier, signé avec des gens très proches du pouvoir bushien. Montgomery s’est toujours vanté d’être en relation directe avec Cheney... Mais le dernier fut de loin le plus représentatif.

Le dernier contrat signé en 2007 par eTreppid (noté du 28 septembre) est en fait le plus révélateur de la méthode utilisé par ce véritable forban, et accepté par des personnes peu recommandables, car ayant déjà été mouillées dans des scandales mémorables, dont celui de l’Irangate. Ce contrat est signé au nom d’ une opération faisant partie d’un programme plus vaste et bien étrange appelé Big Safari. Un contrat qui est plus que sybillin : la firme signataire (eTrepp donc) s’engage d’emblée à ne rien divulguer à l’extérieur de ce qu’elle fait ou pourrait faire au sein de Big Safari. En réalité, ce fameux projet Big Safari est un vieux plan paravent de l’armée US et de la CIA : il a servi à transformer les avions de la guerre froide en espions visuels puis électroniques… de façon complètement opaque, et en brassant des millions de dollars. C’est un de ces fameux « black projects », véritables gouffres à dollars, qui engloutissent des sommes phénoménales sans que le public puisse savoir à quoi elles sont destinées. Pas moins de 30 milliards de dollars pour l’année fiscale en cours, en 2009 ! Pensez-donc que cela en attire, des escrocs !

Aujourd’hui, il sert à camoufler l’argent mis dans la technologie des explosions à distance des IEDs explosant grâce à des téléphones portables, via des avions comme le EC-135 Joint Star ou les petits bimoteurs Guardrails… mais aussi les C-130s into Combat Talon (MC-130E), Compass Call/Rivet Fire (EC-130H), Commando Solo (EC-130E), l’AC-130H Gunship Special Operations Forces Improvement (SOFI), et le Senior Scout, et à payer un logiciel qui n’a jamais marché, le contrat étant de cinq années… l’homme qui appose sa signature en bas de l’acte n’est autre que avec John Negroponte, celui que l’on a suivi ici depuis une bonne paire d’épisodes, à avoir facilité les pires exactions des escadrons de la mort en Amérique du Sud pour le retrouver négocier avec Musharraf du bon usage des drones au Pakistan, en passant par proconsul d’Irak… d’aucuns disent que le contrat passé consistait aussi à faire ressortir d’autres versements occultes… mais bon, au pays des Blacks Ops, on suppose que tous les chats sont… gris.

Et ce n’est pas tout encore : le logiciel foireux de Trepp, on ne sait s’il a finalement été installé ou non à bord des Predators. Officiellement, non. Logiquement, en effet, il n’a jamais dépassé le stade du prototype, et n’a de toute façon jamais marché correctement dans ses versions antérieures. De toute manière, il n’aurait pas bénéficié d’une meilleure installation que le logiciel de transmission de données actuel qui permet d’avoir l’image à plus de 15 000 km de la zone survolée par le drone. Pour satisfaire à la vitesse de transmission nécessaire, et éviter les temps de latence des corrections de trajectoire faites au joystick, le fabriquant du drone à dû faire des choix drastiques. En l’occurrence, faire l’impasse sur le cryptage-décodage des données échangées… qui ralentissait trop le débit, laissant un trou béant de protection logicielle découvert par les Talibans, aujourd’hui capable de faire écraser les drones à … 4,5 millions de dollars avec un simple ordinateur, une parabole et le logiciel SkyGrabber à 25.95 dollars (18 euros) ! On retombe presque sur le détournement de l’usage du téléphone satellitaire de Reyes et de Ben Laden ! Un logiciel à 26 dollars d’origine ukrainienne (! !!) devenu l’arme fatale pour descendre la merveille de technologie américaine tant vantée par le responsable des armées, Robert Gates, qui n’a eu de cesse d’en faire la promotion à la place des F-22 (pas mieux dotés pour causer avec les opérateurs au sol ou les autres avions !)… une stupidité sans nom, une tare technologique que pas un seul observateur n’aurait osé imaginer. Tout le monde savait pourtant depuis 1990 que le flux descendant du satellite renvoyant les images du Predator ne pouvait être encrypté ! Après les faux logiciels incapable de reconnaître les cibles, les vrais, incapables de se protéger de la moindre intrusion logicielle et piratables à merci ! Les russes captent donc depuis toujours les images des Predators américains. On s’était un peu étonné de leur retard en la matière, qui les a obligé de se rapprocher des israéliens pour fabriquer des drones : le manque de protection de données des engins américains a peut être joué un rôle dans leur relative lenteur à s’équiper…

En fait, notre escroc de haut vol, si on peut l’appeler ainsi, vend le même logiciel depuis toujours : en 1998, sa toute première « invention » était un soft qui convertissait les bandes vidéos de surveillance des casinos (*2), comme ceux de Reno et de Las Vegas (il le vendra aussi chez General Electric) en base de données facilement archivable, avec reconnaissance des visages au passage. C’est toujours le même procédé, cinq ou dix ans après, transformé en reconnaissance d’images cryptées chez Al-Djazeerah ou de reconnaissance de cibles pour Predators. Et toujours le même fiasco : les casinos cités ont assez vite laissé tomber le procédé, jugé pas assez fiable. Le procédé n’a jamais été réellement efficace, en fait : pour arriver à placer son incroyable bobard du décryptage des images de télévision d’Al-Djazeera, notre homme trichait, bien entendu : son logiciel sortait des coordonnées qu’il avait introduit lui-même auparavant. Il n’a jamais réussi à refaire l’expérience devant un parterre de militaires convoqués pour le regarder fonctionnement. Exactement le coup des avions renifleurs en France (voir plus bas).

En 2004, il devient pourtant « Eaglevision », et s’annonce cette fois comme étant un système inédit de transmission satellitaire… or personne n’est allé vérifié une chose : en 1994, Matra Cap Systems proposait le même nom pour un procédé aux fonctions similaires… comblant les manques criants apparus durant l’opération Desert Storm !!! On ne sait si les deux Eagle Vision se sont croisés un jour, en tout cas la similitude est fort étrange. Eagle Vision n’a rien de transcendant, pour afficher les photos satellites et les cartes, il utilise bêtement Falcon View, un logiciel sous Windows du Georgia Tech Research, créé en 1993 et vraiment utilisable en 1994, disponible en open source depuis juin 2009 seulement. En fait rien de révolutionnaire. Mais vendu 30 millions de dollars quand même à l’armée ! Voilà qui ressemble fort au logiciel de fabrication de cartes vendu des millions à la CIA pour faire les plans du Canal de Panama, décrit ici aussi, en fait un logiciel allemand à peine modifié vendu une fortune… même procédé, et même détournement colossal des fonds de l’Etat !

Quant à Montgomery, à vrai dire, ces ennuis le poursuivent, décidément, au même titre que son logiciel raté tant vanté . Après l’épisode Trepp, le voilà débarqué dans une entreprise fondée par la richissime divorcée Edra Blixseth… à qui il a réussi à vendre le même logiciel tant vanté (3), toujours le même… or cette dernière, un peu plus futée peut-être que d’autres, ou simplement observatrice, clame depuis partout que le fameux logiciel ne marche pas du tout. On s’en serait un peu douté, a force. Ce qui ne semble pas plaire à notre héros du jour, Mongtgomery criant à la divulgation d’information secrète… oubliant qu’en le vendant une nouvelle fois, il venait lui-même de briser le contrat exclusif signé avec John Negroponte ! On peut être blonde, riche et être plus subtile que la CIA, aux Etats-Unis ! Une petite maligne, pensez-donc, que celle-là, qui a réussi il est vrai à divorcer sans avocat… et à en sortir avec un très belle part du gâteau, au pays des avocats, il faut le faire !

(1) « Montgomery was CTO of Reno-based eTreppid Technologies, which produced bucketloads of data purported to represent “geographic coordinates and flight numbers” hidden in these broadcasts. All of which, it seems, was hokum, finally debunked in cooperation with a branch of the French intelligence service — but not, says the article, before the fabricated information, chalked up to “credible sources,” was used as justification to ground some international flights, and even evacuate New York’s Metropolitan Museum of Art. »

(2) « Mr. Trepp jumped into the technology boom in 1998, founding eTreppid in Reno with Mr. Montgomery, a software developer who served as chief technology officer, according to court papers. Its first product converted casino-surveillance tapes into digital data that could be stored and searched, based on data-compression and pattern-recognition software written by Mr. Montgomery. It was tested in casinos in Reno and Las Vegas and was eventually licensed to a unit of General Electric Co., in 2002. »

(3) « Gibbons touted several defense contracts June of that year, including eTreppid. He stated that eTreppid : « allows higher- quality automatic target recognition from compressed video information. This technology can be integrated into the Predator, operated from Indian Springs Air Force Auxiliary Field, 35 miles northwest of Las Vegas. »


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Classé dans Six de l'Hexagone, Stéphane Bouleaux

De Victor Jara à Guantanamo, la même CIA (46)

Les conversations téléphoniques de Ben Laden et de ses sous-fifres captées et décryptées depuis toujours, que ce soit par téléphone satellitaire ou portable, on se demande ce que vient faire un jour un individu, qui débarque à la CIA en affirmant qu’il possède les dates et les emplacements des futurs attentats des artificiers Al-Quaida, car il a décrypté leur méthode spéciale de communiquer entre eux. Bluffant ! Selon lui, ils annoncent même la longitude et la latitude, et la date de l’événement ! Epoustouflant ! Tout le monde s’interroge immédiatement sur ce nouveau lecteur de boule de cristal. Enfin tout le monde les quelques pontes qu’il vient de berner ! Un véritable magicien, qui va leurrer la CIA pendant des mois en lui soutirant de l’argent avec sa méthode bidon. Jusqu’au jour où on va apprendre que ce qu’il avait découvert était du flan complet, et que surtout on lui avait ouvert des portes qu’on n’aurait jamais dû lui ouvrir. A moins de faire de l’individu véreux concerné un complice, ce que des faits de corruption manifeste démontrent. Au sein de la CIA, on n’a eu de cesse de vous le dire, il existe un bon nombre de personnes prêtes à tout pour s’enrichir, tant l’organisme reçoit un argent dont l’utilisation est encore loin d’être soumise à vérification. L’exemple du troisième de l’organigramme de l’agence, Dusty Foggo, aujourd’hui emprisonné, n’avait donc pas suffi : retour sur les détournements de fonds et les bobards utilisés comme arme politique au sein de l’agence américaine, décidément bien mal en point. En somme, on a eu droit à l’adaptation américaine d’un grand classique français, pour une fois : le film sur les célèbres avions renifleurs *.

On en est donc là, à cette évidente duplicité, renforcée par le allégations récentes sur les manipulations de certains attentats en Irak, parmi les plus meurtriers (imputés tout d’abord à des« forces étrangères » par Maliki, « en raison du C4 », un explosif militaire, découvert sur place, pour avouer après avoir des complicités dans la police elle-même !) quand on apprend, il y a fort peu de temps, qu’un individu aux Etats-Unis à réussi pendant des mois à soutirer de l’argent à des agents de la CIA en faisant croire à un bobard inimaginable. Celui selon lequel il avait découvert un moyen extrêmement sophistiqué et subtil avec lequel Al Quaida communiquait à ses troupes les objectifs à viser et les moyens à utiliser pour les atteindre… Bien meilleur que les téléphones, et surtout indétectable, sauf bien entendu par notre héros ! Avec l’idée développée par le New-York-Times comme quoi les américains entendaient tout des conversations téléphoniques des leaders visés depuis au moins 2002, on ne voit pas très bien à quoi rime cette annonce… ils possédaient depuis longtemps l’origine des téléphones portables d’Al-Quaida : tous fonctionnaient sous cartes prépayées Swisscom !

En fait un bobard complet, qui semble pourtant avoir marché auprès d’investigateurs de la CIA, qui ont couru des mois derrière, en abreuvant leur direction de rapports sur la crédibilité de ce racontar. Obligeant parfois leur direction, dans le flou complet, de prendre des décisions arbitraires, notamment d’empêcher des décollages d’avions susceptibles d’être atteints par des attentats. Souvenez-vous c’était en en Angleterre, notamment, où British Airways, alerté par une possible menace, interrompait tous ses vols, causant une panique et un chaos indescriptibles dans les aérogares anglais. Air France avait fait de même. Combien de familles se sont retrouvées à attendre avec des enfants en bas âge un vol annulé ? A maudire obligatoirement un Ben Laden rendu responsable de leur déconvenue ? Comment fabrique-t-on la haine d’un individu, sinon avec de pareilles pratiques ? Comment obtient-on l’assentiment indirect à une guerre peu enthousiasmante, sinon en déclarant qu’une terrible menace planait sur tous les vols transatlantiques anglais ? une menace, on le sait aujourd’hui… totalement inexistante !

L’homme ira même faire dire à Tom Ridge, responsable du Homeland Security que « selon une source sûre, une menace sérieuse existait.. d’un niveau plus élevé que celui du 11 septembre » ce même Ridge, enfumé jusqu’au trognon par son propre gouvernement (ou les dossiers fallacieux de la CIA et leurs « sources sûres », ces faux code-barres !), qui finira par avouer (tardivement) « qu’un bon nombre de menaces avaient été largement exagérées », en juillet 2009, lâchant ainsi définitivement celui qui l’avait nommé à la place. La menace évoquée par Dennis Montgomery, à l’origine du bobard, il est vrai, et à ranger dans le grand spectacle et le ridicule qui va avec : celui qui dirigeait une société informatique du Nevada, alors plutôt en déconfiture, a eu un jour l’idée saugrenue, (en 2002), de contacter la CIA pour lui présenter le résultat de ces étonnantes et fumeuses investigations (*1). Selon lui, en effet, les chefs d’Al-Quaida communiquaient d’une bien étrange façon qu’il était bien entendu le seul à savoir décrypter, grâce à son logiciel maison. Selon ses élucubrations, Ben Laden, c’est simple, truffait les vidéos d’Al-Jazeera de code-barres donnant les indications codées sur les objectifs à atteindre ! Suffisait de savoir les décrypter ! La longitude et la latitude des attentats prévus figurait dans le code-barre ! C’est cette histoire débile de code-barres qui avait bloqué tous les vols et forcé Ridge à un commentaire qui restera dans l’histoire au même rang que les WMD de Colin Powell à l’ONU !! Ils avaient commencé dans le mensonge, ils l’ont… entretenu !

On est pas loin du surréalisme ou des théories subliminales les plus farfelues, mais ses délires ont obtenu l’oreille attentive d’agents de la CIA… ou plutôt d’une direction bienveillante qui lui a allongé les dollars sans discuter, pour pousser plus loin ses recherches. On se croirait vraiment en France sous Giscard avec les avions renifleurs * ! L’homme n’avait jamais arrivé à reproduire devant des officiels l’exemple tortueux qu’il avait fabriqué, mais il n’empêche, il avait été crû sur parole, et avait hérité d »un contrat mirobolant à la clé (*2) ! Son logiciel miracle était paraît-il le seul à savoir lire ces messages cachés, mais il n’en donnera jamais les sources ! Ce qui ne semblera pas inquiéter tant que ça la CIA ! Sans oublier qu’à l’autre bout, pour communiquer, il fallait le même décodeur sophistiqué, ce qui semble tout simplement irréalisable pour des terroristes disséminés un peu partout et n’ayant pas tous le degré de technicité requis pour interpréter les images ! « La menace plus élevée que celle du 11 septembre », un faux notoire ? Que penser alors de son original ? « Be a fraud, be a very fraud » titre Rachel Maddow sur Msnbc…. en affichant les faciès de Ridge, de Bush et de Cheney…  « Plus c’est gros, plus ça passe… » pour résumer ! L’art de l’enfumage constant, le résumé des huit années de G.W.Bush au pouvoir ! Tout est faux depuis le début, et tous les jours on en trouve des preuves supplémentaires !

Ça semble incroyable, mais ça s’est effectivement passé comme ça. Au point que sur les indications (foireuses) du dénommé Montgomery, des vols transatlantiques de British Airways et même d’Air France ont bel et bien été annulés en décembre 2003, semant une pagaille mémorable dans les aéroports européens  ! Un événement impensable, sauf si des « consultants » bien intentionnés avaient sorti auparavant d’autres théories alarmistes … se plaignant notamment de la sécurité dans les aéoports US ! C’est un procédé pourtant bien connu : pour avoir des Canadairs en plus, il vaut mieux avoir des incendies au départ. En informatique, on se doute depuis toujours que les fabricants d’anti-virus sont les mêmes que les hackers fabriquants de virus : ils fabriquent leur propre marché de sécurité : ici, le principe est le même. En France, Alain Bauer fait pareil en faisant peur aux municipalités pour mieux fourguer ses services sécuritaires. Et présidentiellement, une paire de banlieues qui brûlent en 2005 fabriquent un joli couvre-feu servant de tremplin à un Sarkozy-gendarme ! Même méthode, mêmes effets, même manipulation de l’opinion ! Attendons nous, après deux ou trois années de débat sur l’identité nationale, à marcher sur des braises juste avant 2012 !

En fait, même si le gouvernement US n’avait pas été totalement convaincu lui-même, le fait que les messages auraient été cachés dans les journaux télévisés Al-Jazeera, la qatarie, tombait pile : selon Donald Rumsfeld, la chaîne de TV était en effet « vicieuse » et présentait des « choses fausses et inexcusables« . Bref, l’hystérie neo-con dans toute sa splendeur sautait davantage sur l’occasion d’enfoncer le réel boulot d’information de la chaîne qu’autre chose (*3) ! Vade retro, Al-Jazeerah ! En ce sens, l’inventeur du procédé apportait une fière chandelle aux neo-cons, et c’est bien pour ça qu’il en a été gratifié, sans doute !

Quel intérêt à fomenter de telles fausses menaces ? Quel intérêt à vouloir autant tromper les gens ? Il y avait déjà les profiteurs de guerre, voici les provocateurs de pagaille ! Quel intérêt ? L’argent, toujours l’argent, bien entendu ! Si son auteur, Dennis Montgomery, a reconnu assez tardivement ( récemment, dans Playboy !) l’avoir fait dans le seul but d’être grassement rémunéré par la CIA sur ses prétendues révélations, en admettant aujourd’hui leur totale fausseté, l’histoire va bien plus loin encore dans le sordide, en révélant qu’il a profité bien davantage encore, et fait profiter d’autres de la candeur de la CIA ! En se vantant au passage de « fournir directement Dick Cheney » (*4). Mais de cela, nous parlerons demain si vous le voulez bien : Montgomery est une petite partie de l’iceberg des profiteurs de guerre et des pousse à la haine, une partie qui s’inscrit dans les manipulations du gouvernement US pour cacher l’usage de crédits « secrets » dans des opérations douteuses, devenues habituelles depuis la guerre froide. Cela fait cinquante ans que ça dure. D’aucuns, connus ici, seraient tentés ici de dire « on ne voit pas pourquoi ça changerait »… pour les profiteurs seuls, s’entend bien.

Une manne financière dans laquelle se sont engouffrés de véritables escrocs, devenus profiteurs de crédits de la CIA… vivant sur le dos du contribuable américain, ponctionné depuis des lustres au nom d’un adversaire inexistant, monté en épingle ou fabriqué de toutes pièces ! « Le pouvoir des cauchemars« …. savamment entretenu par quelques-uns, qui fait leur fortune personnelle et n’améliore en rien la paix dans le monde, bien au contraire…

(1) « A self-styled Nevada codebreaker convinced the CIA he could decode secret terrorist targeting information sent through Al Jazeera broadcasts, prompting the Bush White House to raise the terror alert level to Orange (high) in December 2003, with Tom Ridge warning of « near-term attacks that could either rival or exceed what we experience on September 11, » according to a new report in Playboy. »

(2) « A former CIA official went through the scenario with me and explained why sanity finally won out. F5rst, Montgomery never explained how he was finding and interpreting the bar codes. How could one scientist find the codes when no one else could ? More implausibly, the scheme required Al Jazeera’s complicity. At the very least, a technician at the network would have to inject the codes into video broadcasts, and every terrorist operative would need some sort of decoding device. What would be the advantage of this method of transmission ? »

(3) « Al Jazeera was an inspired target since its pan-Arabic mission had been viewed with suspicion by those who saw an anti-American bias in the network’s coverage. In 2004 Secretary of Defense Donald Rumsfeld accused Al Jazeera of “vicious, inaccurate and inexcusable” reporting. »

(4) “ He claimed he provided Cheney’s office with new output data on terror that would validate his work. He said the data, which had been encrypted in Al Jazeera, were the keys that allowed investigators to crack the liquid-bomb plot in London. ” Since 1996 the Al Jazeera news network had been operating in the nation of Qatar, a U.S. ally in the war on terror. Montgomery claimed he had found something sinister disguised in Al Jazeera’s broadcast signal that had nothing to do with what was being said on the air : Hidden in the signal were secret bar codes that told terrorists the terms of their next mission, laying out the latitudes and longitudes of targets, sometimes even flight numbers and dates. And he was the only man who had the technology to decrypt this code.

* l’histoire des avions renifleurs reposait sur une « invention » « d’ldo Bonassoli, un agriculteur italien autodidacte et Alain De Villegas, un riche aristocrate vivant en Belgique » et d’un avocat plutôt adroit, inscrit un temps au SDECE, Jean Violet. Les liens de Violet expliquent l’ampleur de l’escroquerie : « avec l’aide d’Antoine Pinay, du dirigeant d’UBS, de ses contacts parmi les anciens fonctionnaires des services secrets recyclés chez Elf (dont Jean Tropel, responsable de la sécurité au sein de l’entreprise) et dans la hiérarchie catholique (notamment le révérend père Dubois, dominicain français), il persuade Pierre Guillaumat, directeur d’Elf à ce moment, de réaliser des expérimentations. L’expérience débouche en 1975 sur un premier contrat pour le perfectionnement et le développement de l’appareil miraculeux. Le premier contrat représente 400 millions de francs de l’époque. Un deuxième contrat est signé en 1977, puis un troisième de 600 millions de francs en 1978. Au total, 1 milliard de francs sont engagés. Une partie de la somme servira aux pseudo-recherches, en particulier pour acquérir une flotte aérienne (dont un Boeing 707 (….) Jules Horowitz, physicien au Commissariat à l’énergie atomique, dévoile l’escroquerie par une astuce très simple. Les inventeurs ont l’habitude de démontrer l’efficacité de leur appareil en faisant apparaître sur l’écran un objet placé derrière un mur. Le professeur y dispose une règle.L’image de celle-ci apparaît effectivement, mais Jules Horowitz avait pris soin au préalable de la plier. Or elle apparaît droite sur l’écran. Cela prouve que l’image était une simple photo préalablement rentrée dans l’appareil ». Fin mot de l’histoire, révélé par le Canard Enchaîné le 21 décembre 1983 : « Les crédits ont été versés principalement à Fisalma, une société implantée à Panama et dont le fondé de pouvoir est Jean Violet. C’est cette société qui profitera des fonds détournés, et non les deux inventeurs. Or cet individu se trouve lié à un cercle de conservateurs défendant les valeurs de l’Occident et ayant en Italie des liens étroits avec des membres de la hiérarchie catholique (comme le cardinal Marcinkus). La justice italienne a plus tard mis au jour une organisation qui ressemble plutôt à une entreprise mafieuse. Cette affaire a fait également scandale ». L’air de rien, cette affaire ressemble beaucoup à celle décrite ici… l’argent avait été versé en abondance sans aucune vérification véritable !

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